Chez Mrs FIGG : chats, scones et livres à volonté !

27 juillet 2016

« L'âge du luxe était révolu ; celui du confort avait commencé »

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L'Amour dans un climat froid de Nancy Mitford

Traduit de l'anglais : Love in a Cold Climate

1ere parution : 1949

L'Amour dans un climat froid est la suite de La poursuite de l'amour (1945). A nouveau, la sage et simple Fanny est l'observatrice fidèle de l'Upper Class anglaise des années 30. On y retrouve avec plaisir la très fantasque famille Radlett d'Alconleight (le féroce oncle Matthew, oncle Davey et ses régimes, les adorables pestes Jassy et Victoria), mais c'est l'histoire de la famille Montdore qui est mise en avant.

Contrairement aux Radlett, les richissimes Lord et Lady Montdore mènent une existence conventionnelle et mondaine. Lorsque Fanny est invitée dans leur domaine de Hampton, ils reviennent juste des Indes afin de marier leur unique enfant, Polly. Pourtant d'une beauté fracassante, Polly fait le souci de sa mère car elle semble insensible à l'amour. Éconduisant les candidats de son rang par sa froideur, la jeune femme va créer le scandale (*spoiler*) en se mariant presque à l'insu de tous avec celui qu'elle aime en secret depuis de longues années. Fanny, jeune mariée installée à Oxford, sera le témoin des conséquences (inattendues) de cette fugue sur les membres de la famille Montdore. 

Nancy Mitford est inégalable lorsqu'il s'agit de décrire son propre milieu, ce qu'elle fait avec un cynisme effronté mais aussi beaucoup d'affection et d'humour.

Avec la famille Montdore, Nancy Mitford introduit de nouveaux personnages inoubliables. Polly est une énigme qui cache un secret (que j'ai vite deviné) mais n'est pas très intéressante. Lord Montdore est respecté par ses pairs grâce à une carrière impressionnante (Vice-Roi des Indes) tandis que Lady Montdore, Sonia, est une femme étouffante pour son entourage, égocentrique, qui va subir une transformation ébouriffante.

Signe que les mœurs de l’aristocratie anglaise évoluent et certains tabous tombent, les femmes y parlent librement d'amour (voire de sexualité) et des personnages sont ouvertement bisexuels ou homosexuels. Ainsi, le beau-frère des Montdore et ami intime de Sonia, Lord Dougedale (surnommé « Boy » ou « Le Satyre ») est écrivain du bottin mondain, aime la tapisserie et autres activités dites 'féminines' mais inspire beaucoup d'antipathie aux jeunes filles. C'est un personnage que j'ai peu apprécié, plutôt fade et parfois ridicule. Au contraire, Cédric Montdore, l’héritier du domaine, est un modèle du genre qui me restera longtemps en mémoire. Esthète parisien, volubile, charmant, drôle et extravagant (il parle de lui en se désignant par « soi-même »), homosexuel, il va faire souffler sur la demeure ancestrale de Hampton un vent de folie et de modernité …

Chaussure Lilley and Skinner, 1925, V&A Museeum

On en apprend également un peu plus sur Fanny et sa vie de jeune mariée à un universitaire d'Oxford, Alfred. Bien que satisfaite de son intérieur et de sa maternité, la pauvre Fanny doit surmonter ses désillusions sur la société universitaire (terne, jalouse et sans intérêt), tellement éloignée du milieu aristocratique où elle fut élevée. En outre, en lisant entre les lignes, il apparaît qu'Alfred est complètement inintéressant. J'espère en apprendre encore davantage sur ce personnage féminin sympathique dans un prochain roman.

Pour conclure, j'ai adoré. Contrairement à La Poursuite du bonheur, davantage romantique, L'Amour dans un climat froid est une lecture légère, une étude de mœurs féroce de lucidité et de cynisme

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25 juillet 2016

« Un village a besoin de ses enfants, tout autant et de la même façon qu'une famille »

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De beaux lendemains de Russell Banks

Traduit de l'américain : The Sweet Hereafter

ACTES SUD (1994) / 252 pages 

Je voulais lire ce roman parce que je crois à l'effet prophylactique d'une chute de neige en littérature pour se prémunir de la chaleur ambiante actuelle !

De beaux lendemains évoque les conséquences du décès de plusieurs enfants dans l'accident de leur bus scolaire, dans une bourgade au nord de l’État de New York, au début des années 90. C'est un roman choral raconté par les différents protagonistes du drame : la conductrice traumatisée mais indemne, le père éploré, l'adolescente handicapée à vie et l'avocat new-yorkais cynique selon lequel « il n'y a pas d'accident ». Au contraire, il va convaincre les habitants de Sam Dent qu'il faut trouver les responsables (solvables) pour leur attenter un procès en négligence. Mais De beaux lendemains n'est pas du tout un roman malsain inspiré d'un fait divers macabre car les témoignages portent davantage sur la vie d'avant le drame et sur les suites de celui-ci sur la communauté et de manière plus individuelle, sur les victimes.

Russell Banks esquisse des personnages complexes et authentiques en évitant de tomber dans la facilité. Ils ne sont pas forcément aimables car Russell Banks nous les livre à un instant t. de leurs existences, avec leurs failles, leurs solitudes … Dolorès Discoll, la conductrice du bus, est assez antipathique avec ses jugements à l'avenant et sa tendance à exclure les étrangers de sa bienveillance. J'ai peu apprécié Billy Ansel, perçu comme un modèle par ses voisins, mais qui raconte un séjour familial en Jamaïque édifiant. La palme revient à l'avocat new-yorkais, méprisant, prétentieux, opportuniste et manipulateur de familles endeuillées, éthiquement corrompu … Ce personnage (et ce qu'il dévoile du système judiciaire américain) est particulièrement choquant. Je vous laisse apprécier quelques unes de ses perles :

« Une victime vivante est plus efficace qu'une morte devant les jurés » (p108)

« Ma tâche consiste à les représenter dans leur colère, pas dans leur peine » (p122).

Seule la jeune Nicole apporte une touche de lumière. Droite et très lucide, c'est assurément le personnage qui touche le lecteur au cœur. Même si ce qu'elle fait peu paraître injuste, on comprend qu'elle le fait pour sauver sa famille et sa communauté …

Russell Banks décrit une Amérique profonde qu'on ne rencontre pas souvent dans la littérature, amère, dure et sans concession. Le drame intervient dans une petite vallée boisée, montagneuse, courue des riches new-yorkais pour le ski et les loisirs d'été mais dans laquelle les locaux vivent dans un marasme économique et social déprimant et où les jeunes n'ambitionnent aucun avenir à l'extérieur …

Malgré un démarrage un peu long, De beaux lendemains est une lecture forte qui évoque le deuil, le statut de victime, le poids de la culpabilité mais qui fait également s'interroger sur le collectif et la communauté qui, pour Russell Banks, semble être un ensemble d'individualités étroitement tricotées pour donner un tout interdépendant …

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20 juillet 2016

« Nos ennuis commencèrent à l'été 1914, l'année de mes trente-cinq ans »

la fille au revolver

La Fille au revolver de Amy Stewart

Traduit de l'anglais (États-Unis) : Girl Waits with Gun

10/18 (Grands Détectives) / 478 pages / 8,80 euros

ô ! Le chouette 1er tome d'une nouvelle série qui raconte l'histoire (romancée) de la première femme shérif des États-Unis !

1914, dans un New Jersey encore très rural, où les premières automobiles cohabitent avec les carrioles à cheval. Le contexte social est mouvementé par des grèves d'ouvriers et une répression sévère. A la suite d'un accident de la route, les sœurs Kopp (Constance, Norma et Fleurette) se retrouvent au cœur d'une campagne d'intimidation orchestrée par Henry Kaufmann, parton influent d'une usine de teinture de soie. Les sœurs n'entendent pas se laisser faire … à leurs risques et périls. Heureusement, elles ont un allié de taille, le très progressiste shérif Heath qui n'hésitera pas à leur confier une arme.

J'ai beaucoup aimé découvrir ces trois sœurs, très différentes mais complémentaires, qui vivent seules dans une ferme isolée depuis le décès de leur mère, une autrichienne rigide et étrange. Il y a Fleurette, tendron de 16 ans, jolie comme un cœur, fantasque, (trop) gâtée et qui rêve de mode et de cinéma. Tout le contraire de Norma, 31 ans, farouche, raisonnable, passionnée par les pigeons et Constance (la narratrice), 35 ans, obstinée, curieuse, qui cherche un sens à sa vie …

 « Je craignais d'être destinée à mourir dans le lit même où ma mère s'était éteinte, ne laissant derrière moi qu'une cave pleine de panais et quelques séries de points de couture inégaux le long de poignets et de cols dont nul ne saurait jamais que j'en avais été l'auteur » (p.43)

Constance-Kopp

La Fille au revolver est à la croisée de la chronique de vie, du secret de famille et du roman policier traditionnel (cet aspect est d'ailleurs secondaire dans ce tome d'introduction).

On y découvre surtout des personnages attachants, dans le contexte historique original d'une petite ville américaine à l'aube de l'industrialisation où l'état de droit n'est pas encore bien établi. Malgré des thèmes sérieux, le ton est résolument drôle, parfois décalé à l'image des ces trois femmes qui souhaitent vivre leurs vies librement (avec ou sans hommes).

C'est donc avec un immense enthousiasme que j'ai achevé ma lecture et que j'attendrais la suite de cette histoire. En attendant (*et pour achever de vous tenter*), il y a le site d'Amy Stewart pour découvrir les photos et coupures de presse d'époque dont elle s'est servie pour écrire son roman.

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12 juillet 2016

« Cette douce marginalité, ces pieds de nez perpétuels à la réalité, ces bras d'honneur aux conventions, aux horloges ... »

en-attendant-bojangles

En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut

FINITUDE (janvier 2016) / 158 pages / 15,50 euros

Bien que ce bouquin et son auteur aient été très médiatisés il y a quelques mois, je serais sans doute passée à côté sans les conseils d'une amie. Et j'aurai loupé un espèce d'OVNI littéraire, une expérience de lecture étrange et déstabilisante … mais touchante.

En attendant Bojangles c'est le regard naïf d'un enfant porté sur les excentricités de ses parents. Il y décrit leur vie quotidienne festive, absurde, trépidante et frappadingue. On n'y ouvre jamais le courrier, on adopte un oiseau exotique nommé Mademoiselle Superfétatoire, on danse à longueur de journée sur le beau titre de Nina Simone, « Mr Bojangles ». Oui mais voilà, cette folie douce, cette perpétuelle euphorie se teinte progressivement de mélancolie lorsque la narration repasse au père qui apporte un regard d'adulte, rationnel, sur cette vie et sur la personnalité énigmatique de la mère.

J'ai d'abord été très déstabilisée par cette lecture et par l'aplomb de l'auteur à banaliser l'absurde et la folie (en tout cas, ce que nous, lecteurs extérieurs, taxons de 'hors-norme'). A quoi s'attendre ? Qu'en penser ? J'étais à deux doigts d'abandonner ma lecture tellement j'étais dans le flou … Indéniablement, les extravagances de cette famille sont amusantes mais Olivier Bourdeaut distille un mal-être dans cette drôlerie, un décalage tangible. Puis, petit à petit, on cerne les réels enjeux d'une magnifique histoire d'amour. En effet, En attendant Bojangles est un roman touchant dont le véritable héros est le père qui par amour, fait tout pour préserver sa femme et son fils, avec panache, avec désespoir aussi.

Probablement parce que ce court roman possède un côté très 'visuel' presque cinématographique, pendant ma lecture j'ai beaucoup songé à La Vie est belle (de Roberto Benigni) - pour les mensonges inventés par le père pour protéger son fils – et à Marguerite (de Xavier Giannoli) - à cause du personnage de la mère, une diva dans le déni. Pour conclure, j'ai apprécié ce roman étrange qui, sous l'apparence d'une énorme farce est étonnamment triste et cruel.

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10 juillet 2016

« les mijaurées, ces jeunes filles gauches et décalées, ensemble contre les autres, malgré les autres »

les mijaurées

Les Mijaurées de Elsa Flageul

JUILLIARD / février 2016 / 228 pages / 18,50 euros

Les Mijaurées, ce sont Clara et Lucile. Leur amitié se noue au début des années 90, dans la cour d'un collège huppé à l'ombre du Panthéon. Gamines inséparables protégées par des familles atypiques, elles passent leurs étés en Suède et deviennent des ados insouciantes, pleines d'espoir en l'avenir. Clara rêve d'écrire tandis que Lucile veut réaliser des films. Mais au lendemain du 11 septembre, le passage à l'âge adulte sera brutal car les jeunes filles découvriront la maladie, la jalousie et l'injustice … C'est Clara qui narre la chronique de cette amitié, s'arrêtant sur les petits instants qui changent tout.

Roman d'apprentissage, chronique de vie à l'écriture fluide, presque parlée, Les Mijaurées est riche en émotions. Le thème de l'amitié d'enfance qui se transforme à l'âge adulte n'est évidemment pas original (je garde un souvenir déçu de Les Séparées de Kéthévane Davrichewy pour n'en citer qu'un).

Cependant, j'ai senti dans l’écriture d'Elsa Flageul une sincérité qui m'a touchée. Certes, cette sincérité ne l'empêche pas de sombrer parfois dans la facilité (les fameux « synchronismes »), frustrante pour le lecteur. Mais c'est avec une grande sensibilité qu'Elsa Flageul évoque les joies et les affres d'une amitié presque amoureuse, fusionnelle, intime où la jalousie et l'émulation sont délétères mais inévitables.

« … des petites rancœurs étouffées, de tous ces petits silences de rien du tout, de tout ces petits trop que l'on supporte un peu chaque jour en se disant timidement 'quand même elle exagère' ... » (p.147)

Cette description de l'amitié comme une entité mouvante, parfois cruelle parfois refuge, est très juste. Je me suis clairement reconnue dans cette histoire d'autant plus que j'ai connu les années 90 que l'auteure ressuscite à travers les succès musicaux de l'époque, la peur du SIDA, la coupe du monde de 98, l'apparition des portables …

Pour conclure, Les Mijaurées est un beau roman solaire et nostalgique qui faire rire autant que pleurer (*si si, ça existe*)

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29 juin 2016

« La salle entière fourmillait d'idylles éphémères, internationales, voire intercontinentales, sur le point d'éclore »

Expo 58

Expo 58 de Jonathan Coe

Traduit de l'anglais (Expo 58)

GALLIMARD / 2014 / 329 pages / 22 euros

Thomas Foley est un employé moyen du ministère de l'Information dont le travail consiste à rédiger des conseils sur l'alimentation des anglais. Marié, père d'un nouveau-né, propriétaire d'un pavillon dans une banlieue sans âme, Thomas se sent frustré par l'idée d'être en marge de tout ce qui se passe d'important dans le monde d'après-guerre. C'est pourquoi, il accepte un détachement de six mois en Belgique pour superviser le pub du pavillon britannique, pendant l'exposition universelle belge de 1958. Commence pour Thomas une parenthèse cosmopolite, exotique et sexy …

D'emblée, il apparaît au lecteur que Thomas est au centre d’événements qu'il ne soupçonne naïvement pas. Jonathan Coe s'amuse à jouer avec les codes du roman d'espionnage de la guerre froide. Tout y est : mise sur écoute, photos volées, intimidation, hommes en trilbies, KGB, fausse identité … J'ai aimé osciller entre le questionnement : est-ce sérieux ? Est-ce une parodie ? On se demande également, pourquoi Thomas ? Et cette impression tenace que tout se joue sous nos yeux de lecteur … mais hors de notre sphère de compréhension.

Atomium

J'ai également aimé la reconstitution de l'exposition universelle belge de 1958 faite par Jonathan Coe. C'est une reconstitution distillée de manière discrète dans le récit mais extrêmement minutieuse. Au cœur de cette effervescence cosmopolite et éphémère, c'est une porte sur le monde qui s'ouvre à Thomas et qui permet à l'auteur d'interroger sur la liberté dans une société anglaise encore très attachée aux convenances, où la libération des mœurs n'a pas eut lieu. Que va faire son héros ? Choisir la « liberté » et rompre ses attaches sociales ou va-t-il choisir la routine de sa vie de banlieue, « sensation d'engourdissement mortel » (p.288) ?

Étonnamment, j'ai pris un énorme plaisir à lire ce roman de Jonathan Coe alors que j'avais plutôt été déçue par mes précédentes lectures de cet auteur et que les avis sur les blogs étaient plutôt mitigés. 

Lu dans le cadre du MOIS ANGLAIS de Lou et Cryssilda 

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22 juin 2016

« Des trois plaies que redoute un acteur – la peste, le puritanisme et la vérole -, je n'ai jamais su laquelle était la pire »

La tête de la reine

La tête de la reine de Edward Marston

Traduit de l'anglais (The Queen's Head)

10/18 (Grands Détectives) / 2000 / 254 pages

Ce roman policier historique situe son action entre l’exécution de Marie Stuart (en février 1587) et la menace d'une invasion par les troupes catholiques de Philippe II d'Espagne, grâce à « l'Invincible » Armada (1588). Nicholas Bracewell est le régisseur d'une troupe de comédiens professionnels, « les Hommes de Westfield ». Nicholas Bracewell est un homme au passé flou, un ancien marin de Francis Drake le célèbre corsaire, mais pondéré et bienveillant. Il est résolu à retrouver la brute qui a assassiné son meilleur ami et à le venger. Son seul indice ? Cet homme porte les stigmates d'une récente flagellation … Parallèlement à son enquête, Nicholas Bracewell organise la représentation de Gloriana triomphante, une pièce commémorant la victoire de la flotte anglaise sur l'Armada espagnole. Il lui faut gérer les rivalités entre acteurs, la conceptions des décors (qui doivent être à la hauteur d'une potentielle représentation devant Élisabeth Iere) …

Je m'attendais à une enquête policière classique (qui n'a pas vraiment lieu) et à découvrir un nouvel enquêteur passionnant, comme c'est souvent le cas dans cette collection (Monk, Wilde, sœur Fidelma …). Or Nicholas Bracewell est sympathique mais un peu fade.

C'est plutôt le cadre historique soigné qui m'a intéressée dans cette histoire. Edward Martson y décrit un Londres tapageur, grouillant de vie (presque encore moyenâgeux) : promiscuité, bruit, odeur nauséabonde … où le port possède une importance capitale et dans lequel la Tamise n'est enjambée que par un seul pont doté de commerces et d'habitations (le London bridge, p.111). Les rixes, la prostitution, les voleurs et arnaqueurs semblent côtoyer les nobles, notamment lors des représentations théâtrales.

the globe

La tête de la reine explore l'histoire du théâtre élisabéthain. Paradoxalement à la poésie et à la beauté des sentiments du théâtre de Shakespeare que l'on connaît, on découvre ici un univers très difficile et menacé.

En effet, depuis une ordonnance du Parlement de 1572, les comédiens peuvent se produire uniquement sous le patronage d'un mécène au risque d'être punis pour vagabondage. Un autre texte de 1574 interdit de jouer du théâtre dans les limites de la City, d'où la situation périphérique des salles de spectacles qui fleurissent (The Theatre, The Curtain, The Globe, The Rose, The Swan …). L'hostilité des puritains impose que les rôles féminins soient joués par des hommes et taxent le théâtre de « lieu de stupre et de débauche » (p.126), ce qui aboutit finalement à un décret du Parlement de 1642 qui ordonne la cessation de toute représentation théâtre publique. Le Globe (le théâtre de Shakespeare) sera rasé en avril 1644.

Comme c'est souvent le cas dernièrement, je suis séduite par le cadre historique et un peu moins par l'histoire (le dénouement est certes réussi mais on devine rapidement l'identité du 'méchant'). Ce roman est le premier d'une longue série et donc un tome d'introduction. Sera-t-il suffisant pour m'inciter à lire le tome 2 ? Pas sûr …

Lu dans le cadre du MOIS ANGLAIS de Lou et Cryssilda et du CHALLENGE Tudor de Shelbylee et Titine

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19 juin 2016

« Une femme en convalescence d'amour »

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Gemma Bovery de Posy Simmonds

Traduit de l'anglais

DENOEL GRAPHIC / 110 pages / 2014 / 20,50 euros

Un boulanger normand, nommé Joubert, raconte l'histoire de ses voisins anglais, Gemma et Charlie Bovery. Il est fasciné par leur patronyme et la ressemblance entre la vie de Gemma et celle de l'héroïne de Flaubert. En effet, Gemma est une jeune femme insatisfaite de sa vie londonienne, complexée par son poids et peu épanouie dans son métier artistique. Elle vient de se faire plaquer lorsqu'elle rencontre Charlie « décontracté, nonchalant, un peu dans la lune », divorcé, père de deux enfants et restaurateur de meubles anciens. Mariés, ils décident d'émigrer en Normandie pour « le vin, la cuisine, la culture et les paysages » mais c'est rapidement le désenchantement pour Gemma qui souffre de solitude. Dès le début, nous savons que l'histoire se termine par la mort de Gemma mais un doute plane : que s'est-il réellement passé ? Quelle est la part de responsabilité de chacun dans ce drame ?

Dans l'ensemble, les personnages croqués par Posy Simmonds sont bourrés de défauts. Ce qui ne les rend pas toujours aimables au lecteur. Joubert est franchement antipathique car jaloux, frustré, voyeur et intrusif. Il parle de « [sa] tendre vigilance » envers Gemma ! Quelle hypocrisie ! Bref, un abject petit fouineur qu'il vaut mieux ne pas avoir comme voisin … Charlie est bienveillant mais mou, absent et manipulé par son ex-femme. Enfin, Gemma est complètement paumée (j'ai quand même éprouvé de la compassion pour elle).

L'auteure nous parle du désir, du couple, de la difficulté de s'acclimater dans un autre pays que le sien … Elle pointe les clichés qui existent entre les français et les touristes anglais.

Je l'attendais à aimer ce roman graphique car il m'a été chaudement recommandé et parce que j'ai adoré Tamara Drewe.

Malheureusement, l'ambiance cafardeuse et triste du roman m'a pesée. Elle est rehaussée par le choix du noir & blanc alors que je m'attendais à retrouver la tendresse pastelle de Tamara Drewe. En outre, j'ai trouvé Posy Simmonds assez sévère avec ses personnages. Pour conclure, même si j'ai apprécié la réécriture moderne de Madame Bovary et la minutie des dessins, j'ai été trop éprouvée par la tristesse de l'histoire pour l'apprécier réellement. Ce qui est d'autant plus étrange que j'aime follement le livre de Flaubert …

Lu dans le cadre du MOIS ANGLAIS de Lou et Cryssilda.

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15 juin 2016

« All Clear, expression anglaise signifiait « fin d'alerte » en cas de raid aérien »

all clear

All Clear / Blitz, deuxième partie de Connie Willis

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) : All Clear

J'ai lu (Science-fiction) / 2015 / 957 pages

Mike, Polly et Eileen sont des étudiants d'Oxford de 2060 qui étudient l'histoire en voyageant dans le passé. Dans cette suite, ils se retrouvent bloqués en plein Blitz londonien, en 1940. Polly reste employée dans le grand magasin (fictif) Townsend Brothers, sur Oxford street, et actrice dilettante dans les pièces shakespeariennes de Sir Godfrey. Mike, blessé lors de l'évacuation de Dunkerque, enquête à Bletchley Park afin de trouver une porte de retour vers 2060. Eileen, qui a enfin retrouvé ses amis, déjoue sa peur des bombardements en lisant Agatha Christie et en maternant les terribles Alf et Binnie Hodbin. En attendant l'arrivée d'une éventuelle équipe de secours, tous vont devoir participer au service de la défense civile.

L'enjeu de All Clear réside dans le souci de Mike, Polly et Eileen de ne pas créer de paradoxe temporel … tout en craignant de l'avoir déjà fait, ce qui expliquerait pourquoi ils restent bloqués en pleine Seconde guerre mondiale. Connie Willis brode son intrigue autour de la théorie du battement du papillon : bousculer une Wren, secourir un soldat blessé, prendre en charge des orphelins … tant de petites actions pour pourraient changer le déroulement de la guerre. Et si, à cause des voyageurs du temps, les Alliés avaient perdu la Seconde Guerre mondiale ?

Comme dans le tome 1, j'ai adoré le contexte historique minutieux et vivant dressé par Connie Willis : on s'y croirait et je ressors (*oui, encore !*) avec une longue liste de lieux et de monuments que j'aimerais visiter. 

Cathédrale Saint-Paul pendant les bombardements de 1940

Cathédrale Saint-Paul, blitz

La Cathédrale Saint-Paul est plus que jamais au cœur de l'intrigue : le tableau du peintre préraphaélite William Hunt La Lumière du monde, le mausolée de Wellington (muré pendant le Blitz pour sa protection), la galerie des Murmures, l'escalier de Wren, les ruelles labyrinthiques autour du parvis, le travail des veilleurs du feu qui passaient leurs nuits à éteindre les incendiaires et à protéger la cathédrale ... Lors du bombardement ravageur de la City, le 29 décembre 1940, « le dôme était censé avoir flotté tel un phare au-dessus de la fumée et des flammes » (p.388).

La lumière du monde (Hunt)

Saint-Paul est également le symbole de la résistance des londoniens. Connie Willis rend hommage aux héros 'de l'arrière', aux combattants civils de la guerre, auxquels elle dédicace son roman :

« ambulanciers, pompiers, préposés à la Défense passive, infirmières, cantinières, guetteurs d'avion, secouristes, mathématiciens, pasteurs, bedeaux, vendeuses, danseuses de revue, bibliothécaires, débutantes, vieilles filles, pêcheurs, marins retraités, domestiques, évacués, acteurs shakespeariens et auteurs de romans à énigmes … qui ont gagné la guerre »

Connie Willis introduit également de nouveaux décors à son intrigue. L’hôpital Saint Bartholomew dit Barts qui est le plus vieil hôpital de Londres puisqu'il a été fondé en 1123. C'est aussi l'hôpital d'où Sherlock se 'suicide' !

Hopital Saint Batholomew

Une partie de son intrigue se déroule en 1995, au musée impérial de la Guerre dont l'une des annexes est le Cabinet War Rooms « situé dans le quartier de Whitehall, non loin du 10 Downing St, dans le sous-sols d'un ministère. On y trouvait la salle des cartes, celle utilisée pour les réunions des décideurs britanniques, la chambre où Churchill dormait quand il ne pouvait rentrer au 10 Downing St, et le téléphone transatlantique qui permettait à Churchill de s'entretenir avec le président américain en utilisant une ligne sécurisée » (p.938).

All Clear possède les mêmes qualités et défauts que Black-Out, le premier tome de la série : narration répétitive (courses frénétiques et désespérées des personnages à travers Londres à feu et à sang), interrogations redondantes sur le dérèglement du voyage temporel et début qui traîne en longueur (environ sur 400 pages). Polly est moralisatrice, Eileen est infantilisée, Mike est poil agaçant … Pour autant, j'ai trouvé l'évolution de ces personnages intéressante (surtout celle de Eileen) et la fin très émouvante.

J'ai à nouveau adoré la reconstitution historique de Londres pendant la guerre (les scènes de liesse du VE Day !). Pareillement, j'ai aimé que l'auteure se focalise sur la vie des civils en temps de guerre (et non celles des soldats ou des décideurs politiques). Je me suis amusée d'apprendre que, manquant de cryptanalyses à Bletchley Park, les britanniques avaient recruté parmi les « mathématiciens, les égyptologues, les joueurs d'échec, les cruciverbistes » (p.236).

Enfin, je redoutais que le dénouement des différentes lignes temporelles soit télescopé ou tarabiscoté … il n'en est rien. Le problème des altérations causées par le voyage dans le temps est bien mené et résolu. Pour conclure, malgré ses défauts, j'ai adoré ma lecture et je compte bien découvrir les autres romans de Connie Willis.

 Lu dans le cadre du MOIS ANGLAIS de Lou et Cryssilda.

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06 juin 2016

« Deux jeunes aventuriers, prêts à tout, n'importe où, contre rémunération substantielle. »

mr brown

Mr Brown de Agatha Christie

Traduit de l'anglais (The Secret Adversary)

Première parution : 1922

Le livre de poche (mars 2015) / 253 pages / 5,60 euros

La nuit du 7 mai 1915, sur le Lusitania en perdition, un agent secret américain confie des documents top secret à une jeune inconnue dans l'espoir qu'elle sera sauvée (« les femmes et les enfants d'abord ... »). Quelques années après la guerre, une organisation criminelle dirigée par le mystérieux « Mr Brown » recherche ces documents portés disparus pour faire pression sur le gouvernement anglais. Tommy Beresford et Prudence (dite Tuppence) Cowley enquêtent pour retrouver ces documents et surtout Jane Finn, la porteuse disparue : enlèvements, missions d'infiltration, trahison … Les rebondissements s’enchaînent.

Partners-In-Crime

Ce roman de 1922 voit naître un duo d'enquêteurs que j'adore : Tommy et Tuppence Beresford, emblématiques de l'immédiate après-guerre. Ce sont de jeunes anglais de la classe moyenne, sans le sou mais optimistes quant à leur avenir. Tommy est un ex-soldat et Tuppence une ex-infirmière, tous deux licenciés parce que l'Angleterre en temps de paix n'a plus besoin de leurs services. Amis depuis l'enfance, ils s'entendent à merveille et décident de faire paraître une annonce pour trouver un emploi : « Deux jeunes aventuriers, prêts à tout, n'importe où, contre rémunération substantielle. Aucune proposition – même déraisonnable – ne sera écartée »  (p.15). Agatha Christie imagine un duo amusant et efficace grâce à sa parfaite complémentarité : Tommy se caractérise par sa force tranquille voire un peu 'lourdaud' tandis que Tuppence est vive, fine et intuitive.

Paradoxalement parce qu'il s'agit des enquêteurs d'Agatha Christie que je préfère, j'ai été déçue par cette enquête. Peut-être est-ce parce que j'ai récemment vu une adaptation de la BBC inspirée de ce roman ? Des longueurs et une fin prévisible, c'est ce qui me restera de cette histoire … ainsi que la genèse des Beresford !

Lu dans le cadre du MOIS ANGLAIS de Lou et Cryssilda.

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01 juin 2016

« Un ordre des choses qui, pour un esprit de 1905, était immuable »

au temps du roi édouard

Au temps du roi Édouard de Vita Sackville-West

Traduit de l'anglais (The Edwardians)

Première parution : 1930

LGF/Le Livre de poche (Biblio) – 2012 - 253 pages

Au temps du roi Édouard est le portrait minutieux et affectueusement ironique de l'aristocratie anglaise pendant le règne d'Édouard VII (1901-1910). C'est un récit d'apprentissage qui verra le jeune duc de Chevron lutter contre le déterminisme lié à sa position sociale.

Le récit débute par un week-end donné au luxueux domaine de Chevron où la duchesse et ses enfants, Viola et Sébastien, reçoivent la fine fleure de la noblesse anglaise. C'est une société oisive et nombriliste, « un monde où le plaisir tombait comme une pêche mûre dans une main tendue », « un monde fermé [où] chacun faisait ce que bon lui semblait, pourvu que rien ne transpirât … Il fallait respecter les apparences, sinon la morale ». Sébastien et Viola y font la connaissance de l'explorateur Léonard Anquetil qui leur ouvre les yeux sur cette hypocrisie. Sébastien est un jeune homme en devenir, rebelle et romantique, qui rêve de liberté mais qui reste profondément attaché à l'héritage de ses ancêtres. Anquetil prédit à Sébastien qu'il finira par rentrer dans le moule. S'en suivent les errements sentimentaux du jeune duc pour lequel l'engagement sentimental s'apparente à une prise de position politique.

La plume de Vita Sackville-West est à l'image de la société qu'elle décrit : virevoltante, endiablée et frénétique notamment quand elle raconte les préparatifs de la fête d'ouverture (du point de vue des maîtres et des domestiques) ou du sacre de Georges V.

Sa description de la société aristocratique édouardienne est vivante et juste. VSW pointe la distinction entre la jeune génération (les mondaines à l'image de Lady Sylvia Roehampton qui cherchent l'accomplissement de leur plaisir personnel) et l'ancienne génération, moquée par les premières pour leurs intérieurs poussiéreux et leurs principes rigides. VSW possède une analyse lucide (et rétrospective car elle écrit en 1930) d'une société à cheval entre la sévère époque victorienne et la libéralisation de l'après-guerre. L'introduction d'André Maurois explique cela très bien :

« Voici un document de première main sur cette époque de transition que fut, en Angleterre, entre la sévérité du victorianisme et l'émancipation de l'après-guerre, le règne du roi Édouard VII. Temps d'inquiétude et de doute pour les classes dirigeantes. Les « Edouardiens » n’acceptaient plus le code strict, inhumain des « Victoriens », mais ils étaient bien loin encore du scepticisme naturel des « Georgiens ». Ils osaient avoir des passions ; ils n'osaient avouer qu'ils en avaient. Ils craignaient le scandale plus que la souffrance ; enfin ils étaient prêts à se sacrifier pour des préjugés qu'ils n'avaient plus »

Pour conclure, j'ai finalement davantage été sensible au cadre historique qu'aux enjeux narratifs de ce roman, contrairement à ma précédente lecture de VSW (Toute passion abolie). Surtout, j'ai été enchantée de retrouver le rythme enlevé et l'ironie mordante (mais souvent affectueuse) de VSW (dont je vous laisse un exemple savoureux parmi d'autres) :

« - Quoi ! S'écria la duchesse, un peintre ? Quel peintre ? A-t-on jamais entendu une chose pareille ? La fille de Lady Roehampton épouser un peintre ? Mais non, mais non … Vous épouserez Tony Wexford, et nous verrons après ce qu'on pourra faire pour le peintre, ajouta-elle, en lançant à Sylvia un coup d’œil rapide »

logo anglais2

Et pour commencer (*en beauté*) ce MOIS ANGLAIS 2016 (merveilleusement organisé par Lady Lou et Lady Cryssilda) j'ai fouillé pour trouver quelques portraits de mondaines peintes par John Singer Sargent (1856-1925) que VSW mentionne plusieurs fois dans son récit.

Sargent 1902 Winifred Duchess of PortlandMadame X ou Madame Pierre GautreauMrs Hugh Hammersley, 1892? Sargent, METPortrait-Painter

25 mai 2016

« Deux fois par jour, je bénéficie d'une fenêtre sur d'autres vies, l'espace d'un instant »

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La Fille du train de Paula Hawkins

traduit de l'anglais : The Girl on the Train

Sonatine Editions / 2015 / 378 pages / 21 euros

Je m'attendais à être enthousiasmée par ce roman policier psychologique anglais que tout le monde semble lire (*notamment dans le train que j'emprunte longuement chaque jour*) mais finalement j'ai été un peu déçue.

Deux fois par jour, à 8h04 et 17h56, Rachel prend le train entre la banlieue où elle habite et Londres. Divorcée et très déprimée, elle transfert ses espoirs (déçus) d'une vie de famille heureuse sur un couple qu'elle observe depuis le train. Elle ne les connaît pas personnellement mais aime surprendre des instants volés à leur quotidien. Elle imagine un couple modèle, amoureux, qu'elle baptise Jess et Jason. « Deux fois par jour, je bénéficie d'une fenêtre sur d'autres vies, l'espace d'un instant. Il y a quelque chose de réconfortant à observer des inconnus à l'abri, chez eux » (p.14). Mais, un jour, Jess est portée disparue dans les médias. Rachel va aider (entraver ?) l'enquête et sa jolie vision du couple modèle va voler en éclats.

La Fille du train est un roman qui joue sur les faux-semblants des situations et des personnages, ambigus, potentiellement tous assassins. Ça fonctionne globalement bien mais c'est du déjà vu (dans le genre, j'ai davantage été scotchée par Les Apparences ou Avant d'aller dormir). Il y a indéniablement des longueurs et des redites tout au long du livre. Et surtout, le personnage principal Rachel, alcoolique et désespérément accrochée à son ex-mari, est a mieux pathétique, au pire horripilante.

Pour conclure, si l'effet page-turner n'a pas été efficace sur moi, si je me suis parfois ennuyée, j'ai néanmoins poursuivi ma lecture jusqu'à la fin.

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21 mai 2016

« Une jeune fille de bonne famille ne pouvait faire aucune avance et pouvait à peine répondre à celles qui lui étaient faites »

le fantôme locataire

Le fantôme locataire précédé d'Histoire singulière de quelques vieux habits

Henry James

Traduit de l'américain

Gallimard (FOLIO 2 euros) / décembre 2014 / 116 pages

Il s'agit de deux nouvelles de jeunesse d'Henry James (écrites respectivement en 1868 et 1876). Comme le titre l'indique, ce sont des histoires de fantômes mais clairement pas dans la lignée des plus tardives nouvelles fantastiques ou gothiques d'Henry James lui-même (Le Tour d'écrou) ou d’Édith Wharton (Kerfol et autres histoires de fantômes).

L'Histoire singulière de quelques vieux habits n'est pas une nouvelle victorienne mais se déroule dans le contexte très puritain de la Nouvelle-Angleterre du XVIIIème siècle. C'est une histoire de jalousie entre 2 sœurs, Viola et Perdita, qui sont amoureuses du même prétendant. Une nouvelle classique mais intéressante.

Le Fantôme locataire est écrit à la première personne et se déroule dans la campagne de Cambridge. Le narrateur est un jeune étudiant en théologie qui découvre une maison hantée (« elle avait été spirituellement flétrie » p.58). Il n'aura de cesse de percer ses mystères. Henry James y joue avec les codes de la nouvelle fantastique classique pour livrer un texte au dénouement malicieux.

Ce qui frappe dans ces nouvelles d'Henry James, c'est le portrait cynique des femmes qu'il dresse. Sous leur vernis de bonnes manières et de candeur, elles apparaissent uniquement préoccupées de tissus et de bijoux, envieuses (Histoire singulière de quelques vieux habits) ou cruelles (Le Fantôme locataire). Les homme sont leurs victimes sinon innocentes du moins absoutes de leurs crimes à l'égard de ces femmes.

Pour conclure, voilà une heure de lecture délicieusement inquiétante et intéressante (malgré une couverture horrible).

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18 mai 2016

«A quel moment un scientifique devient-il un tourmenteur ? Puis un bourreau ? Comment passe-t-on de Pasteur à Josef Mengele ?»

le couloir des tenèbres

Le couloir des ténèbres de Anne Perry

Traduit de l'anglais (Corridors of the Night)

Éditions 10/18 (Grands Détectives) / août 2015

340 pages / 14,90 euros

Le Couloir des ténèbres est la 21ème enquête de William et Hester Monk. Cela fait longtemps que je suis cette série plus par habitude que par réel engouement. Or ce nouvel opus, qui place Hester au centre de l'histoire, est une excellente surprise.

Londres. 1870. Ancienne infirmière militaire, Hester remplace une collègue à l'hôpital Greenwich. Elle y rencontre les frères Rand, médecins et physiciens spécialisés dans le traitement de la leucémie. Sa déontologie et son sens moral vont être bousculés lorsqu'elle va découvrir de quelle manière les frères Rand se fournissent en sang afin de soigner leurs riches patients. Monk (l'époux de Hester) est toujours chef de la police fluviale de la Tamise, et Scuff, leur fils adoptif, s'affranchit progressivement de son sordide passé.

Le couloir des ténèbres est une enquête « toute neuve », sans lien direct avec les précédentes aventures du trio Monk/Hester/Rathbone même s'ils ont chacun leur rôle à jouer dans celle-ci.

On y retrouve les ingrédients habituels de Anne Perry : des questions éthiques, une enquête qui n'hésite pas à ébranler ses personnages principaux, des scènes de tribunal, des aristocrates ambigus voire malsains. Alors pourquoi cette enquête m'a-t-elle davantage plu que les dernières, globalement décevantes ? Probablement parce que j'apprécie beaucoup le personnage de Hester, parce que la thématique abordée (les essais médicaux) est nouvelle et intéressante – voire fascisante, et enfin, parce que le rythme est fluide et que tout est bien ficelé.

Pour conclure, c'est une bien agréable lecture !

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15 mai 2016

« Il y a mille raisons de désirer une femme, peut-être plus que d'aimer un homme »

virginia et vita

Virginia et Vita de Christine Orban

Le Livre de Poche (2014) / 237 pages / 6,60 euros

C'est suite au récent billet de Georges et à la proposition de Lou d'en faire une lecture commune que j'ai découvert ce roman doublement biographique puisqu'il évoque la relation entre Virginia Woolf et Vita Sackville-West

1927, entre Monk's House (la demeure de Virginia et Léonard Woolf) et Knole House (l'ancestrale demeure des Sackville-West), dans le Sussex. Depuis plusieurs années déjà, Virginia et Vita entretiennent une liaison. Tout détail charnel est heureusement évacué par Christine Orban qui se concentre plutôt sur le côté intellectuel de cet amour et son rôle dans la genèse d'Orlando.

Virginia Woolf est (décrite par l'auteur comme) une créatrice de génie qui souffre de fréquentes crises de démence, déprimée, complexée, légèrement misanthrope, froide (frigide ?) et incapable d'exprimer ses sentiments autrement que par l'écriture. « Les mots rendaient des jouissances, des saveurs, des vigueurs dont elle était privée dans la vie. Quand elle écrivait, ils devenaient le prolongement de son corps » (p.100). A l'opposé, Vita Sackville-West est (décrite comme) une mondaine pétillante et volage qui traverse un moment difficile : la mort de son père Edward Sackville-West et la spoliation de Knole House en dépit de la loi britannique sur les droits d'héritage (qui favorisent le sexe masculin par rapport à une héritière de ligne directe).

Virginia Woolf

Vita Sackville-West

Christine Orban se focalise sur la tension qui existe entre ces deux femmes et comment celle-ci est à l'origine d'Orlando.

Il s'agit d'une tension sociale (le choc entre la haute aristocratie ancestrale et la bohème des artistes) et sentimentale. Elle émane principalement de Virginia qui est très jalouse de Vita (de ses amantes, de sa beauté …). Dans Orlando, Virginia s'inspire donc de Knole House et de Vita. Son écriture se nourrit de ses sentiments, de ses jalousies et frustrations. Ainsi, elle travestit Vita (qui devient un homme, Orlando) car elle pourrait encourir la censure ou l'opprobre puritain pour la description d'amours saphiques. Idem, l'ancienne amante de Vita, Violet Trefusis, devient Sacha (qui sera finalement abandonnée par Orlando).

Christine Orban aura eu le mérite de me faire comprendre que je n'avais absolument rien compris à ma (lointaine et trop précoce) lecture d'Orlando qui semble être un roman à clé très complexe. Il faudra que j'y remédie même si des deux écrivaines, j'ai une préférence pour Vita Sackville-West que je trouve plus accessible et agréablement cynique (par exemple son merveilleux roman Toute passion abolie).

Virginia et Vita est une lecture plaisante et pourtant je n'ai pas été emballée.

Je ne connais pas en détail les vies de VW et VSW mais même ainsi j'ai été chagrinée par les libertés biographiques prises par Christine Orban (en témoignent les lettres du roman qui sont largement simplifiées ou modifiées par rapport à la correspondance authentique des deux femmes – j'ai vérifié !). Habituellement, je n'ai rien contre les biographies romancées (même si j'apprécie que cela soit annoncé). Dans celle-ci, c'est le soupçon de superficialité, de légèreté notamment dans la genèse d'Orlando qui me chiffonne … Et l'impression aussi que l'auteur a grossi les défauts des personnages : ceux de Virginia mais aussi Léonard et Harold qui sont effacés et inintéressants au possible. Enfin étant donné qu'il s'agit d'un amour entre deux êtres d'exception, entre deux génies de la littérature anglaise, je m'attendais à une romance plus complexe, une relation relatée avec plus de profondeur (peut-être aurait-il fallu plus de pages ?).

Pour conclure, ce n'est pas une déception absolue car l'écriture est plaisante, ainsi que la couverture. Mais je doute qu'il me reste quelque chose de cette histoire d'ici à quelques mois …

Le billet de Lou (mitigé comme le mien).

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11 mai 2016

« La terre c'est pas fait pour toi, unique, à ton usance, sans fin, sans prendre l'avis du maître, de temps en temps »

colline-jean-giono

Colline de Jean Giono

Première parution : 1929

Le Livre de poche / 190 pages

Étrange de passer des amours sophistiqués de Virginia&Vita aux rudes paysans de Haute-Provence de Giono. Et pourtant, c'est la même époque (*ça c'était pour la petite remarque perso qui ne sert à rien !*). Colline est le premier livre de Jean Giono et le premier roman de sa trilogie de Pan (avec Un de Baumugnes et Regain).

Les Bastides blanches sont « un débris de hameau », quatre fermes isolées sur une colline provençale où seuls le facteur et le médecin montent encore. Y vivent quatre rudes paysans (Jaume, Arbaud, Gondran et Maurras) et leurs familles, douze personnes plus l'idiot du village. Leur tranquille quotidien est bouleversé quand l'aïeul du hameau, Janet, est victime d'une attaque qui le laisse paralysé et délirant. Les hommes, habitués à vivre en symbiose avec la nature, s'inquiètent dès lors de signes inhabituels qu'ils constatent. Leurs malheurs commencent effectivement lorsque l'unique fontaine du village se tarit …

J'ai aimé ce livre pour sa description si poétique de la nature, presque mystique (mais sans la moindre trace de religion ou religiosité). Si superstition il y a aux Bastides Blanches, c'est une croyance païenne en la terre toute puissante. Il y a aussi quelque chose du théâtre dans ce roman. Jean Giono créé une sorte de huit-clos dans lequel la tension dramatique enfle inexorablement jusqu'au dénouement final.

Pour conclure, contrairement à Le Hussard sur le toit (que j'avais également adoré mais qui se perd parfois en digressions), Colline est un texte court et très puissant, une lecture difficile à lâcher. 

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06 mai 2016

« Écrivaine » était une façon de décrire Vita Sackville-West, « jardinière » en était une autre.

le jardin blanc

Le jardin blanc de Stephanie Barron

Traduit de l'anglais (États-Unis) : The White Garden

Éditions 10/18 (octobre 2015) / 375 pages / 7,90 euros

Jo Bellamy, jeune paysagiste américaine, est employée par un riche client qui souhaite avoir la réplique du célèbre jardin blanc de Vita Sackville-West sur sa propriété. Bien qu'elle vive un drame personnel (le suicide aussi inattendu qu'inexpliqué de son grand-père), Jo se rend dans le Kent, sur le domaine de Sissinghurst où ont vécu Vita et son époux, Harold Nicolson. Dès son arrivée, Jo découvre un manuscrit caché dans les archives des jardiniers. S'il semble être de la plume de Virginia Woolf, il contient également un secret de famille qui concerne le grand-père de Jo. Commence une folle (en)quête où Jo mais aussi de séduisants employés de Sotheby's, une experte en littérature anglaise et un milliardaire américain s'interrogent sur les circonstances de la mort de Virginia Woolf.

« Et si Virginia Woolf n'était pas morte noyée dans l'Ouse, le 28 mars 1941, les poches lestées de pierres ? ». Stephanie Barron s'amuse à inventer la suite.

J'avoue d'emblée ne pas avoir compris la sombre histoire d'espionnage que Stephanie Barron imagine pour expliquer 'sa' version de la mort de l'écrivaine. Franchement pas le point fort du roman ! Mais finalement, peu importe, car j'ai été passionnée par le jeu de piste qu'elle déroule sur les traces du fascinant groupe de Bloomsbury : Vita Sackville-West et son époux Harold, Virginia Woolf et l'ambigu Léonard, Vanessa et Clive Bell, Maynard Keynes, Duncan Grant … C'est simple, j'ai déjà le parcours des visites que je veux faire la prochaine fois que j'irai en Angleterre !

Sissinghurst

Le château de Sissinghurst est reconnaissable par sa « tour de guet élisabéthaine » (p. 16) en pierre rouge, dans laquelle Vita s'isolait pour écrire. Le domaine est acheté par Vita et Harold Nicolson en 1930. Il s'agit d'une ruine qu'ils restaurent et qu'ils agrémentent progressivement de jardins thématiques : Delos, le jardin blanc qui est exclusivement pourvu de fleurs blanches comme « une jungle intime » (p.33). Le projet de restauration est lié à l'histoire tumultueuse du couple : désir de solitude et d'intimité retrouvée (pour écrire, pour oublier les liaisons, pour renouer avec la simplicité d'une vie à deux), comme la rédemption d'un couple assagi.

Knole,_Sevenoaks_in_Kent

Stephanie Barron évoque rapidement Knole House (p. 41), à Sevenoakes, qui est l'immense demeure d'enfance de Vita Sackville-West et qui date de l'époque des Tudors.

Elle décrit aussi Charleston House (pp.162-167).

charleston housecharlston house

C'était la maison de campagne de Vanessa Bell, la sœur de Virginia Woolf. Artiste peintre, Vanessa Bell en avait peint tous les murs disponibles, en s'inspirant notamment de son amant Duncan Grant. Si Charleston House semble avoir tout particulièrement abrité ses amours adultères avec Grant, elle était également un lieu de rencontre du groupe de Bloomsbury.

monk's house

Idem pour Monk's House, dans le village voisin de Rodmell, qui était la maison de campagne du couple Woolf (pp.246-253) depuis 1919. Derrière le cottage (dont l’intérieur est peint dans une dominante de vert), dans le jardin, se trouvent deux bustes des époux Woolf et leurs cendres. Si j'en crois Internet, toutes ces demeures sont maintenant des musées, gérés par le National Trust mais qui souffrent d'un cruel manque de financement et d'entretien.

Enfin, j'ai découvert la Bodleian Library à Oxford où furent également tournées des scènes de Harry Potter (films 1 et 2, il me semble).

BodleianLibrary

J'avais repéré ce roman sur de nombreux blogs et j'avais très envie de le lire malgré les bémols des lectrices. C'est pourquoi, j'ai sauté sur la version poche dès sa sortie. Résultat, malgré quelques faiblesses narratives et des romances pas vraiment passionnantes, j'ai adoré la visite guidée littéraire et historique que propose Le jardin blanc. L'atmosphère british (désuète et humide) y est particulièrement bien rendue. J'ai réellement eu l'impression d'être dans la campagne anglaise avec les personnages …

Pour conclure, c'est un roman coup de cœur mais principalement pour sa dimension « guide » de voyage !

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02 mai 2016

« C'était certes aliénant, exclusif, mais c'était bien de l'amour, défectueux et fragile, tout comme eux »

les_choses_comme_je_les_vois

Les choses comme je les vois de Roopa Farooki

Traduit de l'anglais (The way things look to me)

BABEL / nov 2015 / 377 p. / 8,70 euros

Les Choses comme je les vois raconte le quotidien d'une fratrie mi-irlandaise mi-pakistanaise, installée à Finchley, dans la banlieue nord de Londres. Jeunes adultes mais déjà orphelins de parents, Asif, Yasmine et Lila entretiennent des rapports compliqués, héritage d'une enfance marquée par la maladie de Yasmine. En effet, Yasmine est atteinte du syndrome d'Asperger : érudite, dotée de synesthésie (elle entend des couleurs), inadaptée au monde et étrangère aux sentiments. A l'aube de leurs vies d'adultes, Lila et Asif peinent à nouer des relations amoureuses stables tandis que Yasmine, qui habite toujours avec Asif, s'interroge sur son avenir.

Pour une fois dans la littérature, l'autisme n'est pas abordé comme une démonstration des facultés hors-normes du protagoniste. Ce n'est ni un livre particulièrement drôle ni un livre larmoyant. Les Choses comme je les vois évoque le parcours de Yasmine, solidement guidée par sa mère depuis l'enfance, pour apprendre à communiquer et à appliquer les normes sociales. Roopa Farooki évoque également l'immense impact de cette maladie sur l'ensemble de la famille. Élevés dans l'ombre de leur sœur, Asif et Lila développent un complexe d'infériorité maladif (Asif) et une tendance à l’auto-destruction (Lila). Par moment, Yasmine apparaît même comme la plus équilibrée des trois !

Davantage qu'un livre sur une maladie rare, c'est un beau roman sur la famille, sur les liens fraternels, sur la difficulté de grandir et de se construire dans un foyer dysfonctionnel où l'attention parentale est vampirisée par un des enfants. Pour autant, Asif, Lila et Yasmine sont des jeunes adultes très attachants, qui s'aiment, se cachent leur vulnérabilité pour se protéger, ont une énorme soif d'amour et d'attention qu'ils n'osent s'avouer …

Pour moi, Les Choses comme je les vois est une belle surprise : je m'attendais à une histoire un peu ardue (peut-être à cause de l'orientation habituelle de cette maison d'édition). Or, c'est une histoire simple, pleine de sensibilité et dotée d'histoires d'amour modernes et romantiques.

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20 avril 2016

"Il était entendu qu'on était pas censés devenir vendeur de voitures, fermier bio ou parent au foyer quand on sortait d'Harvard"

le livre d'or

Le Livre d'or de Deborah Copaken Kogan

Traduit de l'anglais (États-Unis) : The Red Book

Cherche midi (2015) / 503 pages / 21 euros

Encore une fois, voilà un livre dont (malheureusement) la couverture est plus séduisante que le contenu !

Addison, Clover, Mia et Jane se sont rencontrées à Harvard, à la fin des années 90, où elles étaient colocataires et futures diplômées. Depuis, chacune a mené sa vie (mariage, enfants, carrière), en gardant le contact avec les autres grâce au « Red Book ». « Tous les 5 ans, les anciens élèves reçoivent un formulaire à compléter avec des infos de base (nom, adresse, e-mail, profession, époux(se), enfants) ainsi que quelques paragraphes narratifs pour résumer la demi-décennie qui vient de s'écouler. Tout ceci sera inclus dans un album anniversaire relié à la couverture écarlate surnommé le « Red Book » (p.7)

Vingt ans après, Addison, Clover, Mia et Jane sont de retour sur le campus pour la réunion des anciens élèves de leur promo. Le temps d'un week-end, ces quarantenaires hors de leur zone de confort vont se laisser aller à l'introspection pour comprendre que leurs vies actuelles ne sont pas le reflet de leurs espérances passées. Coucheries, secrets révélés, problèmes de couple et d'argent, éducation des enfants …, les apparences (entretenues dans le Red Book) se fissurent …

Certes, il est amusant de découvrir « l'ancêtre de Facebook » dans ce Red Book universitaire qui n'est autre qu'un mélange assumé de voyeurisme et de compétition (bien que j'imagine que le but premier était plutôt la constitution d'un réseau). Pourtant, Le Livre d'or peine à convaincre : pas réellement mauvaismais banal et déjà-vu (j'ai fini les 200 dernières pages en lecture 'survol') avec des personnages plutôt horripilants que attachants et des situations convenues.

Bref en dépit de cette très jolie couverture, ça ne fonctionne pas. Si les histoires de campus vous intéresse, préférez (et de loin) Les Débutantes de J. Courtney Sullivan

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13 avril 2016

« Révoltez-vous tant qu'il n'est pas trop tard »

dead line

red flag

Deadline (Feed II) et Red Flag (Feed III) de Mira Grant

Traduit de l'anglais (États-Unis) 

GALLIMARD (Folio SF) / 677 et 752 pages

Autant le tome 1 était enthousiasmant, autant cette double suite est moyenne.

Pour mémoire, cette trilogie de SF se passe aux États-Unis vers 2040. Le monde s'est transformé depuis « Le Jour des morts » c'est-à-dire depuis qu'un virus (fabriqué par l'homme) a changé les 3/4 de l'humanité en morts-vivants assoiffés de chair humaine. Le truc chouette dans cette histoire, c'est que l'auteur s'attache moins aux zombies qu'aux conséquences sur la société notamment sur les médias et la politique. Et pimente son récit avec un duo qui fonctionne bien, Georgia et Shaun Mason, frère et sœur qui entretiennent une relation fort complexe.

*spoilers tome 1*

Dans DEADLINE, c'est la douche froide.

Georgia étant morte, c'est son frère Shaun qui reprend la narration. Or, Shaun est particulièrement binaire : soit il cogne, soit il parle avec sa sœur morte qui le hante et qu'il veut venger. Globalement, j'ai trouvé Deadline bavard et ennuyeux. Le peu d'action et de découvertes sont noyés sous un jargon scientifique souvent confus et des répétitions incessantes (par exemple, les voyages en van à travers le pays). En plus, la traduction est assez maladroite (« bite », « cul » répétés … bof quoi …)

Heureusement dans RED FLAG la dynamique reprend.

Sous la forme d'un clone, Georgia réapparaît. Les chapitres qui lui sont consacrés sont d'ailleurs passionnants et plein de suspens : qui est-elle vraiment ? Pourquoi a-t-elle été créée ? Comment ses amis et son frères vont-ils l'accepter ? … Sa relation amoureuse avec Shaun est enfin dévoilée de même que leurs liens avec leurs parents adoptifs. Les implications politiques, scientifiques et conspirationnistes de chacun s'imbriquent pour donner un dénouement satisfaisant (bien que manquant peut-être d'ampleur).

Pour conclure sur cette trilogie en dents de scie, je ne regrette pas ma lecture (bien au contraire). Mais je regrette le phénomène médiatique du tome 1 qui a visiblement empêché Mira Grant de passer davantage de temps à peaufiner ses tomes suivants. 

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