Chez Mrs FIGG : chats, scones et livres à volonté !

09 mai 2012

" Sans doute par masochisme, je décidai d'achever de me briser le coeur "

promesse-de-sangVampire Academy 4 : Promesse de Sang de Richelle Mead

Traduit de l'anglais

Castelmore (mai 2011) / 441 pages / 14,90 pages

 

* attention, spoilers tomes précédents *

J'appréhendais le changement de cadre de ce nouvel opus. Effectivement, après la transformation de Dimitri, Rose démissionne de l'Académie et part à sa recherche pour le tuer. Finalement, j'ai adoré le nouveau contexte qui relance habilement l'histoire : loin de errer, en solitaire kamikaze et démunie dans les bas-fonds du monde, Rose (et le lecteur) se trouve agréablement propulsée dans la société huppée de Russie. Rose y découvre le caviar et le bortsch (mais en bonne adolescente américaine préfère le McDo et les pizzas !) ainsi que l'exubérante architecture russe et les voyages en Transsibérien. C'est très chouette. De plus, Richelle Mead étoffe encore son univers avec l'introduction d'un nouveau personnage : Sydney, alchimiste. Les alchimistes sont des humains chargés d'aider les Moroï et les Dhampirs à cacher leur existence.

L'histoire est assez simple : en mode binaire, Rose part sur les traces de Dimitri, rencontre sa famille russe et leur apprend la mort de Dimitri (une belle cérémonie commémorative est organisée), rencontre un autre spécialiste de l'esprit lié à un compagnon (comme Rose et Lissa) et tombe finalement dans les griffes d'une communauté de Strigoï. Commence pour la jeune femme un véritable chemin de croix où elle est mentalement manipulée, avilie (elle devient une catin rouge), torturée puis traquée … Malgré tout, la fraicheur et l'humour de Rose permettent de ne pas rendre ce récit trop sombre. D'autant plus qu'elle reste en contact mental avec Lissa et Adrian, restés à l'Académie où de nouveaux 'méchants' sèment la zizanie.

Bref ! Promesse de Sang est un tome autour du travail de deuil. Rose passe de la négation (elle s'illusionne, imagine que Dimitri est toujours le même) à l'acceptation … J'ai beaucoup aimé la première partie, avant qu'elle trouve Dimitri (même si j'avais un peu l'impression de lire l'hagiographie du Dhampir à chaque page !!), un peu moins celle où Rose est aux mains des Strigoï qui pèche par manque d'originalité. En effet, dans Buffy contre les vampires, Joss Whedon nous a déjà fait le coup du preux chevalier qui devient (malheureusement pour sa chérie et toujours après leur première nuit d'amour !) un des monstres sanguinaires et cruels qu'ils combattaient (aka Angel).

Promesse de Sang s'achève sur une grosse révélation, rapport à la famille de Rose (que je n'avais absolument pas vu venir), sur l'affirmation d'un triangle amoureux (Adrian se déclare ENFIN sérieusement à Rose et j'avoue que ma préférence lui est acquise) et sur de prochaines retrouvailles avec Victor Dashkov … Et Rose réintègre l'Académie … pour deux mois.

Vampire Academy 1

Vampire Academy 2

Vampire Academy 3

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08 mai 2012

" Ondine qui n'a jamais quitté les espiègleries de l'enfance "

OndineOndine de Benjamin Lacombe (Album)

Albin Michel Jeunesse / avril 2012

40 pages / 19 euros

 

Ondine est un très bel album, à l'histoire classique mais aux illustrations somptueuses. Benjamin Lacombe explique s'être inspiré du peintre japonais Hokusai et de plusieurs peintres préraphaélites dont Waterhouse, Millais et Rossetti. Pour moi, les mots magiques étaient dits : 'Benjamin Lacombe' et 'préraphaélites', je ne pouvais qu'être conquise !!

Ondine est un conte d'amour, de trahison et de mort, écrit au XIXème siècle par un allemand, Friedrich de La Motte-Fouqué. « Une histoire tragique et romantique, au sens premier du terme. Donc un livre pour plus grand » (B. Lacombe). Une nuit de tempête, le chevalier Hans de Ringstetten doit son salut à un couple de vieillards, habitants une chaumière isolée au plus profond de la forêt. Ce couple a un secret : ils élèvent une créature appartenant au peuple des eaux, Ondine. Le chevalier tombe sous le charme de cette belle, impétueuse et malicieuse, et la ramène dans son château. A ses risques et périls …

En effet, Ondine est une histoire profondément triste et mélancolique, sans 'happy end' final. Cette atmosphère est parfaitement rendue par les illustrations où dominent les couleurs sombres, aqueuses : le vert, le bleu … qui m'ont parfois rappelé l'univers ténébreux et romantique des Noces Funèbres, de Tim Burton. J'ai apprécié le jeu avec les calques transparents qui font progressivement apparaître puis disparaître des motifs … C'est original, bien trouvé et pertinent. J'ai également été sensible aux personnages. Le prince est humain, littéralement 'incarné' : c'est un 'vrai' homme ce qui tranche beaucoup avec l'illustration jeunesse habituelle. En effet, le prince est délicatement musclé, il porte une fine barbe dorée assez virile … Au contraire, Ondine a une beauté plus floue, à l'image de son abondante et sinueuse chevelure rousse. Bref ! C'est un régal pour les yeux … Pour en savoir plus, Benjamin Lacombe présente lui-même son album sur son blog.

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06 mai 2012

" Raconter la vie de Virginia Woolf en bande dessinée est un défi "

VirginiaWoolfGazierVirginia Woolf (Bande dessinée)

Scénario de Michèle Gazier; Dessins de Bernard Ciccolini

Éditions Naïve (Collection 'Grands Destins de Femmes') / 2011

90 pages / 23 euros

L'exercice semblait périlleux (faire la biographie de la célèbre romancière britannique Virginia Woolf sous la forme d'une BD !), on pouvait craindre une évocation superficielle de ce destin exceptionnel avec une prédilection pour les anecdotes scabreuses … Pourtant, il n'en est rien : Virginia Woolf est une splendide réussite qui m'a profondément touché.

J'ai littéralement ressenti l'instabilité, le manque de confiance, la tristesse qui rongeaient Virginia, très jeune endeuillée par des morts successives (mère, père, sœur, frère, amis …). (Malgré le fait que je connaissais déjà son histoire dans les grandes lignes), je me suis prise à appréhender les agressions de l'extérieur qui pouvaient la blesser (une remarque sur un de ses livres, sur une soupe de poisson …). Bref ! La BD transmet beaucoup d'empathie au lecteur. J'ai également été troublée par le sentiment de gâchis qu'inspire cette femme qui n'arrive pas à être heureuse de ses succès, de sa vie : « Nous avons tout pour être heureux, mais nous n'avons pas le bonheur lui-même » (page 75).

Pour autant, j'ai apprécié que l'auteur ne se focalise pas sur les périodes dépressives de la vie de Virginia Woolf. Au contraire, l'album s'ouvre sur l'enfance lumineuse des étés en famille à Saint Ives, en Cornouailles. Une enfance et une adolescence placées sous la houlette d'un père assez strict, baignée par des lectures boulimiques et la rédaction d'un journal.

J'ai particulièrement aimé le passage où Virginia et sa sœur chérie Vanessa emménagent dans la maison de Bloomsbury, à Londres. C'est une époque de liberté, de création, de farce (le canular de Dreadnought), de voyages … baignée par la fréquentation d'artistes et d'intellectuels du Groupe dePortrait de Virginia Woolf par Roger Fry Bloomsbury. On y retrouve les principaux membres : John Maynard Keynes l'économiste, Clive Bell le futur mari de Vanessa, Roger Fry peintre et critique d'art, Lytton Strachey écrivain et biographe (Victoriens Éminents, 1918, que j'ai très envie de lire) proche de Diana Mitford et de Dora Carrington et enfin, son cousin Duncan Grant peintre écossais. « Ils multiplient les expériences homosexuelles » (page 26) : j'avoue que je suis assez fascinée par ce groupe de génies aux vies privées si chaotiques … C'est grâce aux fréquentations du Groupe de Bloomsbury que Virginia rencontre son futur mari, épousé (semble-t-il ?) sous la pression des convenances : Léonard Woolf. Chose que j'ignorais, ensemble créèrent leur propre maison d'édition, la Hogarth Press, en 1917 : « Nous étions heureux comme des enfants. Fabriquez des livres ! » (page 51). Ils publièrent ainsi la plupart des écrits de Virginia mais refusèrent le manuscrit de James Joyce, Ulysse jugé « grossier, inculte, vulgaire » (page 53). J'ai également appris que Virginia Woolf était amie avec la romancière Katherine Mansfield (1888 – 1923) que je n'ai encore jamais lu. C'est en pensant à elle, morte de la tuberculose quelque temps avant, que Virginia songeait en rédigeant Mrs Dalloway (1925). Elle fut aussi amie avec Vita Sackville-West dont elle s'inspira pour Orlando (1928) : « Vita s'éloigne. Elle m'offre un épagneul a défaut de m'offrir son amour. Et moi, je continue à vivre avec elle dans le livre que j'écris. Orlando c'est elle, toute à ma fantaisie » page 60. Ah oui ! Et j'oublie toujours que la géniale photographe préraphaélite Julia Margaret Cameron était la tante de Virginia Woolf, par sa mère. Que de beau monde dans l'entourage de Virginia Woolf …

Le format inhabituel et le papier pas glacé donnent a l'album un côté un peu désuet (illustré à merveille par la couverture !) que l'on retrouve dans le choix des couleurs utilisées, plutôt sombres, diluées, assez mélancoliques. Ça colle avec l'histoire racontée, j'aime ! J'ai aussi apprécié l'arrière plan des pages : l'architecture du Londres victorien (et post victorien puisque Virginia vécut assez longtemps pour assister au début de la Seconde guerre mondiale). C'est discret mais beau. Bref ! Une belle découverte piochée chez LOU qui permet de revivre les grandes étapes de la vie de Virginia Woolf. Et qui donne irrésistiblement envie de faire d'autres lectures …

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05 mai 2012

" Impossible de poser une main pleine de compassion sur un poing fermé "

JCOLe Musée du Dr Moses de Joyce Carol Oates

traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Sebon

Éditions Philippe Rey / mars 2012

208 pages / 20 euros 

J'ai été déçue par cette lecture. Il s'agit d'un recueil de nouvelles (publiées aux États-Unis entre 1998 et 2006) rassemblées sous le titre accrocheur de « Histoires de mystère et de suspense ». Or, premier bémol, je m'interroge sur l'opportunité du choix des nouvelles. Que vient donc faire 'L'homme qui a combattu Roland LaStarza', longue évocation nostalgique et très réaliste du milieu de la boxe professionnelle dans les années 50, au milieu des autres récits ? Mystère …

En effet, les autres nouvelles appartiennent plutôt au registre de l'horreur cher à Joyce Carol Oates (on pense à Zombi, Vous ne me connaissez pas ou même Petite sœur, mon amour). La violence, psychologique et physique, les personnages malsains grouillent sous le (fin) vernis de normalité très vite évacué.

Joyce Carol Oates donne la parole aux bourreaux, aux monstres 'ordinaires' (toujours des hommes ici) : manipulateurs pervers qui se révèlent souvent être un père, un mari, un fils ('Surveillance antisuicide', 'Gage d'amour', 'Les jumeaux, un mystère'), violeurs et assassins ('Le Chasseur', 'Dépouillement'...). D'autres nouvelles donnent la parole aux victimes (les plus intéressantes selon moi). Par exemple 'Mauvaises habitudes' qui raconte le calvaire vécu par l'épouse et les enfants d'un tueur en série livrés aux médias et à la haine populaire. Les enfants enquêtent pour découvrir le point commun entre les différentes victimes de leur père afin d'essayer de comprendre pourquoi. Une nouvelle intéressante. Parfois, la victime devient bourreau comme dans 'Fauve', formidable évocation d'un bambin qui échappe à la noyade sous les yeux de sa mère et qui d'adorable devient une sorte d'animal hostile qui fuit tout contact avec les adultes, mord et se réfugie dans les bois. Ça m'a donné froid dans le dos …

Comme toujours (et avec autant de virtuosité) Joyce Carol Oates adapte son style à l'histoire qu'elle raconte : saccadé lorsqu'elle attache sa plume aux foulées d'un joggeur … C'est quelque chose qui me stupéfie à chaque fois, cette écriture caméléonne ! Globalement, les chutes des nouvelles sont décevantes et très inégales. La nouvelle qui fait la différence parmi les autres est celle qui donne son nom au recueil, Le Musée du Dr Moses. Il s'agit d'un légiste à la retraite qui, dans une propriété isolée, entretient avec amour un musée des horreurs : matériel chirurgical des années passées, collections de formol et de crânes (apparemment de personnes décédées de morts violentes) … Une porte mystérieuse (qui n'est pas sans rappeler celle du château de Barbe Noire) semble cacher des trésors encore pires d'autant plus que la nouvelle femme du Dr Moses est terrifiée par son époux … Une lecture angoissante.

Bref ! Préférez plutôt un autre recueil de nouvelles, tout aussi angoissant mais aux récits plus aboutis : Vous ne me connaissez pas.

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27 avril 2012

"Il se peut que vous ne soyez pas vous-même lumineux, mais vous êtes un bon conducteur de luminère"

le chien des baskervillesSherlock Holmes : Le Chien des Baskerville de Arthur Conan Doyle

1ère parution entre 1901 et 1902 (The Hound of the Baskervilles)

Librio 2 euros / 187 pages

Le Chien des Baskerville est un roman policier à ambiance dans lequel Arthur Conan Doyle fait la description d'une Lande du Dartmoor lugubre et effrayante, sur laquelle rode un chien maléfique et sanguinaire. Ce chien menace les héritiers du domaine de Baskerville et notre duo d'enquêteur favori est appelé pour résoudre cette énigme : qui se cache derrière ce pastique de chien monstrueux ? Existe-il vraiment ? … Les rebondissements ne manquent pas, les fausses pistes de multiplient mettant à mal Sherlock Holmes lui-même ! Pour le moment, mon roman préféré des aventures de Sherlock Holmes …

Lu dans le cadre du Challenge Sherlock Holmes organisé par Filipa.

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24 avril 2012

" Lorsqu'on s'amuse au jeu des trônes, il faut vaincre ou périr "

GOTLe Trône de fer, l'intégrale 1 de George R. R. Martin

Traduit de l'américain par Jean Sola (Game of Thrones)

J'ai Lu (2011) / 785 pages / 14,90 euros

Contient Le Trône de fer et Le Donjon rouge.

 

Après 2 semaines de lecture ininterrompue de cette saga épique, difficile pour moi d'en sortir pour écrire ce commentaire … J'ai adoré. Et j'ai hâte de me plonger dans la suite. Au début, j'avoue avoir été un peu déstabilisée par la traduction : elle me semblait très mauvaise. Et puis, je suis progressivement tombée sous le charme du français médiéval, archaïque et inventif, utilisé par Jean Sola : quoi de plus dépaysant ? Et qui colle parfaitement au récit de George R. R. Martin. Il me tardait de retrouver ces chevaliers qui 'démontent' de cheval, qui manient des 'estramaçons' …

Impossible de résumer ce 1er tome : sachez seulement que George R. R. Martin alterne les PoV d'une dizaine de personnages. Comme la moitié sont des enfants (ou des adolescents), il me semble que ce 1er tome est avant tout un roman initiatique. Tous perdent leur innocence, grandissent (trop) vite dans un monde de guerre, de trahison et de violence à forte inspiration médiévale. Pour simplifier, on suit le destin des rejetons de 3 nobles maisons du royaume imaginaire des Sept Couronnes : les Stark (Sansa 12 ans, Arya 9 ans, Robb et Jon 14 ans, Bran 6 ans et Rickon 3 ans), les Lannister (Tyrion) et les Targaryen (Daenerys 13 ans, et son frère Viserys 17 ans). Plus Eddard et Catelyn Stark. On comprend très rapidement qu'il n'y aura pas UNE histoire mais divers récits dont le lien est la possession du Trône de fer.

Eddard Stark, seigneur de Winterfell, coule des jours paisibles au sein d'une famille soudée. « L'hiver vient » est la devise des Stark et ne tarde pas à se révéler prémonitoire : dès les 1ères pages, leur bonheur simple est troublé par la visite du Roi, Robert Barathéon, qui demande à Eddard de devenir sa Main c'est-à-dire son plus proche conseillé. Contraint d'accepter, Eddard doit rejoindre la cour, accompagné de ses filles, Sansa et Arya. Si Sansa, dont la beauté n'a d'égal que la naïveté, se conduit en jeune dame distinguée, sa petite sœur Arya ne souhaite que manier l'épée. La vie à la cour n'est pourtant pas un jeu. Seul à s'opposer aux Lannister, le clan de la reine Cersei, pourri jusqu'à la moelle et qui ourdit complot sur complot pour s'emparer du Trône à la place de Robert, les Stark sont menacés.

Parallèlement au départ d'Eddard Stark de Winterfell, son bâtard Jon Snow décide de s'engager dans la Garde de Nuit chargée de surveiller le Mur, qui protège le royaume des Sept Couronnes d'une forêt séculaire, peuplée de renégats et de fantômes. Sommé de renoncer à sa vie d'avant, Jon y fera l'apprentissage de l'humilité (il est bâtard d'un seigneur au milieu d'autres marginaux : indigents, criminels …), de la solidarité, de la peur et du courage … J'ai beaucoup aimé ce personnage, très complexe, torturé par ses origines obscures et qui peine à trouver sa place.

Enfin, un troisième front occupe le lecteur : Pentos et le destin des héritiers des dragons, seigneurs de la maison Targaryen. La fragile Daenerys vient d'être vendue par son frère pervers à Khal Drogo, un Dothraki, chef d'un peuplé cruel aux mœurs très rustres. On frémit pour ce bourgeon de jeune fille livrée à une brute qui parle une langue étrangère … Pourtant, rien ne se passe comme le lecteur s'y attend !

De manière générale, j'ai apprécié dans Le Trône de Fer que les personnages ne soient pas manichéens et que la sexualité ne soit pas évacuée et tienne une place importante dans les jeux de pouvoir. J'ai été sensible à la noirceur de l'histoire, à la complexité des passions qui animent les héros. A ce titre, j'ai été touchée par Tyrion Lannister, aussi appelé 'le nain' ou 'le Lutin', régulièrement humilié et maltraité par son seigneur de père, Tywin Lannister. Pourtant Tyrion ne demande qu'à faire ses preuves malgré son handicap et possède un humour qui fait mouche (et une propension à s'attacher aux putains !). Comme Tyrion « j'ai [...] un faible pour les infirmes et les bâtards et les choses brisées » (page 241).

L'intégrale 1 se termine sur une situation très compliquée (et haletante) : Tyrion est en route vers Port Réal pour gouverner le royaume à la place de Cersei Lannister et de son fils psychopathe. Lord Renly s'est proclamé roi légitime : « et le royaume avait deux rois. Deux rois, et pas à l'amiable. » (page 773). Jaime Lannister est aux mains des Stark lesquels, commandés par Robb Stark viennent de remporter une grande victoire. Robb Stark est proclamé 'roi du nord' par ses proches. Du côté du Nord, Jon se prépare à franchir le Mur sous le commandement de Lord Mormont. En pays Dothraki enfin, Daenerys transformée en guerrière vengeresse, vient de mettre au monde 3 dragons (et j'ai dans l'idée qu'elle pourrait faire une redoutable 4ème prétendante au Trône de fer !).

En vrac, les questions que je me pose (et dont j'espère avoir les réponses dans le second tome de l'intégrale) : Qui est la mère de Jon Snow (j'ai l'impression qu'il y a un mystère important là dessous) ? Entre quelles mains Arya Stark est-elle tombée ? Comment va évoluer la relation étrange mais à fort potentiel romantique de Sansa Stark et Sandor Clégane, le défiguré ? Brynden, l'oncle de Catelyn Stark, est-il gay ? Ser Barristan Selmy, chevalier blanc de la Garde personnelle du roi, congédié par Joffrey Lannister, va-t-il rallier les Stark ? Stannis Barathéon, frère de feu le roi Robert, existe-il vraiment ? George R. R. Martin entretient bien le mystère, à ce sujet : 900 pages à glosser sur ses intentions, ses préparatifs (lesquels ?) sur une île lointaine de la Couronne, sans jamais le voir … Bref ! À moi la suite !

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11 avril 2012

" Sept années, répéta Page, ni homme, ni femme, vous êtes juste un peut-être."

Albert-NobbsAlbert Nobbs de George Moore

Traduit de l'anglais (Irlande)

Première parution : 1927

Pocket / 2012 / 92 pages / 1,50 euros

Dublin, 1860. Sans attaches ni argent, une jeune femme décide de se travestir en homme, afin d'échapper à la pauvreté. 30 ans après, Albert vit toujours dans la peau d'un homme. Il est majordome de confiance dans un hôtel prestigieux. Pourtant un jour, sa véritable identité est découverte par un hôte ce qui paradoxalement, lui ouvre les yeux sur son avenir.

Albert Nobbs est une nouvelle qui éveille de nombreuses questions chez son lecteur : comment échapper à la solitude lorsqu'un secret nous empêche de nous ouvrir aux autres ? Quelle est notre identité profonde (celle des apparences ou celle du cœur) ? Comment survivre après l'échec de nos rêves d'amour, d'avenir ? C'est d'une étonnante modernité, à la fois très triste mais non dénué d'humour (grinçant). Un beau texte assurément. L'homosexualité féminine n'est pas, il me semble, le thème de la nouvelle. Il y est seulement dit qu'Albert : « [était] un de ces êtres qui ne désirent pas ardemment la compagnie d'un homme » (page 41). C'est plus psychologique : Albert souffre profondément de sa solitude, à cause de son secret, il n'a jamais pu créer aucun lien, ni se sentir proche de quelqu'un … La peur le paralyse dans ses relations sociales. Il souhaite un compagnon pour avoir un but dans sa vie (cela passe par l'utilisation de ses précieux économies qui prennent alors un caractère obsessionnel). Albert Nobbs est un destin de femme étonnant, étouffé par l'injustice d'une société victorienne misogyne (un homme gagne mieux sa vie, peut exercer des métiers moins avilissants …).

La nouvelle de George Moore a été adaptée au cinéma avec Glenn Close dans le rôle titre.

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08 avril 2012

" Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j'ai ouvert la fenêtre ce matin ... "

Laurent Gaude OuraganOuragan de Laurent Gaudé

Actes Sud (2010) / 188 pages / 18 euros 

L'Histoire : Les personnages sont surpris au milieu d'une journée ordinaire par le passage de l'ouragan Katrina sur La Nouvelle Orléans en 2005. On suit les prémisses de la tempête jusqu'à l'arrivée des premiers secours (et des premières caméras de télévision). Face à cette situation chaotique, tous se recentrent sur l'essentiel : un enfant, un amour, aider, survivre … Leurs voix, parfois, parlent à l'unisson.

Ouragan n'est pas un roman apocalyptique qui exploiterait le registre du spectaculaire. Ce qui intéresse Laurent Gaudé, c'est l'Humanité et ce qu'il en reste après un tel désastre. Ainsi, il dresse le portrait d'une dizaine d'individus, d'origines diverses mais tous Noirs (on retrouve la même dénonciation des injustices faites aux Noirs que dans son recueil de nouvelles : La Nuit Mozambique). Le roman s'ouvre sur la vieille Joséphine Lincoln Steelson qui prend chaque matin le bus en hommage à Rosa Parks et aux acquis en matière de droits civiques. Quelle belle femme ! Elle s'adresse directement au lecteur, altière malgré son âge, sa pauvreté, sa solitude ! J'ai été très touchée par ce personnage. Elle a vécu tous les deuils possibles, les humiliations ... elle sait que l'ouragan qui arrive sera terrible et gardera sa liberté et dignité jusqu'au bout. Il y a également une jeune mère dépressive et son petit garçon, « fils raté d'amour » (page 65), qui souffrent côte à côte sans se parler. L'arrivée de Keanu Burns, son (ex)amant, brisé par une expérience traumatisante sur une plate-forme pétrolière, leur permettra de trouver apaisement et avenir. Plus ambigu, les personnages du prêtre exalté et des détenus évadés offrent à Laurent Gaudé la possibilité d'exprimer la noirceur de l'âme humaine.

En effet, on s'aperçoit rapidement que le plus dramatique n'est pas le passage de l'ouragan mais ce qui vient après. C'est l'anéantissement de l'ordre social qui intéresse Laurent Gaudé : Noirs abandonnés au moment de l'évacuation de la ville, pillages qui ne tardent pas à commencer, sentiment de peur, d'impunité, de débâcle, ordre militaire instauré … Finalement, l'élément monstrueux n'est PAS l'ouragan mais bien la réaction les hommes. Après l'ouragan, la ville est livrée aux « Maîtres des rues » (chapitre VI). Désertée par les Blancs et les plus favorisés (apparemment les deux vont de pair !), inondée, La Nouvelle Orléans devient le domaine des alligators, des prisonniers armés – ivres de liberté -, d'un prêtre dont la foi a vacillé devant la catastrophe et qui croit accomplir la volonté de Dieu en tuant les survivants qu'il croise. Enfin, les Blancs bien pensants de l'aide humanitaire ne sont pas épargnés. Laurent Gaudé, sous couvert de fiction, dénonce de nombreuses situations qui se sont (malheureusement) véritablement produites.

Pourtant, plus que dans ses autres romans, Laurent Gaudé imagine des tableaux d'une grande beauté : les animaux d'un zoo réfugiés au milieu des tombes d'un cimetière noyé sous les eaux … moment de grâce suspendu qui semble annoncer une nouvelle aube radieuse et fertile après le Déluge … immédiatement saccagé : les singes, les flamands roses … sont dévorés par les alligators échappés des bayous. C'est un passage d'une violence folle, un carnage sanglant, qui fait une très forte impression (chapitre III « Le Déluge »). Bref, Ouragan est un roman subtil dans lequel Laurent Gaudé joue avec la sensibilité de ses lecteurs, évoquant des passages bibliques, tout est dans le ressenti, la force de la narration … En livrant une âpre critique de l'injustice, de l'inertie et de la désorganisation qui se sont révélées lors du passage de l'Ouragan Katrina.

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03 avril 2012

" On m'avait planté dedans une graine d'amertume. Et j'acceptais plus les choses comme avant. "

la couleur des sentimentsLa Couleur des sentiments de Kathryn Stockett

Traduit de l'anglais (The Help)

Éditions Jacqueline Chambon / 2010

525 pages / 23,80 euros

Un livre lu d'une traite, émouvant, dur parfois, avec beaucoup d'humour (noir !) et qui prend le lecteur au cœur, aux tripes … Juste magnifique.

Mississippi, 1962, la ségrégation raciale empoisonne les rapports entre les Noirs et les Blancs qui, bien que voisins, vivent dans 2 mondes séparés par des barrières (pas à sens unique d'ailleurs) psychologiques, légales ou réelles. Pas de manichéisme dans le livre de Kathryn Stockett. Au contraire, on est frappé par l'honnêteté de sa plume. Elle explique s'être inspirée de sa propre enfance dans le Mississippi, elle dévoile ses doutes sur sa capacité à décrire avec justesse des personnages Noirs. Et pourtant tout 'sonne vrai'.

L'histoire

Dans les quartiers résidentiels de Jackson, Mississippi, vivent les Blanches : mariées, mères au foyer, oisives, parfois mal dans leur peau mais confortablement collées à leurs ventilateurs par 35° extérieurs, elles passent leurs journées à médire et à donner des ordres … D'un autre coté, les Noires font le ménage chez ces Blanches, élèvent leurs enfants, encaissent leurs critiques … mais ne doivent, SOUS AUCUN PRETEXTE, donner leur avis ou utiliser les mêmes WC … C'est bien connu, les Noirs sont porteurs d'effroyables maladies … Trivial ? Raciste ? Et pourtant, ce n'est qu'une loi parmi d'autres « fixant ce que les Noirs peuvent faire et ne pas faire dans une série d'États du Sud » (page 207). Il s'agit des Lois Jim Crow et, cette fois-ci, ce n'est pas de la fiction, ces lois étaient bel et bien en application il y a 50 ans.

La jeune Skeeter rêve de journalisme. Une éditrice lui donne comme conseil d'écrire sur « ce qui ne dérange qu'elle ». Et ce qui dérange Skeeter c'est le comportement de ses amies, jeunes épousées d'à peine 25 ans, élevées par des nounous Noires mais qui ignorent ou maltraitent leurs propres domestiques. Skeeter décide de donner la parole aux bonnes Noires afin qu'elles témoignent de leurs expériences auprès de leurs patronnes Blanches. Malgré les risques, les témoignages de bonnes pleuvent, cruels ou tendres. La Couleur des sentiments est un roman sur cette relation entre employées Blanches et bonnes Noires. Kathryn Stockett étonne le lecteur (moi, du moins !) par cette « dichotomie affection - mépris » qu'elle met au cœur des témoignages de ses bonnes et par la diversité (et la complexité) des situations.

La Couleur des sentiments c'est également une galerie de portraits féminins hors normes. Il y a Aibileen et Minnie, amies de Skeeter malgré leurs différences, la vieille Louvenia à l'histoire si émouvante, leurs patronnes également : l'abominable Miss Hilly, la folle Miss Célia …

Skeeter est un joli personnage de femme qui rêve de liberté, bourgeoise idéaliste et ambitieuse : « ''- Je veux dire … dans la vie. Qu'attendez-vous ?'' J'ai poussé un profond soupir, sachant ce que maman m'aurait conseillé de répondre : avoir de beaux enfants plein de santé, m'occuper de mon mari, une cuisine bien équipée pour préparer des repas sains et néanmoins savoureux. ''- Je veux être écrivain, ai-je répondu. Journaliste. Romancière, peut-être. Ou les deux.'' » (page 205). Skeeter apparaît au début très naïve, je trouvais qu'elle incitait les bonnes à prendre trop de risques alors qu'elle même ne mettait pas sa vie en jeu. Pourtant, le personnage évolue au fil des pages (elle grandit !) et j'ai beaucoup aimé la manière dont elle prend sa propre vie en mains : elle éconduit un fiancé 'comme il faut' parce qu'il n'a rien à lui apporter. Pire ! Pour être avec lui, Skeeter devrait renier ses principes. De même, elle s'affranchit de sa mère qui lui dicte sa manière de s'habiller, se coiffer …

J'ai également énormément apprécié Aibileen. Elle est domestique mais sa prédilection va à l'éducation des enfants des Blancs auxquels elle inculque l'estime de soi et le respect de l'autre. Et comme je comprends sa frustration devant les rayonnages indigents et censurés de la bibliothèque réservée aux Noirs !! Dès qu'elle l'ose, elle demande à Miss Skeeter de lui procurer d'autres livres : « Aibileen se précipite dans la chambre et revient avec une liste. '' - Je préfère marquer ceux que je voudrais. Voilà 3 mois que je suis sur la liste d'attente pour Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur à la bibliothèque Carver. Voyons … ''Je la regarde mettre des marques à côté des titres : Les Âmes du peuple noir de W.E.B. Du Bois, Poèmes d'Emily Dickinson (n'importe lesquels), Les Aventures de Huckelberry Finn. '' - Il y en a que j'ai lus en classe, mais je suis pas arrivée à les finir. '' Elle continue à marquer, en s'arrêtant pour réfléchir à ceux qu'elle voudrait ensuite. '' - Vous voulez un livre … de Sigmund Freud ? - Ah, les fous … dit-elle. J'adore lire des choses sur la tête et comment elle fonctionne. » (page 186). Aibileen se dévoile progressivement d'une intelligence très fine, elle est la seule bonne qui participe à la rédaction du livre.

Minnie, autre bonne Noire, apporte son humour et sa verve au récit de Skeeter. (humour et verve qui lui permettent de dédramatiser une situation personnelle difficile). Renvoyé de nombreuses places à cause de sa franchise, elle n'en pense pas moins. Parlant de sa patronne : « Elle a tellement de fourrés d'azalées qu'au printemps prochain son jardin ressemblera à Autant en emporte le vent. J'aime pas les azalées et j'aime pas du tout ce film qui montre les esclaves comme une bande de joyeux invités qui viennent prendre le thé chez le maître. Si j'avais joué Mammy, j'aurais dit à cette brave Scarlett de se coller ces rideaux verts sur son petit cul de blanc et de se la faire elle-même, sa robe provocante. » (page 64). En revanche, les hommes ont le mauvais rôle (ils sont alcooliques, inconstants, faibles …) et sont presque absents du récit.

Bref ! Un très beau roman sur la tolérance, sur la lutte quotidienne de ces bonnes pour garder leur dignité et le respect d'elles-mêmes malgré les humiliations et les injustices dont elles sont victimes … Un roman à mettre à côté d'autres 'classiques' américains qui traitent de la ségrégation et de la lutte pour les droits civiques (Ne Tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, Dans la peau d'un noir de John Howard Griffin ou encore Black Boy de Richard Wright)

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30 mars 2012

" Maud pleurait sur toutes ces années perdues, sur ces millions de jeunes morts, sur ce gâchis stupide, absurde "

la chute des géants 2La Chute des géants. Le Siècle 1 de Ken Follett

Le Livre de poche (janvier 2012) / 1047 pages / 11 euros

La Chute des Géant est une chronique du monde occidental, des prémisses de la Première Guerre mondiale au milieu des années 20. On y suit le quotidien et les amours d'une dizaine de personnages aux nationalités et aux classes sociales diverses, permettant à Ken Follett d'aborder TOUS les aspects de cette page de l'histoire. Il y a (mes préférés) Ethel et Billy Williams, enfants de mineurs gallois. Ethel est une activiste ambitieuse et son jeune frère, Billy est d'emblée présenté comme un être d'exception qui s'illustre lors d'un coup de grisou puis sur les champs de bataille. Il y a les aristocrates anglais : l'arrogant comte Fitzherbert et son élégante sœur Maud, suffragette éprise d'un (ennemi) allemand, le beau Walter Von Ulrich dont le père est un proche du Kaiser. Du côté des États-Unis, on découvre le dégingandé Gus Dewar, d'abord gratte papier du président puis soldat (j'ai apprécié ce personnage). Enfin, on découvre une famille pauvre russe (ceux qui m'ont le moins intéressée), celle des frères Lev et Grigori Pechkov. Bien que Lev soit un homme égoïste, coureur de jupons pathologique et arnaqueur professionnel, le personnage est amusant. En revanche, Grigori est un moralisateur agaçant, soldat et meneur des révolutionnaires russes.

J'ai trouvé ces personnages assez stéréotypés : les femmes (Ethel, Maud …) bien qu'elles rêvent de s'affranchir des conventions héritées de l'époque victorienne, n'en restent pas moins déterminées à se marier … Les hommes, même les plus pacifiques, se révèlent tous exemplaires dans les tranchées … Du coup, je ne m'y suis pas vraiment attachée d'autant plus que la structure même du roman (bien qu'ils se croisent souvent – même sur les champs de bataille ! - l'histoire des personnages est morcelée) a provoqué chez moi un sentiment de frustration : l'auteur coupe TOUJOURS ses chapitres au moment le PLUS intéressant !

Bref, j'ai passé de bons moments de lecture notamment avec les romances & les histoires personnelles (passionnelles) de ces jeunes gens mais je n'ai pas été emportée par le souffle épique auquel je m'attendais. La place prépondérante laissée aux réflexions diplomatiques des différents gouvernements m'a semblé assez didactique, un peu longue par moment (j'avoue avoir survolé de nombreux passages de ce type). Le récit historique n'est pas dénué de presciences, procédé facile avec le recul dont bénéficie l'auteur (par exemple lorsqu'il prévoit que « Lénine sera un jour l'un des pires tyrans que le monde ait jamais connus » (page 867).

La Chute des géants est le 1er tome d'une trilogie : je ne suis pas sûre de me précipiter sur la suite, je crois plutôt que j'attendrais l'avis d'autres lecteurs ! En revanche, le contexte historique de la Première Guerre mondiale m'a donné envie de reprendre la lecture d'un autre pavé que j'avais abandonné il y a quelques années : Les Thibault de Roger Martin du Gard. 

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26 mars 2012

" Cocaïne, dit-il, une solution à sept pour cent "

le Signe des QuatreLe Signe des Quatre de Arthur Conan Doyle

Titre original : The Sign of Four (1ère parution : 1890)

Librio / 122 pages / 2 euros

Alors que Sherlock Holmes se languit d'une enquête intéressante, la séduisante Mademoiselle Morstan se présente au 221b Baker Street : depuis la disparition mystérieuse de son père, Mademoiselle Morstan reçoit chaque année par la poste une perle précieuse. Son bienfaiteur anonyme demande un jour à la rencontrer physiquement. C'est en apportant leur aide à Miss Morstan que Sherlock Holmes et John Watson vont se retrouver mêlés à une affaire criminelle odieuse qui les fera voyager jusqu'en Inde. Le dénouement arrivera après une éprouvante course poursuite sur la Tamise où Sherlock et Watson risqueront leurs vies.

J'ai trouvé dans cette histoire un air de déjà vu : l'innocente jeune femme qui a besoin d'amis pour se rendre à un étrange rendez-vous, le trésor bien mal acquis en Inde qui poursuit ses possesseurs & leurs héritiers jusqu'en Angleterre, un méchant à la jambe de bois … Bref, soit j'ai déjà vu une adaptation de ce roman, soit j'ai lu un livre dont l'intrigue s'en inspirait mais cette histoire n'avait aucun mystère pour moi. Reste cependant qu'Arthur Conan Doyle fait découvrir à ses lecteurs une colonie de l'Empire britannique assez méconnue, qui servit de bagne : les îles Andaman et ses indigènes hostiles aux étrangers, redoutables guerriers vivant en autarcie quasi complète. Leur mode de vie, malheureusement, fait que leur ethnie est presque éteinte au XXIème siècle (j'ai fait quelques recherches sur le Net !).

Enfin Le Signe de Quatre permet de connaître un peu mieux certaines 'manies' de Sherlock Holmes et John Watson.

On (re)découvre l'addiction de Sherlock Holmes pour la cocaïne : « contre la terne routine de l'existence », il lui faut un « stimulant artificiel » (pages 5 et 6) ainsi que sa misogynie. A ce titre, je viens de voir une adaptation de l'œuvre de Conan Doyle absolument passionnante : La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) de Billy Wilder, 1970. Les rôles de Sherlock & de Watson sont tenus par des acteurs anglais et Mycroft Holmes est joué par Christopher Lee. « Sherlock Holmes reçoit à Baker Street la visite de Gabrielle Valladon qui lui demande de retrouver son mari disparu. Billy Wilder s'amuse à démonter le mythe de Sherlock Holmes. Illa vie privée de sherlock holmes insiste sur sa cocaïnomanie. Sa peur des femmes et sa cohabitation avec Watson suggèrent une homosexualité latente. Et son génie de la déduction est mis à mal par les mises en scène dont il est la victime. Cependant, Wilder ne manque pas de tendresse envers son personnage et de respect envers l'univers de Doyle qu'il reconstitue avec minutie » (la critique vient du programme de la rétrospective de films victoriens organisée par le Musée d'Orsay). C'est une adaptation à la fois drôle (aaaahhh !! la recherche du château en Inverness que Sherlock, Watson et Gabrielle font à bicyclette sur un air de cornemuse discordant et environnés des paysages mythiques de la campagne écossaise !!), parodique (la reine Victoria, inoubliable) et nostalgique (la scène de fin, avec l'ombrelle est absolument touchante). Sherlock Holmes y est fébrile, mis à défaut dans ses déductions tandis que Watson sort de sa réserve (parfois un peu trop !) et les dialogues font mouche. On rit, on est ému … un régal ! Voire cette critique qui explique comment le film de Billy Wilder a été massacré à sa sortie en salle : ICI.

Dans Le Signe des Quatre, Arthur Conan Doyle dévoile également différentes facettes de John Watson. C'est un grand amateur de femmes : « Au cours de ma longue expérience des femmes, expérience qui s'étend à de nombreuses nations et à trois continents, je n'ai jamais vu un visage qui révélât plus clairement une nature raffinée et sensible » (page 14) que celui de Miss Morstan (que le docteur demande en mariage à la fin de l'enquête) : « J'ai bien peur que ce ne soit la dernière enquête dans laquelle j'aurai eu la chance d'étudier vos méthodes. Mademoiselle Morstan m'a fait l'honneur de m'accepter comme son futur mari. [Sherlock Holmes] fit entendre un horrible grognement. : - C'est ce que je craignais. Je ne peux vraiment pas vous féliciter. » (page 122)

Sherlock et Watson sont aussi en désaccord sur le journal tenu par Watson dans lequel il se fait le fidèle chroniqueur des enquêtes de Sherlock : « - J'y ai jeté un œil, précisa [Sherlock]. Honnêtement, je ne peux vous en féliciter. La détection est, ou devrait être, une science exacte, et on doit la traiter de la même manière froide et exempte de toute émotion. Vous avez essayé de la teinter de romanesque […] Cette critique d'un travail dans lequel j'avais particulièrement eu l'intention de lui plaire m'ennuyait. J'avoue aussi que j'étais irrité par cet égoïsme qui paraissait exiger que chaque ligne de ma brochure fût consacrée à son propre travail. Plus d'une fois, pendant les années où j'avais vécu avec lui dans Baker Street, j'avais cru déceler qu'une légère vanité se logowatsoncachait sous les façons tranquilles et dogmatiques de mon compagnon. » (page 7)

Enfin, encore une fois, je suis étonnée de voir que [presque] tous les éléments de personnalité qui sont associés à Sherlock Holmes & qui sont véhiculés à travers pléthores de films et romans, sont véridiques … Le Signe des Quatre est le deuxième roman des aventures de Sherlock Holmes. Lu dans le cadre du Challenge Sherlock Holmes de Filipa.

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22 mars 2012

" Vivre, c'est avoir des problèmes et essayer de les résoudre "

a-comme-association,-tome-7Car nos cœurs sont hantés : A comme Association 7

Erik L'Homme

Gallimard Jeunesse & Rageot / février 2012

206 pages / 10,05 euros

J'avais été déçue par le précédant tome de cette série mais l'avis élogieux de Clarabel m'a convaincu de passer outre mes réticences. Et heureusement parce que Car nos cœurs sont hantés est un très bon opus d'une série fantastique – urbaine décidément pleine de qualités et de surprises !

On approche de la fin. Les intrigues secondaires se révèlent finalement toutes liées à la débâcle de l'Association et les Anormaux affrontés par les agents stagiaires depuis le début (vampire, garoux et mage) appartiennent à une coalition de méchants décidés à 'abattre une (mystérieuse) Barrière' (ça me rappelle la barrière entre les mondes dans la saison 5 de Buffy). Surtout, Jasper se pose enfin les bonnes questions c'est-à-dire celles que le lecteur se pose depuis le début : pourquoi Ombe et Jasper sont-ils poursuivis ? Pourquoi eux ? Certaines trouvent leur réponse mais pour d'autres, il faudra attendre le prochain (et dernier tome), Le regard brulant des étoiles, annoncé pour octobre 2012.

J'ai aimé ces 200 pages qui passent à un rythme infernal. C'est plus violent, plus âpre que les 6 précédants. J'ai aimé assister à la transformation de Rose en puissante guerrière. J'ai aimé voir Jasper entouré d'amis fidèles (Ombe et Jean-Lu très touchant) et découvrir un peu plus la frêle Nina et l'insaisissable Jules. Bref ! L'une des grandes qualités de cette série c'est d'arriver à ménager des beaux sentiments entre les passages de combat : A comme Association est indéniablement une histoire d'amitié (à la vie à la mort !) où les relations interpersonnelles sont complexes. Et l'humour de Jasper … 

Les autres tomes déjà commentés :  

1. La pâle lumières des ténèbres

2. Les limites obscures de la magie

3. L'étoffe fragile du monde

4. Le subtil parfum du soufre

5. Là où les mots n'existent pas

6. Ce qui dort dans la nuit

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17 mars 2012

« … où le spectre est connu, dans tous les foyers, sous le nom du Cavalier sans tête du Val Dormant »

SHSleepy Hollow, la légende du Cavalier sans tête de Washington Irving

Éditions des Mille et Une Nuits / 79 pages / 2,50 euros

Comme tout le monde, je connaissais cette histoire grâce à la splendide (et très libre !) adaptation de TIM BURTON mais j'ignorais qu'il s'agissait d'un classique de la littérature américaine avant de lire un article sur les influences littéraires d'Edith Wharton (dans Kerfol et autres histoires de fantômes). La Légende de Sleepy Hollow (ou Val Dormant) est un conte féérique publié la première fois en 1820 dans un recueil de Washington Irving : Livre d'esquisses.

Le Val Dormant est 'un vallon ensommeillé sur les bords de l'Hudson où vit une paisible communauté d'origine hollandaise'. Les superstitions & créatures imaginaires appartiennent au quotidien : « Tout le voisinage regorge de contes du cru, de lieux hantés et de superstitions obscures; étoiles filantes et météores illuminent le ciel de cette vallée-là plus souvent que partout ailleurs, et le cauchemar, jument de la nuit, suivie de son cortège de neuf rejetons, semble en faire le théâtre favori de ses frasques » (page 9). La légende de Sleepy Hollow est avant tout une histoire à atmosphère dans laquelle Washington Irving se plait à faire de longues descriptions peut-être au détriment de l'action. Évidemment, le lecteur contemporain qui a en tête le film de Tim Burton et son effrayant Cavalier sans tête ronge son frein en attendant son apparition (à 2 pages de la fin !).

Washington Irving croque également des personnages hauts en couleur, burlesques, bien éloignés des personnages sombres du film de Tim Burton. « Katrina Van Tassel, fille unique d'un prospère fermier […] était une jeune fille épanouie, qui venait d'avoir 18 ans, potelée comme une perdrix, aux joues roses, mûres et fondante, comme les pêches du verger de son père. Elle était en outre quelque peuChristina Ricci coquette, comme le révélait déjà sa façon de se vêtir, mêlant tradition et modernisme […] Elle portait des atours du plus bel or […], un séduisant plastron à l'ancienne mode, complété d'un court jupon provocant qui découvrait le pied et la cheville les plus gracieux à la ronde. » (page 20). Personnellement, je trouve que Christina Ricci, sa beauté et son physique décalés correspondent vraiment à cette description. En revanche, Ichabod Crane est un maître d'école laid, superstitieux, un peu fat & trop pragmatique : s'il courtise Katrina c'est autant pour sa beauté que son héritage. On est loin de l'élégance et de l'intelligence du détéctive interprété par Johnny Depp ...

La Légende de Sleepy Hollow est une nouvelle assez belle, parcourue de références à l'œuvre de Shakespeare et paradoxalement amusante. En effet, c'est presque une farce puisque (*** Attention SPOILER ***) la fin dévoile un Cavalier sans tête qui n'est autre que le second prétendant de Katrina, rival d'Ichabod Crane, exploitant sa crédulité pour lui jouer un mauvais tour et se débarrasser de lui ! Bref, on est loin du conte fantastique d'horreur auquel je m'attendais (rapport au film) mais j'ai passé un bon moment de lecture en compagnie de cet idiot d'Ichabod Crane !

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04 mars 2012

" Je tiens mon ennemi dans mes bras "

jadeJade, fille de l'eau de Nina Blazon

traduit de l'allemand par Nelly Lemaine (Faunblut)

Albin Michel (WIZ) / janvier 2012

352 pages / 15 euros

Jade vit dans une cité ravagée par la guerre, gouvernée par une Lady impitoyable. Ce pourrait être Venise : c'est un monde aqueux où l'eau est omniprésente (et crainte par la majorité des habitants). Jade habite avec son père qui tient un hôtel en ruine. Un jour, deux voyageurs étrangers exigent d'y être logés avec leurs malles contenant des animaux féroces. L'un des étrangers, Faune, est d'une beauté saisissante qui ne laisse pas Jade indifférente … Pourtant, il est employé par la Lady pour traquer les Echos, êtres aquatiques qui menacent l'équilibre précaire de la cité. La loyauté de Jade l'incite à s'engager dans la rébellion, en lutte contre la Lady et découvre bientôt que les Echos ne sont peut-être pas mauvais … Son cœur sera dès lors partagé entre sa passion pour Faune et son sens de la justice.

Jade, fille de l'eau est un roman fantastique de facture classique avec une jolie romance (pour une fois, la jeune fille n'est pas une oie blanche, elle couche avec son amoureux sans que l'auteur juge nécessaire d'en faire un développement à part entière). La mise en place de l'histoire est compliquée mais globalement, l'histoire fonctionne bien.

Néanmoins, rien de nouveau sous le soleil ! J'attendais plus de Nina Blazon dont le précédent roman m'avait enchantée (La femme du vampire) par son originalité et la complexité de ses personnages. Jade, fille de l'eau n'est cependant qu'un énième avatar de roman fantastique avec créatures mystérieuses (les Echos), triangle amoureux, société injuste contre laquelle l'héroïne se bat jusqu'à découvrir qu'elle est elle-même dotée d'un don spécial. Bref, peut-être est-ce moi qui fait un overdose de ce genre de roman mais je suis un peu déçue.

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02 mars 2012

« C'est mon truc j'adore les livres des témoins oculaires »

84CCR84, Charing Cross Road de Helene Hanff

Editions Autrement Littératures / 2001 (1ère édition : 1970)

113 pages / 12,20 euros

Je viens de passer une heure très agréable avec ce petit roman épistolaire.

84, Charing Cross Road regroupe la correspondance (authentique) échangée par un libraire britannique, Frank Doel, et une excentrique jeune américaine, amoureuse de la langue de Shakespeare (et des livres !) : Helene Hanff. Pendant 20 ans (de 1949 à 1969), il lui envoie des éditions anciennes à bon prix tandis qu'elle le remercie par des petits cadeaux et autres lettres amusantes / énervées / désespérées selon ses humeurs. Une relation amicale se tisse progressivement entre le personnel de cette librairie (Marks & CO. basée au 84, Charing Cross Road à Londres), leurs proches et Helene Hanff.

Il m'a fallut une trentaine de pages pour me laisser aller à cette lecture. Dans l'ensemble, je connais assez mal les livres cités et j'avais l'impression de passer à côté de l'histoire. Et puis, petit à petit, presque par surprise, je me suis prise au jeu (surtout grâce à l'intervention de Cecily Farr, la comptable, car Frank Doel est d'abord très réservé !). On suit (en pointillés) la vie de certains employés de la librairie, d'Helene et de Frank Doel, leurs proches. J'ai aimé, avec Helene Hanff, avoir des aperçus fugaces de l'existence de ces quelques personnes : Dora Doel & ses filles, Megan Wells & ses rêves d'Afrique, Mary Boulton … Le rythme est lent. Ou très rapide. Il y a des mois (et mêmes parfois des années entières) entre plusieurs lettres. On passe en 120 pages du rationnement de l'après guerre aux Beatles. Mais quel pincement au cœur à la lecture de la fin, brutale et inattendue !

84, Charing Cross Road c'est un témoignage sur le temps qui passe, sur les relations qui se font et se défont au fil du temps, sur la fragilité (ou au contraire, la profondeur) des relations épistolaires (j'aurai aimé savoir pourquoi Cecily Farr ne donnait plus de nouvelles, elle passe pour une personne assez inconstante …).

Cependant, c'est sa genèse qui rend 84, Charing Cross Road particulièrement touchant. Celle-ci est expliquée en fin de volume, dans la postface, où l'on apprend l'histoire d'Helene Hanff : « Dès 1949, et malgré ses infortunes d'écrivain dramatique, elle décide de rattraper les années d'études qu'elle n'a jamais pu faire et d'acquérir, sans professeurs, une vraie culture classique. C'est dans ces circonstances, après des recherches infructueuses sur les rayonnages décevants des grandes librairies américaines, qu'elles découvre la petite annonce de Marks & Co et adresse aussitôt, au 84, Charing Cross Road, la première de ses lettres » (page 112). Ironiquement, à 50 ans, Helene Hanff obtient une reconnaissance presque fortuite (immédiate et durable !) avec cette correspondance personnelle alors qu'elle écrivait des pièces de théâtre, des scénarios pour la télévision, des livres pour la jeunesse … depuis des années sans obtenir de succès !

Bref ! Si vous aimez les livres et l'ambiance feutré des vieilles librairies, si vous recherchez la recette du Yorkshire pudding (j'en avais l'eau à la bouche ! Voire page 29) ou si tout simplement, vous êtes curieux de découvrir un drôle de destin de femme, 84, Charing Cross Road est pour vous !

 « ça fait tellement d'années que j'en rêve. J'allais voir des films anglais rien que pour regarder les rues. Je me souviens, il y a des années, un type que je connaissais m'a dit que les gens qui vont en Angleterre y trouvent exactement ce qu'ils sont venus y chercher. Je lui ai dit que j'irai y chercher l'Angleterre de la littérature anglaise, il a hoché la tête et il a dit : 'Elle y est bien.' Peut-être qu'elle y est, peut-être pas. En tout cas, quand je regarde sur mon tapis je suis sûre d'une chose : elle est bien ici. » (page 105 : sur le tapis en question, il y a tous les ouvrages de sa bibliothèque que Helene Hanff est en train de ranger).  

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01 mars 2012

« Vous ne connaissez pas encore Sherlock Holmes. Peut-être ne l'aimerez-vous pas comme compagnon ordinaire »

SH1Une étude en rouge de Arthur Conan Doyle

Titre original : A Study in scarlett (1ère parution : 1887)

Librio / 125 pages / 2 euros

Une étude en rouge est le premier des quatre romans qui composent le 'canon' des aventures de Sherlock Holmes. Lu dans le cadre du Challenge organisé par Filipa.

logowatson J'avais déjà lu cette enquête il y a de nombreuses années mais j'avoue que c'est mon intérêt pour la série britannique Sherlock qui m'a poussée à une relecture. Grand bien m'en a pris !

Une étude en rouge est une enquête classique mais passionnante (véritable page turner avant l'heure) qui mêle meurtres mystérieux (avec causes de la mort indéterminée), fausses pistes et surtout une sordide et atroce histoire de vengeance. POINT. JE NE VEUX SPOILER PERSONNE (ni alimenter une hypothétique fiche de lecture d'un élève !). Sachez seulement (bizarrerie narrative de la part d'Arthur Conan Doyle) qu'au milieu de l'enquête menée (tambour battant) par Sherlock Holmes à Londres, un second récit s'intercale. Ce second récit, qui se déroule 20 ans auparavant, raconte l'histoire de pionniers américains dont la route croise celle d'une caravane de mormons … On retrouve ici l'intérêt d'Arthur Conan Doyle pour la société américaine et ses organisations 'exotiques' (criminelles !) que j'avais déjà noté dans Les Cinq pépins d'orange.

Une étude en rouge est surtout irremplaçable parce qu'elle élabore les origines de la mythologie holmésienne : la rencontre entre Sherlock Holmes et John Watson, l'explication de leur colocation au 221b Baker Street, la science de la déduction, la collaboration avec Scoltand Yard et l'inspecteur Lestrade (« un petit bonhomme blême, à la figue de rat et aux yeux sombres » page 19) … C'est vraiment un délice de retourner aux sources des enquêtes du célèbre détective. Et force est de constater que l'humour (très british) était déjà présent sous la plume de Arthur Conan Doyle !

Par ailleurs, j'ai été très (positivement) surprise de voir combien la série Sherlock est fidèle à l'esprit du roman. Steven Moffat et Mark Gatiss ont décidément réalisé une adaptation édifiante. Arthur Conan Doyle imagine son Sherlock Holmes « presque [comme] un être de sang froid » (page 10), surdoué et autodidacte (il ne semble avoir suivi aucunes études particulièrement).

« - Vous ne connaissez pas encore Sherlock Holmes. Peut-être ne l'aimerez-vous pas comme compagnon ordinaire.

- Et qu'a-t-il contre lui ?

- Oh ! Je ne dis pas qu'il ait quelque chose chose contre lui. Il est un peu bizarre dans ses idées. Il est fanatique de quelques branches de la science. Autant que je sache, c'est un garçon convenable » (page 9)

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« - Il n'est pas facile d'exprimer l'inexprimable, dit-il en riant. Holmes est, à mon goût, un homme trop scientifique, c'est presque un être de sang froid. Je l'imagine très bien administrant à un ami une petite pincée de tout dernier alcaloïde végétal, non par méchanceté mais par esprit de curiosité, afin d'avoir une idée exacte de ses effets. Pour lui rendre justice, je crois qu'il la prendrait lui-même avec un empressement identique » (page 10)

 ---

Dans la série, j'ai beaucoup aimé que les scénaristes gardent les mêmes caractéristiques du personnage de Sherlock Holmes (esprit brillant, analyse des détails et manque d'empathie) en lesSH2 attribuant à une forme du syndrome d'Asperger (une sorte d'autisme) dont Sherlock souffrirait.

De même, le personnage de John Watson est (étonnement !) similaire à celui d'Arthur Conan Doyle : soldat-médecin blessé pendant une guerre coloniale en Afghanistan (déjà !). Au moment où il rencontre Sherlock Holmes, c'est un être solitaire, un homme qui a beaucoup souffert, perdu dans un Londres tentaculaire, complètement désillusionné et dont le manque de moyens l'incite à rechercher un loyer à partager. Les détails sur cette colocation qui se met en place sont savoureux. Voici un passage qui m'a beaucoup fait sourire (c'est John Watson qui raconte sa première rencontre avec Sherlock Holmes) : « Sherlock Holmes parut enchanté à l'idée de partager un appartement avec moi.

- J'ai en vue, dit-il, un appartement dans Baker Street. Il nous conviendrait absolument. Vous n'avez pas d'objection à l'odeur du tabac fort, j'espère ?

- Je fume moi-même quelque chose de très fort.

- ça va ! Je m'occupe souvent de chimie et je fais parfois des expériences. Cela vous ennuierait-il ?

- Nullement.

- Voyons ! Quels autres défauts à mon actif ? Quelquefois, je broie du noir et je reste des jours sans ouvrir la bouche. Quand il en sera ainsi, il ne faudra pas croire que je boude. Laissez-moi tranquille et je redeviendrai bientôt sociable. Et vous, qu'avez-vous à avouer ? Avant de commencer à vivre ensemble, il vaut mieux que deux hommes sachent ce qu'il y a de pire en chacun d'eux.

Ce examen me faisait rien.

- J'ai un petit bouledogue, dis-je. Je n'aime pas le tapage parce que mes nerfs sont ébranlés, je me lève à toutes sortes d'heures impossibles et je suis très paresseux. J'ai une autre série de vices quand je me porte bien, mais ce sont les principaux pour le moment.

- Dans le mot tapage, comprenez-vous le fait de jouer du violon ?

- Cela dépend du joueur. Un air de violon bien joué est un régal pour les dieux; mal joué c'est un …

- Oh ! Ça va ! S'écria-t-il avec un rire joyeux. Je crois que nous pouvons considérer la chose arrangée. » (page 13)

En une page, tout est dit, tout y sous-entendu : la passion de Sherlock Holmes pour les expériences scientifiques (souvent dangereuses), pour le tabac (à ce stade, Watson ne connait pas encore les autres addictions de son compagon !), pour le violon. L'absence de (fausse) modestie de Sherlock Holmes, le regard amusé de Watson … La rencontre et l'entente entre deux solitudes … Bref, à lire autant pour découvrir Sherlock & Watson que pour suivre l'enquête.

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16 février 2012

« Nous devons d'abord déterminer quel est le 'principal assassin' »

la malédiction des pharaonsLa Malédiction des pharaons de Elizabeth Peters

(2ème tome des aventures d'Amélia Peabody)

Livre de Poche (1ère édition : 1981; 1ère traduction en français : 1998)

380 pages / 5,49 euros

La Malédiction des pharaons débute 5 ans après Un crocodile sur un banc de sable. Amélia et Emerson sont mariés et vivent en Angleterre une vie rangée. Ils ont un petit garçon, Ramsès, qui fait leur joie (!) mais l'ennui guette le couple d'archéologues. Amélia se distrait en essayant de résoudre le meurtre de Lord Baskerville, qui met en émoi la bonne société de Louxor et fait les choux gras de la presse internationale. C'est pourquoi, lorsque Emerson est contacté par la veuve de Lord Baskerville pour continuer les fouilles que son mari menait dans la Vallée des Rois, Amélia et Emerson sautent sur l'occasion.

La Malédiction des pharaons est inspiré d'une légende liée à la découverte du tombeau de Toutânkhamon (en 1922) où l'équipe qui procéda à l'excavation de la tombe se cru maudite après le décès mystérieux de Lord Carnarvon, leur archéologue en chef. Ainsi, sur place, Emerson et Amélia sont confrontés à une double mission : faire cesser la série de meurtres qui décime leur entourage et procéder à l'ouverture d'un tombeau jusqu'alors apparemment inviolé. C'est une compagnie hétéroclite d'aristocrates exilés aux caractères bien définis que nous propose Elizabeth Peters : une veuve coquette et manipulatrice, un journaliste opportuniste, un photographe émotif, une jeune ingénue tyrannisée par une matrone alcoolique, un dandy américain et son homologue allemand … Lequel sera le prochain sur la liste de l'assassin ? Lequel est coupable ?

On se croirait dans un Agatha Christie ! Je pense d'ailleurs que c'est volontaire de la part d'Elizabeth Peters qui croque une parodie des meilleurs romans de la Reine du crime : des personnages aux motivations diverses réunies dans un (presque) huit clos, un couple d'enquêteurs qui orchestre la révélation finale où ils démasquent le(s) assassin(s) devant le reste de la compagnie … Brillant ! En outre, Elizabeth Peters fait d'amusants clins d'œil à d'autres grands auteurs de romans policiers britanniques : Arthur Conan Doyle (avec le nom de Lord « Baskerville ») ou encore Wilkie Collins (un des personnages se nomme « Armadale »).

Bref ! Encore une fois je me suis charmée par la causticité d'Amélia qui, armée de son sens pratique et de son ombrelle est toujours aussi amusante. Avec Emerson, ils forment un couple irrésistible certes passionnément amoureux (j'adore les pages où Amélia aborde les joies du 'régime conjugal') mais aussi d'une mauvaise foi homérique. L'intrigue est bien ficelée, il y a suffisamment de fausses pistes pour être tenue en haleine jusqu'à la fin et surtout l'ambiance coloniale du monde de l'archéologie fin XIXème est dépaysante à souhait !

J'attends de lire la suite avec impatience et surtout de retrouver Ramsès, (malheureusement) tenu à l'écart dès la 50ème page. En effet, c'est un bambin à fort potentiel. La Malédiction des pharaons nous apprend qu'il doit son surnom de Ramsès à « son aspect belliqueux et son caractère impérieux » (page 15). Surtout, Elizabeth Peters propose une vision de la maternité peu consensuelle mais très rafraichissante : « J'avais le sombre pressentiment qu'une guerre venait de commencer – une guerre qui durerait toute la vie et que j'étais condamnée à perdre » (page 15). « Dès le début, Emerson s'enticha de la créature » (page 16) mais Amélia entretient une relation plus complexe avec son fils (qu'elle abandonne sans trop de remord à Evelyn et Walter pour partir en Égypte) : « Honnêtement, j'aime bien notre fils. Sans aller jusqu'à lui témoigner la sotte adoration que lui voue son père, je puis dire que j'ai une certaine affection pour cet enfant. Néanmoins, en cet instant, je fus tentée de saisir au collet le petit monstre et de le secouer jusqu'à ce que son teint vire au violacé » (page 21). J'adore cet humour pince sans rire (so british !) et le recul d'Amélia lorsqu'elle parle de ceux qu'elle aime. Pour conclure, La Malédiction des pharaons constitue un très agréable moment de détente, drôle et dépaysant.

Premier tome des aventures d'Amélia et d'Emerson : Un Crocodile sur un banc de sable.

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12 février 2012

« C'est la malédiction des Tsongor, de père en fils, rien que de la poussière et du mépris »

la mort du roi TsongorLa Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

Actes Sud (collection Babel) / 2005

204 pages / 6,50 euros

Élevé au rang de 'quasi classique, chef d'œuvre de la littérature contemporaine française' par certains de mes collègues de Lettres, j'ai été étonnée par ma lecture de La Mort du roi Tsongor. Mais pas entièrement conquise.

L'Histoire : Aujourd'hui le vieux Katabolonga,'porteur du tabouret d'or', 'ombre du remords' du roi Tsongor doit accomplir sa destinée : assassiner son ami, redoutable guerrier qui mena conquêtes et destructions avant de devenir un souverain respecté de tous. Le jour est d'importance : Tsongor marie sa fille unique, Samilia, au roi Kouame des terres de sel. Pour la première fois, une conquête sera pacifique. Mais un autre prétendant se manifeste : Sango Kerim, frère de lait de Samilia. N'entrevoyant d'autre issue que la guerre, Tsongor accueille la mort avec gratitude. Son présage se révèle juste : après le deuil de leur père, le clan Tsongor se déchire, les prétendants se disputent la belle Samilia et la destruction de Massaba commence …

Étrange livre que La Mort du roi Tsongor qui navigue entre tragédie antique et conte africain traditionnel ! En effet Samilia, femme de 2 hommes, fait songer à Hélène de Troie. C'est aussi une Iphigénie, sacrifiée par son père et ses frères. Les références à la mythologie grecque et aux textes classiques (je pense à Racine notamment) sont légions. Massaba, cité imaginaire, évoque irrésistiblement les grands empires africains du Moyen âge. Pourtant le style est unique. J'ai été sensible à la déchéance (morale et matérielle) des enfants du clan Tsongor, aux souffrances causées par la guerre qui est la leur. Laurent Gaudé sait, avec des phrases liminaires et dépouillées, créer de l'émotion. La temporalité joue aussi une place importante dans La Mort du roi Tsongor dont le récit est rythmé comme une pièce de théâtre, par des actes. Les premiers 'actes' sont courts (une journée) puis le temps s'allonge lentement pour prendre des airs d'éternité. En fait, je pense que se sont justement ces références, ces symboles ... que je préssentais à de (trop) nombreux endroits qui ont empêché ma lecture d'être sereine et de me faire pleinement apprécier le roman.

 La Mort du roi Tsongor est un roman de conquête, de sang & de vengeance où l'honneur compte plus que l'amour, de luttes pour le pouvoir, de folie … Certains passages sont d'une violence folle à l'exemple du massacre perpétré par « les chiennes de guerre » d'Arkalas. « C'étaient des hommes forts et robustes mais qui, pour le combat, se paraient comme des femmes. Ils se dessinaient les yeux. Mettaient du rouge sur leurs lèvres. Portaient des boucles d'oreilles, bracelets et colliers de toutes sortes. C'était pour eux une façon plus aiguë d'offenser l'ennemi. Lorsqu'ils tuaient un adversaire, ils lui murmuraient à l'oreille : 'Regarde, lâche, c'est une femme qui te tue'. On entendait jusqu'aux murailles de Massaba les rires nerveux de ces travestis qui portaient le glaive et se léchaient les lèvres du sang qu'ils feraient bientôt couler » (pages 78 – 79). Pourtant, c'est une histoire (presque une fable morale) qui évoque la stupidité de la guerre où des frères s'affrontent, où un père découvre n'avoir rien transmis à ses enfants – excepté la honte et la destruction …

La Mort du roi Tsongor est le Prix Goncourt des Lycéens de 2002.

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08 février 2012

« Nous n'écrivons pas des impressions de voyage sur Naples, mais le récit simple d'une aventure bizarre et peu croyable »

arria marcellaArria Marcella – Souvenir de Pompéi de Théophile Gautier

Première parution : 1852

Hachette (Le Livre de Poche) / février 2011 / 3,90 euros

(contient aussi : Le Pied de la momie, La Vénus d'Ille, Petite discussion avec une momie)

 J'ai eu envie de lire Arria Marcella après ma visite de la très chouette exposition Pompéi, un art de vivre au Musée Maillol. Des objets & des éléments architecturaux provenant du site italien y sont exposés, mis en scène dans une maison pompéienne (approximativement) reconstituée. J'ai64682-pompei particulièrement apprécié le travail minutieux de l'or, du verre et des métaux. Si vous êtes intéressé (et parisien !) dépêchez-vous, l'expo ferme ses portes le 12 février !

Une autre bonne raison de découvrir Arria Marcella ? C'est comme prendre une dose homéopathique d'Italie pour se soigner du froid polaire actuel ! La nouvelle de Théophile Gautier suit un schéma relativement classique : une idylle romantique teintée de fantastique inspirée par la (re)découverte des civilisations antiques par les auteurs du XIXème siècle (on pense forcément à La Vénus d'Ille de Mérimée).

Lors d'une promenade nocturne et solitaire à Pompéi, un jeune (et fougueux !) touriste français reçoit la visite « d'une créature d'une beauté merveilleuse » : est-il projeté dans le passé ? Est-il face à un fantôme ? Un esprit maléfique, sorte de succube tentateur ? En tout cas, Théophile Gautier fait le portrait de femme très troublante et attirante. Il insiste sur sa parure pour mieux dévoiler ensuite sa nudité voluptueuse : « un collier de boules d'or, soutenant des grains allongés en poire, circulait sur sa poitrine laissée à demi découverte, par le pli négligé d'un peplum de couleur paille brodé d'une grecque noire ». Ses cheveux également sont splendides : « une bandelette noir et or passait et luisait par place dans ses cheveux d'ébène » (page 44). Qui l'eut cru ? Cette nouvelle proposée aux élèves de 4ème dans le cadre de la nouvelle fantastique est érotique ! Théophile Gautier ne laisse pas de doute sur la relation d'Octavius et Arria. Juste magnifique, je suis sous le charme moi aussi, de cette beauté énigmatique. Note à moi-même : j'aurai cependant du me douter de quelque chose dès le début quand Octavien s'arrête devant le moulage d'un sein, subjugué : « ce cachet de beauté, posé par hasard sur la scorie d'un volcan, ne s'est pas effacé » (page 10).

J'ai également aimé la description de Pompéi effectuée par Théophile Gautier (qui a lui-même visité Pompéi en 1850) : le site en ruines, précédé par l'apparition du Vésuve tutélaire mais aussi la même cité romaine que l'auteur fait revivre quelques heures avant sa destruction, en 79 avant JC. En effet, sous l'influence d'un rêve (ou d'un cauchemar ?), Octavien pense évoluer, le temps d'une nuit, dans l'Antiquité : « Alors Octavien, en qui toutes les idées de temps se brouillaient, put se convaincre qu'il promenait non dans une Pompéi morte, froid cadavre de ville qu'on a tiré à demi de son linceul, mais dans une Pompéi vivante, jeune, intacte, sur laquelle n'avaient pas coulé les torrents de boue brillante du Vésuve » (page 30)

J'aurai pu noter l'intégralité de la nouvelle tant l'écriture me semblait belle. En voici quelques extraits :

« La ville ressuscitée, ayant secoué un coin de son linceul de cendre, ressortait avec ses mille détails sous un jour aveuglant » (page 12).

« Les génies taciturnes de la nuit semblaient avoir réparé la cité fossile pour quelque représentation d'une vie fantastique » (page 27).

« Tous les historiens s'étaient trompés; l'éruption n'avait pas eu lieu, ou bien l'aiguille du temps avait reculé de vingt heures séculaires sur le cadran de l'éternité » (page 29)Classique-final-3

A lire également autour du drame de Pompéi : Les Derniers jours de Pompéi de Edward Bulwer-Lytton.

Et Hop ! Un classique de plus dans le cadre du Challenge Un classique par mois, organisé par Cess.

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06 février 2012

« C'est une fin de dimanche comme les autres, sur une route déserte entre Moermel et Rennes, peu avant le début du couvre-feu »

9782070358786L'échappée de Valentine Goby

Gallimard (Folio) / 2008

257 pages / 6,20 euros

Madeleine, dont la mère cache les formes naissantes sous des vêtements amples pour que sa fille ne devienne pas 'une fille à soldats' ne possède qu'un seul rêve : s'échapper, fuir 'les sillons' symboles de son quotidien morne de paysanne bretonne des années 40. Sa vie se résume à peu de choses : un emploi monotone dans un hôtel de Rennes rythmé par le retour à la ferme, les week-ends, où Madeleine étouffe sous le poids d'un secret de famille qu'elle devine et qu'on s'obstine à lui taire. Des étreintes consenties à un ami d'enfance, sans surprises. Madeleine s'ennuie dans cet univers restreint qui n'a rien à lui apporter. Jusqu'au jour où elle fait la connaissance d'un pianiste étranger, officier 'vert de gris' … ils se plaisent, elle aime sa musique, il lui offre des territoires inconnus, imaginaires, ils partagent des silences, un drame … Elle succombe.

L'échappée est une histoire minuscule, intime, celle d'une jeune fille qui frôle le bonheur une fois dans sa vie, à 16 ans, et qui en paye les conséquences sur le long terme. En effet, Madeleine est rattrapée par « l'avancement d'une guerre à laquelle elle ne comprend pas grand chose » (page 130). C'est l'Histoire (avec un grand H), à peine évoquée sous forme d'allusions par Valentine Goby lorsqu'elle interfère dans la chronique intime de son personnage. Madeleine vit en zone occupée, pendant la Seconde Guerre mondiale et entretient une liaison avec un soldat allemand. Un chapitre aussi court que violent raconte les sévices, la haine et les humiliations subies par Madeleine et les autres femmes coupables d'avoir aimées des occupants, infligées à la Libération par les FFI et français 'locaux'. Une page de l'Histoire française connue mais qui, sous la plume de Valentine Goby, prend une intensité et une consistance effroyable.

C'est ce que j'ai particulièrement aimé dans L'échappée : l'écriture dépouillée de Valentine Goby qui 'attrape' littéralement le lecteur, qui a retourné mon cœur avec le destin tragique de Madeleine. Comment ne pas être bouleversé par le manque d'affection maternelle dont elle souffre ? Comment ne pas être bouleversé par sa relation avec sa fille, Anne. Par leur vie d'errance où Madeleine et Anne sont traitées avec cruauté et injustice dès lors que les gens comprennent qu'Anne n'est pas la fille d'un prisonnier de guerre mort en captivité ? Valentine Goby ne sombre pas dans le pathos, ses personnages (Madeleine, la victime qui ne cesse d'expier sa 'faute' et Anne, l'enfant en colère) sont psychologiquement très travaillés, rendant passionnant leur cheminement qui nous emmène jusque dans les années 80 et la Chute du Mur de Berlin. Enfin, j'ai aimé que l'auteur envisage 3 fins différentes toutes vraisemblables …

Elles en parlent aussi (et proposent de belles citations) : Lou et Malice.

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