Chez Mrs FIGG : chats, scones et livres à volonté !

23 juillet 2017

« Je suis une réfugiée du passée »

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La Servante écarlate de Margaret Atwood

Traduit de l’anglais (Canada) : The Handmaid’s Tale

Robert Laffont (Pavillons Poche) / 2015 / 521 pages / 11,50 euros

Dans un futur proche, l’Amérique est devenue une dictature puritaine où les femmes sont assignées à la reproduction ou au service des hommes. Au péril de sa vie, ‘’Defred’’ livre son témoignage où alternent idées suicidaires, sidération et souvenirs douloureux de « l’avant » lorsqu’elle était encore une femme libre. ‘’Defred’’ est une servante écarlate, sorte de fantôme vêtue de robe rouge et d’une cornette blanche, attribuée à un ‘’Commandant’’ et son épouse stériles, afin de produire leur héritier.

A travers les souvenirs de ‘’Defred’’, on découvre comment cette organisation inégalitaire et violente s’est installée. En effet, ‘’Defred’’ et les autres femmes qu’elle évoque (sa mère ex soixante-huitarde et sa meilleure amie Moira, jeune lesbienne militante) ont vécu le changement de régime. Margaret Atwood provoque un questionnement lancinant de la part de ses lecteurs : « serais-ce possible ? », « comment et pourquoi ces femmes se sont-elles laissées faire ? ».

servante écarlate série

J’ai trouvé cette dystopie, publiée en 1985, incroyablement moderne, glaçante et efficacement dépouillée de toutes fioritures anecdotiques. La postface de Margaret Atwood est aussi passionnante que ce roman devenu culte. En voici quelques lignes éclairantes qui expliquent son projet d’écriture : « Je m’étais fixé une règle : je n’inclurais rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà. Je ne voulais pas me voir accusée de sombres inventions tordues, ou d'exagérer l’aptitude humaine à se comporter de façon déplorable. Les pendaisons en groupe, les victimes déchiquetées par la foule, les tenues propres à chaque caste et à chaque classe, les enfants volés par des régimes et remis à des officiels de haut rang, l’interdiction de l’apprentissage de la lecture, le déni du droit à la propriété : tout cela a des précédents, et une bonne partie se rencontre non pas dans d’autres cultures ou religions, mais dans la société occidentale, et au sein même de la tradition chrétienne » (p.519)

J’ignore si je peux prétendre avoir ‘’aimé’’ ce roman mais il m’a indéniablement forcée à réfléchir sur notre société et restera une expérience de lecture assez intense. Je tenais à le lire avant de découvrir la série qui s'annonce esthétiquement somptueuse. Maintenant que c’est chose faite, vous devinez donc ce qui m’attend à présent ...

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02 juillet 2017

« le charme pernicieux de l’Italie agit sur elle et, au lieu d’acquérir de l’érudition, elle se mit à être heureuse »

avec vue sur l'arno

Avec vue sur l’Arno de Edward Morgan Forster

Traduit de l’anglais (A Room with a view)

Première parution : 1908

ROBERT LAFFONT (Pavillons Poche) / 2014

353 pages / 9,90 euros

Avec vue sur l’Arno raconte l’éveil à l’amour d’une jeune anglaise, Lucy Honeychurch, au début du XXème siècle, et ses aspirations à la liberté personnelle qu’elle doit conquérir.

Lucy est le prototype de la provinciale spontanée et perspicace, fille d’un avoué enrichi qui a su lui dispenser une éducation de qualité. Elle effectue son ‘tour d’Italie’ accompagnée d’une vieille cousine aigrie qui lui sert de chaperon. Lors de ses déambulations touristiques, Lucy va rencontrer deux hommes, le taciturne George Emerson et Cecil Vyse l’intellectuel pédant. Lucy arrivera-t-elle à s’épanouir sentimentalement tout en préservant sa liberté ?

J’ai passionnément aimé ce roman et la modernité de l’écriture de E.M. Forster, qui m’avait déjà frappée dans Maurice.

E.M. Forster décortique la psychologie de ses personnages avec intransigeance et modernité. Mais ce sont aussi des êtres de chair dont la vitalité explose à travers des passages d’une rare intensité, très visuels : l’assassinat d’un italien sous les yeux de Lucy, son baiser dans le champs de violettes sur les hauteurs de Florence, la baignade ensoleillée dans l’étang secret …

Avec vue sur l’Arno est un roman dans lequel E.M. Forster évoque la société anglaise et ses évolutions au tournant du XXème siècle. Cecil représente le passé, c’est l’aristocrate fin de règne tandis que George représente l’avenir, c’est l’homme éclairé, qui croit en la communion intellectuelle entre les hommes et les femmes. Lucy est la femme moderne en devenir, dont les revendications évoquent celles des héroïnes de Virginia Woolf (E.M. Forster appartenait au groupe de Bloomsbury). A Room with a View … comment ne pas songer à A Room of One’s Own (pourtant postérieur) ? … le roman de E.M. Forster est riche de symboles et celui de la vue/la fenêtre ouverte sur l'extérieur est passionnant.

Pour conclure, c’est un roman d’amour et de liberté fabuleux dans lequel j’ai relevé des dizaines de citations géniales ou simplement belles …

Ce sera ma dernière (et en retard) lecture pour le MOIS ANGLAIS. 

mois anglais

13 juin 2017

« on me permettra de retourner à ma paisible existence et de redevenir celle que j’étais avant de faire cette chose effarante »

 

hotel du lacHôtel du lac de Anita Brookner

Traduit de l’anglais / 1984 

Edith Hope, que son entourage compare souvent à Virginia Woolf, écrit des romans d’amour à succès. Elle-même se décrit plutôt comme une « tortue », une femme sérieuse et laborieuse, discrète et docile, à l’image de ses héroïnes qui finissent par se marier avantageusement contrairement aux « lièvres », ces flamboyantes séductrices qui attirent pourtant tous les regards. Mais qui est vraiment Edith ? Pourquoi doit-elle quitter Londres pour faire pénitence dans un hôtel suisse en bordure du lac Léman, « cure de solitude et de grisaille » ?

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère surannée et intemporelle de ce roman. Est-on dans les années 20 ? les années 50 ? les années 80 ? Ce petit hôtel convenable et sa clientèle aisée évoquent irrésistiblement les romans d’Agatha Christie. Pour tromper sa solitude, Edith observe ses compagnons et tente de deviner leurs vies. Mais aucun n’est vraiment ce qu’il semble être … En outre, l’intrigue du roman est le crime d’Edith : qu’a-t-elle fait pour subir cet exil forcé ? (*j’avais évidemment imaginé le pire*).

Anita Brookner excelle véritablement à restituer la demie-teinte, l’entre-deux, la langueur, des journées de son personnage qui s’écoulent entre écriture, introspection et excursion. Ce n’est pas un hasard si l’exil d’Edith a lieu en septembre, quand les derniers vacanciers rentent chez eux et que le climat du pays vaudois est changeant, oscillant entre grisaille et soleil tardif. Ce symbolisme subtil accompagne le cheminement intellectuel d’Edith qui est arrivée à un tournant de sa vie.

Hôtel du lac est un roman sur l’amour (et les convenances) mais sans grandes effusions. Probablement parce que c’est une lecture récente, j’ai beaucoup pensé à La Vie rêvée de Virginia Fly (thèmes et héroïnes proches) – surtout pour me dire que Hôtel du lac est bien meilleur (*et je m’en excuse auprès de la merveilleuse Angela Huth que j'idolâtre par ailleurs*). Le choix final d’Edith est discutable, j’aurai presque aimé qu’elle ne fasse un autre. Mais j’ai aimé que l’auteur ne la juge pas. J’ai aimé cette pondération, cette histoire d’une femme en apparence passive mais animée d’une vie secrète riche.

Anita Brookner est pour moi une très belle découverte (faite à l’occasion du MOIS ANGLAIS)

mois anglais

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08 juin 2017

« Je viens de plonger les yeux dans ceux d'un assassin dépourvu de toute conscience »

le livre des secrets

Le Livre des secrets. La vie cachée d'Esperanza Gorst de Michael Cox

Traduit de l'anglais

POINTS (Thrillers) / 2010 / 745 pages / 8,90 euros

1876. Esperanza est une orpheline d'obscure ascendance qui a été élevée comme une lady par une bienveillante tutrice parisienne, Madame de L'Orme. Malgré le déclassement social que cela représente pour Esperanza, Madame de L'Orme insiste pour qu'elle devienne domestique. Esperanza sera donc femme de chambre de la baronne Emily Tansor, une anglaise inflexible au passé sulfureux. Il s'agit pour Esperanza de servir un « Grand Dessein » … dont elle ignore tout, mais qui lui sera révélé en temps voulu. A cet effet, chaque soir, elle rédige son journal intime, le « livre des secrets ». Esperanza tombe rapidement sous le charme d'Everwood, l'immense demeure victorienne de la famille Tansor, et de sa mystérieuse maîtresse. Elle n'est pas non plus insensible aux deux fils adultes de Lady Tansor, Perseus, le poète réservé et hautain et Randolph, plus jovial. Mais les énigmes macabres se succèdent et semblent étrangement liés aux origines d'Esperanza …

Le Livre des secrets est un « roman à sensation », hommage à William Wilkie Collins (auquel la narratrice, grande lectrice de fiction, se réfère souvent). On y retrouve les mêmes éléments : quête d'identité, crimes anciens, trahisons et grands manipulateurs … sur fond de dénonciation sociale (néanmoins assez minime).

Esperanza est un personnage intéressant qui doit composer un jeu d'actrice délicat : avoir l'air soumis d'une domestique en espionnant frénétiquement ses employeurs qui ne cessent de vouloir l’élever au rang de semblable. J'ai aimé l'antagonisme et la force de ses sentiments pour ces ennemis intimes. J'ai aimé son enquête feutrée. Lerécit est lent (parfois un peu long) et ses ramifications sont complexes, entraînant le lecteur d'Angleterre jusqu'à Madère ou en Italie. Probablement parce qu'il s'agit de la suite d'un autre roman (La Nuit de l'infamie), je me suis un peu perdue au milieu de cette grande galerie de personnages.

Malgré ces (légers) bémols, cette complexe histoire de vengeance d'outre-tombe menée par une innocente pas naïve reste passionnante.

Si vous aimez Wilkie Collins, vous aimerez celui-la … mais ne faites pas comme moi, préférez le tome 1 !

mois anglais

Sans

Et HOP ! Mon deuxième livre pour le MOIS ANGLAIS (*cette année, j'inaugure car j'ai décidé de ne lire que des auteurs que je ne connais pas *)

01 juin 2017

« L’esprit féminin est (…) certes délicieux à sa manière ! Mais un intellect trop développé le gâterait, l’alourdirait »

L'ile aux mensonges

L’île aux mensonges de Frances Hardinge

Traduit de l’anglais (The Lie Tree)

Gallimard jeunesse / 2017 / 400 pages / 18,50 euros

1865. La famille du révérend Sunderly quitte précipitamment son domicile londonien pour l’île de Vane (*sorte d’île anglo-normande fictive*). Demeure isolée et lugubre, domestiques revêches et hostilité de la population locale … Faith Sunderly, 15 ans, comprend que les recherches de son tyrannique père, naturaliste de renom, sont la cause de leur exil et qu’un scandale a éclaté. Un matin, le révérend est retrouvé mort. Faith soupçonne un assassinat.

L’île aux mensonges est un roman à la croisée des genres, à la fois historique, policier et fantastique. Frances Hardinge y installe lentement une ambiance gothique et décadente émaillée d’anecdotes sur les coutumes et les superstitions des victoriens, avant d’accélérer le rythme de son histoire et de provoquer des rebondissements inattendus.

Les thèmes développés par Frances Hardinge surprennent par le réalisme parfois cruel, avec lequel ils sont traités. En effet, comme dans Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier, l’auteur traite de la condition et de l’éducation des femmes au XIXème siècle et de la remise en cause des croyances religieuses par la découverte de fossiles et des thèses de Darwin … La narratrice du récit, la jeune Faith est également un point fort du roman : bien que méprisée par un père scientifique qu’elle idolâtre, elle n’aura de cesse de venger sa mort. C’est une jeune fille intelligente, révoltée contre l'éducation indigente qu’elle reçoit et téméraire.

A travers l’élément fantastique (*je tais volontairement de quoi il s’agit*), l’auteure ajoute une atmosphère capiteuse et dérangeante à son récit (n’oublions pas qu’il s’agit d’un roman jeunesse), tout posant d’intéressantes questions de morale.

L’île aux mensonges est un roman passionnant, sombre, dense, qui n’a rien à envier à la littérature dite ‘adulte’. 

Et hop ! J'inaugure le mon 6ème MOIS ANGLAIS !

mois anglais


30 mai 2017

« L’écriture, de mon point de vue, c’est un peu le bonbon magique de l’existence »

les jonquilles de green park

Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal

Robert Laffont / 2016 / 212 pages / 17,50 euros

Les jonquilles de Green Park raconte le quotidien de Tommy Bratford, un gamin sensible à l’imagination fertile, pendant le Blitz londonien de l’hiver 1940.

Je crains presque de l’avouer mais j’ai été déçue par ce livre.

Je l’ai lu en une journée et je l’oublierais probablement aussi vite. Certes, c’est une histoire mignonne et amusante. Jérôme Attal possède indéniablement le don de la formule rigolote et du jeu de mot heureux. Et oui, j’ai apprécié le ton fantaisiste qui cache la tragédie (comme c’était déjà le cas lors de ma lecture de En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut). Mais j’ai trouvé la narration trop frénétique : pas le temps de m’attacher aux personnages, pas le temps de me faire du souci pour eux, même pas le temps de connaître vraiment la loufoque famille Bratford …

Bref, c’est un roman à côté duquel je suis complètement passée, en partie à cause des dizaines de billets positifs parus lors de sa sortie, qui ont créé une attente trop forte de ma part.

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24 mai 2017

« On peut être tenu pour marié en Ecosse sans s’en douter ou à peu près »

mari et femme

Mari et femme de Wilkie Collins

Traduit de l’anglais (Man and Wife)

Première publication (feuilleton) en 1870

Le Masque (Labyrinthe) / 2003 / 756 pages

Anne Silvester est une orpheline recueille et élevée par la mère de Blanche, qu’elle aime comme une sœur. Bien que vertueuse et raisonnable, Anne est séduite par Geoffrey Delamayn, un athlète arrogant. Geoffrey refuse d’épouser Anne par crainte du testament familial et dans l’espoir d’épouser une riche veuve. Aidé par l'iniquité des lois écossaises sur le mariage, il élabore une monstrueuse machination pour se débarrasser d’Anne, sans se soucier de son déshonneur ni de causer le malheur de ses proches. De tromperies en mensonges, la situation d’Anne s'aggrave malgré les efforts de Blanche et de son vénérable oncle, Sir Patrick Lundie. Surtout qu’une criminelle, Hester Dethridge, entre en jeu.

Mari et femme est un roman imposant qui se lit très facilement. Si la narration, strictement chronologique, se révèle un peu plate et décevante, ce défaut est à imputer à sa publication originelle sous forme de feuilleton. Néanmoins, la plume acérée et engagée de William Wilkie Collins fait rapidement oublier ce détail ainsi que l’ambiance des romans gothiques de Ann Radcliffe qu’on y retrouve.

A travers les personnages d’Anne Silvester et d’Hester Dethridge, Wilkie Collins dénonce la condition de femme mariée au XIXème siècle, en Angleterre où les hommes ont le droit de disposer de l’argent et du corps de leur épouse en toute impunité : « Cela se faisait dans l’intérêt de la morale ; dans l’intérêt de la vertu ; cela se produisait dans un siècle de progrès et sous les lois du gouvernement le plus parfait qui soit » (p. 612).

Il dénonce plus particulièrement les incroyables et révoltantes lois écossaises et irlandaises sur le mariage. (*grâce à ce roman, j’ai compris pourquoi les personnages victoriens s’enfuient toujours en Ecosse pour se marier secrètement*).

« Le consentement fait le mariage. Ni formalités ou cérémonies religieuses, ni avis préalable, ni publication subséquente, ni cohabitation, ni acte écrit, ni témoins même ne sont essentiels à la constitution du contrat. (…) Le seul contact que nous n’ayons entouré d’aucune précautions est celui qui unit un homme et une femme pour la vie. (…) Quant aux mariages des hommes et des femmes, le simple échange de consentement les rend époux légitimes et n’a pas même besoin d’être prouvé formellement ; il peut l’être par déduction. On peut être tenu pour marié en Ecosse sans s’en douter ou à peu près » (p.262-263)

Dans Mari et femme, Wilkie Collins illustre également les dangers de ce qu’il nomme « la culture des muscles », c’est-à-dire l’engouement des jeunes anglais pour la compétition sportive de haut niveau (aviron, course, athlétisme …) très en vogue dans la seconde moitié du XIXème siècle et sujet de paris inépuisable. Selon l’écrivain, cette pratique sportive se fait au détriment de la santé, de la culture et pousserait même ces hommes au crime … J’ai trouvé cette hypothèse inédite et amusante.

Vous l’aurez compris, Mari et femme est davantage un « coup de gueule » de la part de Wilkie Collins pour une législation qu’il trouve scandaleuse qu’une fiction policière comme Armadale ou La Pierre de lune. Du coup, les personnages y sont peut-être moins travaillés (difficile de comprendre comment la pondérée Anne a pu succomber à l’ombrageux et dangereux Geoffrey par exemple). Néanmoins, c’est un roman passionnant pour ce qu’il nous apprend de la société victorienne et la forme feuilletonnesque fait qu’on souhaite toujours connaître la suite … 

 

17 mai 2017

« … la nécessité d’Avoir des Rapports Protégés, Systématiquement, Même Pour le Sexe Oral »

 

moi simonMoi, Simon, 16 ans, Homo sapiens de Becky Albertalli

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) : Simon VS. The Homo Sapiens Agenda

Le livre de poche jeunesse (avril 2017) / 313 pages / 6,90 euros

Simon et « Blue » correspondent depuis plusieurs mois sur internet. S’ils échangent des confidences sur leur homosexualité et les tendres sentiments qui naissent entre eux, ils ignorent complètement l’identité de l’autre.

Comme Simon et Blue évoluent dans un milieu progressiste de la banlieue d’Atlanta et qu’ils sont bien intégrés dans leur lycée, l’homophobie n’est pas le thème du roman et c’est déjà un excellent point.

Becky Albertalli focalise son roman sur le coming-out de Simon et Blue. Or les garçons appréhendent, non le rejet parental, mais la peur du changement de regard de leurs proches. Simon est ultra conscient du caractère irréversible de sa démarche : même s’il sait que son orientation sexuelle sera respectée par ses parents et ses amis, il y aura un ‘avant’ et un ‘après’. C’est la difficulté d’une démarche par laquelle on devient différent d’avant ET différent de la norme qui est au coeur de l’histoire.

Malgré certaines réflexions sérieuses, le ton est léger et le rythme vient de l'alternance des mails avec les chapitres sur la vie quotidienne de Simon. Les poncifs des romans lycéens ainsi qu’une certaine niaiserie dans la romance gay ne sont certes pas absents. Cependant, celle-ci a le mérite d'évoquer clairement le désir et la sexualité de Simon et Blue.

Pour conclure, c’est un roman adorable et drôle qui prend soin de bousculer (un peu) les stéréotypes (mais sans les approfondir). Et surtout, on s’amuse à essayer de deviner l’identité du mystérieux Blue …

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10 mai 2017

« Celia était essentiellement scandinave »

portrait inachevé

Portrait inachevé de Agatha Christie

Publié en 1934 sous le pseudonyme de Mary Westmacott

Traduit de l’anglais : Unfinished portrait

Le Livre de poche / 2016 / 318 pages / 6,60 euros

Un homme sauve une femme. Le temps d’une nuit, cette inconnue lui confie son histoire. Et l’homme en dresse un « portrait inachevé » depuis l’enfance jusqu’à l’approche de la quarantaine.

C’est sa propre autobiographie qu’Agatha Christie trace (au milieu d’autres éléments fictifs) : l’enfance choyée, la mort précoce du père, la jolie relation avec sa mère, les débuts d’écrivain, son amour fou pour un homme, la maternité, la dépression et l’envie de disparaître …

Certains diront que la vie de cette jeune femme de la classe moyenne anglaise du début du XXème siècle manque d’originalité.

Personnellement, j’y ai goûté le rythme volontairement mélancolique et la personnalité de Celia. C’est une femme-enfant sensible, vive et débordante d’imagination qui souffre de la condition des femmes dans une société encore très traditionnelle. C’est une personne profondément déçue (et empêchée de vivre) par l’emprise que les hommes (les époux) possèdent sur les femmes. Enfin c’est une femme étonnamment moderne à laquelle il est très facile de s’identifier, malgré le siècle d’écart qui nous sépare.

A défaut de meurtre, Portrait Inachevé est une enquête psychologique très fine : pourquoi Celia a-t-elle tentée de se tuer ? Qu’est-ce qui l’a conduit sur cette île paradisiaque pour mettre fin à ses jours ?

01 mai 2017

« En des lieux familiers, les souvenirs ne pardonnent jamais – ils conservent éternellement leur amertume. »

la revenante

La Revenante de Molly Keane

Traduit de l’anglais (Irlande) : Time after time

La Table Ronde (Petit Quai Voltaire) / février 2017

315 pages / 14 euros

Sur le domaine de Durrahglass, en Irlande, vivent les Swift : Jasper et ses trois sœurs septuagénaires, April, May et « bébé » June. Ils ont vieilli ensemble unis par l’adoration d’une mère omniprésente, à présent décédée. Dans ce manoir décrépi témoin de leur enfance, l’existence monotone et solitaire de Jasper, April, May et June est lourde de reproches et de rivalités. Leur quotidien est bouleversé par l’arrivée de Leda, une cousine qu’ils pensaient morte pendant la guerre. Aveugle mais toujours aussi cruelle et manipulatrice, Leda va semer la zizanie en révélant des secrets tus jusqu’ici …

La Revenante est une histoire un peu cafardeuse de vieillards semi-infirmes (voire légèrement séniles) antipathiques et parfois grotesques, emprisonnés par leur passé et leurs souvenirs. Je sais ! Exprimé comme ça, je ne vends pas de rêve … Pourtant, malgré des longueurs indéniables, j’ai quand même apprécié l’ironie mordante et la féroce satire familiale de Molly Keane.

La Revenante est le second livre que je recevais gracieusement des éditions de La Table ronde. A défaut d’être transportée par le texte, j’ai été ravie de découvrir cette ravissante collection de poches, à la mise en page soignée et au papier bible.

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18 avril 2017

« … les reinettes dorées au goût nuancé : d’abord noix et miel, puis ananas »

a-l-oree-du-verger

A l’orée du verger de Tracy Chevalier

Traduit de l’anglais : At the Edge of the Ochard

Editions La Table ronde (Quai Voltaire) / mai 2016

324 pages / 22,50 euros

Dans A l’orée du verger, Tracy Chevalier raconte l’histoire d’une famille de colons américains pauvres, les Goodenough. James, le père, Sadie, la mère et leurs enfants (sur)vivent dans le « Black Swamp », une région marécageuse de l’Ohio. James et Sadie, obsédés par leur verger, se livrent une guerre domestique féroce, exacerbée par les fièvres estivales, l’éloignement de toute civilisation et l’alcool. Leurs enfants, la douce Martha et Robert au regard pénétrant, seront marqués à vie par un drame survenu dans cette ferme, au point qu’ils traverseront les Etats-Unis pour l’oublier …

Comme dans La Dernière fugitive, Tracy Chevalier brode une jolie fictionautour d’éléments authentiques et documentés mais méconnus de l’Histoire américaine du XIXème. Dans A l’orée du verger, il s’agit de l’enjeu économique des pommiers dans l’est-américain. Pour entériner leur acte de propriété, les colons anglais devaient planter et faire vivre cinquante pommiers sur leur parcelle. Cela permettait à l’État américain de peupler durablement des zones hostiles, comme ce marécage d’Ohio.

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A l’orée du verger est une histoire de transmission familiale et de racines, symbolisée par l’amour des pommiers transmis par James à son fils Robert qui sera à son tour fasciné par les redwoods et les séquoias géants de Californie. J’ai beaucoup aimé découvrir les prémices du tourisme californien à travers l’exploitation des arbres géants dans lesquels les promoteurs construisirent une piste de danse, un bowling … (le parc de Calaveras Grove se visite d’ailleurs toujours). Le travail de botaniste de Robert et de William Lobb (personnage authentique) qui envoyent des espèces du monde entier au Kew, à Londres, m’a d’ailleurs rappelé un autre excellent roman américain, L’Empreinte de toutes choses de Elizabeth Gilbert.

calaveras grove époque

Certes, les personnages sont un peu faiblards. Certes, la dernière partie de l’histoire est poussive et n’éveille pas vraiment l’émotion des lecteurs. Malgré tout, ce roman possède un charme indéniable dans sa jolie évocation de la nature. 

… Et j’ai aimé découvrir la différence entre les pommes à cidre et les pommes à couteau, ainsi que la recettedu beurre de pomme. RAV mais, en avez-vous déjà fait ? Ou même goûté ?

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10 avril 2017

Apprentie sorcière et Louis Pasteur contre les loups-garous

Je lis beaucoup de littérature jeunesse et proportionnellement, j’en parle très peu sur ce blog. J’aime bien vous réserver la crème de la crème …

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Apprentie sorcière de James Nicol (traduit de l’anglais / Gallimard jeunesse / 416 pages / mars 2017).

Ce roman raconte l’histoire d’Arianwyn (sic!) Gribble, une apprentie sorcière maladroite, élevée par sa grand-mère dans la librairie familiale. Arianwyn est engagée pour assurer la sécurité d’une bourgade isolée au coeur d’une forêt magique. La jeune sorcière, qui tire ses sortilèges des éléments, se rend donc dans ce bourg au charme désuet mais hostile …

Une pincée de La Passe Miroir (Christelle Dabos) plus quelques poignées de la série L’Epouvanteur (Joseph Delaney) et hop ! Apprentie sorcière se révèle être un roman d’apprentissage classique mais mignon et très positif. Et a priori c’est un one shot … Je n’ai pas boudé mon plaisir.

Louis Pasteur contre les Loups-garous de Flore Vesco (Didier jeunesse / 213 pages / 2016)

louis pasteur ctr les loups garous

1840, Paris. Louis Pasteur, étudiant boursier jurassien, fait sa rentrée à l’Institution Royale Saint Louis. Provincial parmi les privilégiés mais élève brillant, il n’a de cesse d’étudier la chimie et d’effectuer des expériences scientifiques. Il devra cependant laisser ses tubes à essai pour enquêter sur l’animal qui hante les couloirs de l’école les nuits de pleine lune. Heureusement, il sera aidé par Constance, une intrépide escrimeuse.

De Flore Vesco j’avais adoré l’époustouflant De Cape et de Mots. Louis Pasteur contre les Loups-garous est un roman ébouriffant, sorte de roman historico-scientifico-fantastique dans lequel Flore Vesco réorganise les éléments biographiques de Pasteur à sa sauce. C’est à la fois original, jouissif et ne lèse pas l’intrigue fantastique qui s’achève sur un combat inattendu et bien ficelé. Et en plus, c’est un drôle ! 

Et vous ? Y a-t-il un roman jeunesse qui vous a particluièrement marqué, récemment ? 

29 mars 2017

'Après tout, ce n’est pas si mal d’être un âne. Les ânes sont de braves bêtes, patientes, fortes, laborieuses, le coeur bon...'

le petit chose

Le Petit Chose. Histoire d’un enfant de Alphonse Daudet

Première parution : 1868

Le livre de Poche / 348 pages

Vous souvenez-vous des BD adaptées de romans classiques qu’on trouvait à la fin des « Je Bouquine » quand on était gosse ? Je garde de certaines de ces pages un souvenir très vif et c’est pour cette raison que j’ai eu envie de me plonger dans Le Petit Chose, tant d’années après.

Le Petit Chose c’est une sorte d’autobiographie (très) romancée de l'écrivain Alphonse Daudet lui-même (1840-1897). C’est aussi le récit initiatique (et finalement amer) d’un tout jeune homme naïf et désargenté qui rêve de reconstruire son foyer comme au temps perdu de son enfance.

Il retrace l'histoire de la famille Eyssette qui, à la suite de problèmes financiers, doit quitter le Midi ensoleillé pour les brumes lyonnaises. Daniel, le plus jeune et chétif fils de ces manufacturiers pauvres, est le « petit chose ». A peine sortie de l’enfance, il devient surveillant d’étude dans un collège pour garçons de Sarlande. Plus tard, il rejoint son frère Jacques à Paris (« ma mère Jacques » tout en dévouement). Daniel tente de publier ses vers mais subit l'influence néfaste d’une courtisane, Irma Borel. Le Petit Chose tombera-t-il dans la misère et la décadence ou sera-t-il sauvé ?

Le Petit Chose est un récit volontairement pathétique, fait pour susciter l’émotion et l’empathie des lecteurs. Je craignais d’être lassée par cet aspect mais finalement, j’ai apprécié ma lecture.

Daudet écrit un récit très vivant, bourré de motifs récurrents qui restent longtemps en tête (le « frinc ! Frinc ! Frinc ! » des clés de M. Viot ou le chant de Coucou-blanc « tolocototignan »). Il glisse aussi quelques éléments énigmatiques (la dualité entre les yeux noirs/Camille) et une palette de personnages qui évoquent diverses facettes de la société française des années 1840-1850 : la communauté scolaire, la petite bourgeoise commerciale, la vie de bohème des artistes du Quartier latin …

Pour conclure, Daudet est un excellent conteur et cette ‘autofiction’ est une lecture facile bien que triste et qui n’est pas sans évoquer Dickens … 

19 mars 2017

" Dans le Dorset, la seule chose qui prouvait qu’il y avait la guerre, c’étaient les femmes qui travaillaient dans les champs "

 

hallows farm 1Les filles de Hallows Farm de Angela Huth

Traduit de l’anglais (Land Girls)

Première publication : 1994

Quai Voltaire/Folio (556 pages)

Automne 1941.

Ag, Prue et Stella, jeunes anglaises soucieuses de soutenir leur pays en guerre, sont ouvrières agricoles volontaires. Elles sont envoyées dans le Dorset, à Hallows Farm, auprès de la famille Lawrence pour aider aux travaux de la ferme. Ici, la guerre est discrète, on y déplore surtout le rationnement et le manque de main d’oeuvre. Leur arrivée va bouleverser l’équilibre paisible des Lawrence et celui de Joe, leur fils réformé. Cette petite communauté fortuite va pourtant s’apprivoiser et apprendre à vivre ensemble, créant des liens pour la vie …

« … pas quand il y a la guerre - pas de temps à perdre. Se déshabiller aussi vite que possible, voilà ma devise, avant que ces pauvres diables ne soient tués. Un peu de plaisir rapide, puis au suivant. A la fin de la guerre, quand nous serons tous un peu plus vieux et plus sages – il sera temps de chercher un mari » (p. 272).

Angela Huth imagine trois très jolis portraits de femmes libérées (ou en passe de l’être), modernes et courageuses, auxquelles on s’attache facilement. Il y a Ag, l’étudiante d’Oxford réservée, Stella, l’amoureuse languide et rêveuse et Prue, la coquette coiffeuse de Manchester, débordante de vitalité.

J’ai adoré cette histoire qui assume de prendre son temps, rythmée par les travaux agricoles saisonniers (le labour, la récolte des fruits du verger, la tonte, l’agnelage …). Cette importance laissée à la nature et aux paysages donne au roman un charme désuet, une mélodie particulière, qui font son originalité et dans lequel je me replongeai chaque jour avec un délice douillet.

« Ici, dans le Dorset, on avait vraiment des excuses si on ignorait qu’il y avait la guerre. La seule chose qui ne s’estompait jamais, à chaque heure de la journée et dans les rêves agités de la nuit, c’était la tension, l’attente constante d’un possible inconnu » (p. 140)

Pourtant, Les filles de Hallows Farm n’est pas une chronique de la vie agricole pendant la seconde guerre mondiale mais une puissante histoire de désirs, d’amours et de frustrations. Comme c’est toujours le cas dans les romans de Angela Huth, il n’y a ni heurts ni cris, les sentiments et les instincts sont intériorisés et c’est la subtile psychologie intime de ses personnages qu’elle nous dévoile.

Pour conclure, Les filles de Hallows Farm est mon coups de coeur absolu de l’auteur. J’ai tout adoré dans cette chronique nostalgique d’une époque perdue (d’un paradis perdu ?) annoncée dès les premières pages. En plus, l'humour n'est pas absent ... 

Prendrai-je le risque d’être déçue en lisant la suite (Souviens-toi de Hallows Farm) sachant qu’il est centré uniquement sur Prue ? Certains d’entre vous l’ont-ils lu ? Et sinon, quel autre titre de Angela Huth me conseilleriez-vous ?

J’ai déjà lu Tendres Silences et La Vie rêvée de Virgina Fly.

A year in England 2

17 mars 2017

« Tu ne m’aimes pas. Rappelle-toi : l’amour n’existe pas entre Nihils et Primas »

entre chiens et loups

Entre chiens et loups (adapté du roman best-seller de Malorie Blackman)

John Aggs (dessinateur) / Ian Edginton (scénario)

MILAN (BD Kids) / novembre 2016 / 220 pages / 18,90 euros

Perséphone et Callum vivent dans une société inspirée de l’Apartheid sud-africain, mais inversé : les « primas » noirs de peau dirigent et les « nihils » les blancs, les servent. Perséphone est une prima, fille d’un ministre influent et Callum est un nihil, fils d’une domestique. Ils sont amis depuis l’enfance mais cette relation sera remise en cause à leur entrée au lycée, où Callum est accepté malgré sa couleur de peau. Perséphone et Callum vont, à leurs dépends, découvrir que l’amour entre nihil et prima est impossible et que le monde des adultes est injuste et cruel.

Comme c’était le cas pour le roman de Malorie Blackman, cette bande-dessinée est terriblement sombre et triste. Les personnages s’y embourbent dans des situations de plus en plus désespérées.

Ces 200 pages en noir et blanc évoquent successivement la ségrégation et le racisme, le suicide, les attentats et le terrorisme, l’alcoolisme et enfin la peine de mort. C’est beaucoup pour un seul volume dont la narration est parfois trop rapide (on peine à comprendre le revirement de certains personnages notamment lorsque que Callum rejoint la milice). En outre (c’était déjà le cas dans le roman), l’ensemble manque de nuance et verse dans la facilité et les extrêmes.

Pourquoi en parler ? Parce que malgré tout, c’est une histoire qui se lit d’une traite, prenante, une histoire d’amour complexe, aux dessins bouillonnants de vie (bien que parfois maladroits). Certains voient dans la fin une lueur d’espoir, moi pas. 

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15 mars 2017

"Quand un homme a pris un verre sous votre toit et un fauteuil dans votre salon, vous êtes moins porté à le jeter dans un étang"

la 11ème plaie d'egypte

La onzième plaie d’Egypte de Elizabeth Peters

(5ème tome des aventures de Amelia Peabody)

Traduit de l’anglais : The Deeds of the Disturber

(1ère parution : 1988)

Le Livre de poche / 1999 / 440 pages

Après une saison égyptienne mouvementée (cf L’Ombre de Sethos), Amelia, Emerson et Ramsès rentrent à Londres pour permettre à Emerson de terminer son dernier traité d'égyptologie au calme. Las ! Amelia doit recueillir les enfants de son frère, Percy et Violet, ce qui n’est pas du tout au goût de Ramsès, 8 ans, turbulent, savant et drôle. En outre, une momie malfaisante semble sévir au British Museum. Un gardien de nuit est déjà mort. Cette aura de mystère ne fait qu’accroitre l'intérêt des visiteurs et des journalistes pour la momie de Dame Henuthmehit, datée de la XIXè dynastie.

Cette enquête emmène Amelia et Emerson, toujours aussi amoureux et caustiques, dans une fumerie d’opium et à Scotland Yard où ils devront collaborer avec l’inspecteur Cuff. Emerson y retrouvera également une ancienne conquête et Amelia va renouer avec Kevin O’Connell, le journaliste roux et naïf de La Malédiction des pharaons. Un nouveau personnage sympathique s’ajoute à la joyeuse troupe, Margaret Minton, journaliste impétueuse et rusée qui ressemble comme une sœur à Amelia.

Premier tome de la série à ne pas se passer en Egypte et sur un chantier de fouilles, La Onzième plaie d’Egypte n’en est pas moins périlleuse pour Amelia. Une fois n’est pas coutume, l’enquête est moins développée que les relations entre les différents personnages – tous savoureux.

Encore une fois, j’ai passé un excellent moment de lecture avec Elizabeth Peters, c’est drôle, mordant et facile à lire. Parfait pour se détendre. 

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06 mars 2017

« Si le mal habite nos ennemis, gardons-nous de nous laisser entraîner à leur suite. »

Maudits

Maudits de Joyce Carol Oates

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) : The Accursed

POINTS / 2016 / 802 pages / 9,30 euros

Entre 1905 et 1906, une série de drames et d’évènements étranges frappent Princeton, le campus universitaire et la ville. Cette « Malédiction » nous est racontée par M.W. van Dyck II. Grâce à des archives et à des journaux intimes, cet historien retrace une histoire violente et extravagante, où se côtoient membres privilégiés de la bonne société, socialistes activistes et créatures inquiétantes. Pourquoi ce microcosme princetonien se met-il subitement à souffrir d'hallucinations et de pulsions meurtrières ?

70 ans après, M.W. van Dyck II tente de résoudre l’énigme : le Diable ou un vampire était-il responsable de cette folie ? Cette « malédiction » est-elle le témoignage du délitement d’une société profondément raciste, outrancièrement puritaine et misogyne, fondée sur l’exploitation des ouvriers et d’abattoirs inhumains ?

A travers cette dénonciation osée des origines du capitalisme américain, étudié à l’échelle de Princeton, Joyce Carol Oates a construit une histoire incroyablement dense, érudite et jouissive. Comme dans chacun de ses romans, elle évoque aussi les inégalités sociales et raciales qui pèsent sur l’Amérique du début du XXème siècle, exacerbées par les tabous religieux.

J’ai adoré être bousculée dans cette lecture à la narration particulièrement étrange et dérangeante. Et la fin est réellement magistrale.

En effet, Maudits est un roman dans lequel il faut accepter de « lâcher prise » et d’oublier la frontière entre fiction et réalité historique. Dans cette histoire de Princeton (qu’elle connaît si bien), Joyce Carol Oates perd volontairement ses lecteurs grâce à un abyssal jeux de faux semblants où elle mélange anecdotes authentiques, gloires locales, personnages littéraires (Jack London, Upton Sinclair) et personnages historiques (Woodrow Wilson, exalté et hypocondriaque) à une ‘petite’ histoire, inventée par elle. 

« Maudits étant, pour l’essentiel, une chronique des petits-enfants Slade, il semble pertinent pour l’historien de noter que Winslow Slade aimait ces enfants d’un amour farouche » (p.54)

Dans la lignée de sa « saga gothique » dont il est le 5ème opus, Maudits retrace l’histoire d’une famille hors-norme, teintée de réalisme merveilleux. Je n'oublierai pas de sitôt la naïve Annabel et son frère, le preux Josiah, ni leur petit cousin et sa partie d’échec au royaume des marécage. Ni le sulfureux journal d’Adélaide, l’invalide scandaleuse. Ni la pureté et le courage de Wilhelmina Burr pour gagner sa liberté de femme.

Maudits est un roman magistral, fascinant, perturbant. Pourquoi Joyce Carol Oates n’obtient-elle pas le Nobel ??

J’ai également lu Bellefleur ou La Légende de Bloodsmoor

20 février 2017

"Les Cotswolds avec leurs pittoresques villages de maisons en pierre dorée, leurs jolis jardins, leurs petites routes sinueuses"

La-quiche-fatale

Agatha Raisin enquête 1. La quiche fatale de M. C. Beaton

Traduit de l’anglais (The quiche of Death)

ALBIN MICHEL (2016) / 320 pages / 14 euros

Agatha Raisin, jeune retraitée londonienne hyperactive, réalise son rêve de s’installer au calme dans un cottage dans les Cotswolds. Pour tenter de s’intégrer, elle participe au concours de quiches local. Malheureusement, sa quiche empoisonne le juge du concours champêtre. Accident ? Meurtre ? Agatha, qui s’imagine déjà en justicière acclamée, enquête. A ses risques et périls, elle va découvrir que sous le charme idyllique du village de Carsely se cachent de vils secrets.

Ce premier tome (*d’une longue série*) propose une intrigue policière simple mais efficace qui n’est évidemment pas sans rappeler les enquêtes de Miss Marple … J’ai été agréablement surprise, l’enquête n’est pas anecdotique ni les solutions des divers énigmes, elle est réellement intéressante.

Le charme du roman réside néanmoins surtout dans sa galerie de personnages amusants et parfois antipathiques : la gouaille et la vulnérabilité d’Agatha, son ami Roy, arriviste exubérant à la sexualité ambiguë, l’adorable policier asiatique Bill Wong, le fringuant militaire retraité à la belle présentante, James Lacey … Ils sont tous savoureux et j’ai déjà hâte de les retrouver dans le tome suivant.

Enfin (et non des moindres), j’ai adoré la description bienveillante mais parfois acide de ce village des Cotswolds et de ses habitants, entre folklore bucolique assumé et dénonciation des clichés sur la campagne anglaise …

cotswolds-concierge-map

Pour conclure, j’hésitais vraiment à me lancer dans ce roman car à force de le voir partout, je craignais d’être déçue. Or, j’ai adoré ce petit grain de folie non dénué de mélancolie qui caractérise Agatha. Maintenant, moi aussi, je rêve des Cotswolds, de visiter Bath, le palais de Blenheim, le château de Warwick, la maison de natale de Shakespeare … C’est avec hâte et délice que je lirai la suite !

A year in England 2

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07 février 2017

« Virginia Fly se faisait violer, en esprit, en moyenne deux fois par semaine. »

la vie rêvée de virginia fly

La Vie rêvée de Virginia Fly de Angela Huth

Traduit de l’anglais (Virginia Fly is Drowning)

Editions La Table ronde (Quai Voltaire) / février 2017

300 pages / 21 euros

Virginia Fly, institutrice trentenaire, vit une existence sans fantaisie auprès de parents bienveillants mais étouffants. Sa vie sociale se résume à une correspondance avec un américain qu’elle n’a jamais rencontré et quelques sorties culturelles avec ‘le professeur’. Virginia est une cérébrale qui analyse sa virginité tardive avec lucidité. Lassée d’attendre un quelconque bouleversement, elle va tenter de saisir les opportunités qui s’offrent à elle de combler ses attentes …

Pour moi Virgina Fly est une énigme et une lecture complètement inattendue, sorte de roman d’initiation amoureuse et sexuelle.

Virginia pose un regard d’une étonnante acuité sur elle-même, son entourage et sa banlieue moyenne du Surrey. Pourtant, elle est naïve et passive en ce qui concerne sa vie amoureuse. Son principal souci étant, d’après moi, sa confusion entre sexualité et amour (qu’elle semble également confondre avec le mariage) que malheureusement pour elle, elle va découvrir en expérimentant.

Virginia rêve d’être « séduite » par un homme et fantasme une sorte de rapt amoureux plus ou moins consenti. Pour elle être « séduite » c’est avoir une relation sexuelle. Etrange vision de la part d’une amoureuse des livres d’autant plus, qu’évidemment, elle attire à Virginia de terribles mésaventures … Et inutile de dire que cette occurrence de « séduire » ne me plait pas. Pour moi, être « séduit » c’est découvrir une personnalité qui me donnera envie de me livrer à elle, c’est devenir sensible à son humour, à ses sentiments et à ses prises de position … Peut-être suis-je trop romantique ? Mais de romantisme, il n’y a pas dans ce roman dans lequel Virginia/Angela Huth décortique chacun de ses sentiments.

J’avoue ne pas savoir que penser de ce roman qui se veut malicieux (et qui l’est à certains égards) mais qui est également triste et désenchanté. Cette falote Virginia Fly a provoqué ma pitié par sa solitude et par ses choix, pas toujours judicieux, malgré l’humour acerbe qu’elle utilise pour dédramatiser ses déconvenues amoureuses.

Cette œuvre de jeunesse, un peu datée, (initialement publiée en 1972) n’a ni la densité ni la maturité des autres romans de Angela Huth (que j’adore) bien qu’on y découvre déjà une belle plume et une capacité à explorer la violence intime du quotidien.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment apprécié ce roman, ce qui est dommage car c’était la première fois que j’acceptais un exemplaire presse (« La Table ronde » étant une prestigieuse maison d’édition dont les titres me tentent toujours beaucoup).

A year in England 2

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01 février 2017

« Il y a un rat sous mon lit. Je l’entends gratter dans le noir »

le-grand-livre-connie-willis

Le Grand livre de Connie Willis

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) : Doomsday Book

(Première publication en 1992)

J’ai Lu / réédition de janvier 2017 / 700 pages / 9 euros

En 2055, les historiens d’Oxford étudient le passé grâce aux voyages dans le temps. Le rêve de la jeune Kivrin Engle est de visiter le Moyen-âge, « une époque ravagée par les écrouelles et la peste, une période de l’Histoire où Jeanne d’Arc a péri sur le bûcher » (p.16). Malgré la dangerosité du projet et en dépit des avertissements du professeur Dunworthy, lui-même responsable du XXème siècle, Kivrin est envoyée en 1320. Elle y est recueille par une famille de nobliaux en exil. D’abord estomaquée par le manque d’hygiène et la malnutrition, Kivrin va bientôt s’attacher à l’espiègle Agnes et son ainée Rosemonde, au charismatique père Roche … Parallèlement, à notre époque, Oxford et son campus sont mis en quarantaine à cause d’une grippe inconnue.

J’attendais de lire ce premier opus du « Cycle temporel » de Connie Willis depuis longtemps (en fait, depuis ma lecture de Black-Out et de All-Clear).

« Le Moyen-âge est la fosse à purin de l’Histoire » (dixit Dunworthy, p.53)

Pour apprécier ce roman, il ne faut surtout pas s’agacer de cette assertion outrancière (voire méprisante) du professeur Dunworthy ni du fait que Connie Willis dessine un Moyen-âge très sombre, voire anxiogène.

C’est en ethnologue que Kivrin fouille le Moyen-âge. Elle n’y verra aucune cathédrale ou autre magnifique manifestation d’une époque pas si ténébreuse que ça. C’est la sphère familiale, intime, qui intéresse Kivrin/Connie Willis, la vie quotidienne des habitants du XIVème, leurs croyances, leurs sentiments face à la mort omniprésente …

Si j’ai apprécié cette reconstitution historique très dense (bien qu’on apprenne moins de choses que dans Black-Out ou All-Clear), j’ai toutefois été heurtée par certains passages, assez insoutenables et dramatiques. L’ombre mortifère de la peste noire plane sur le récit, exacerbant la tension provoquée par la désorientation spatio-temporelle de Kivrin ou la désorganisation sociale provoquée par l’épidémie de grippe.

Heureusement, les chapitres se déroulant en 2055, apportent un brin de légèreté et de rythme (de frénésie ?) par rapport à ceux concernant Kivrin, plutôt lents.

En effet, on y retrouve James Dunworthy qui tente de secourir son historienne mais qui doit gérer une quarantaine, des carillonneuses américaines, Noël et surtout, le petit-neveu d’une collègue nommé Colin … J’ai adoré cette première apparition de Colin, un gosse de 12 ans débrouillard et intrépide qui ponctue ses phrases par « apocalyptique » et « nécrotique » !! Je trouve que Connie Willis a décidément le ‘truc’ pour créer des personnages d’enfants attachants.

Pour conclure, même si Black-Out et All-Clear n’auront pas été égalés dans mon coeur, j’ai adoré en découvrir davantage sur Oxford et sur certains personnages présents dans les autres livres (Dunworthy, Colin, Badri Chaudhuri …). J’ai aussi été happée par les péripéties médiévales de Kivrin. Bref ! J’aime Connie Willis !

Black-Out

All-Clear