Chez Mrs FIGG : chats, scones et livres à volonté !

20 février 2017

"Les Cotswolds avec leurs pittoresques villages de maisons en pierre dorée, leurs jolis jardins, leurs petites routes sinueuses"

La-quiche-fatale

Agatha Raisin enquête 1. La quiche fatale de M. C. Beaton

Traduit de l’anglais (The quiche of Death)

ALBIN MICHEL (2016) / 320 pages / 14 euros

Agatha Raisin, jeune retraitée londonienne hyperactive, réalise son rêve de s’installer au calme dans un cottage dans les Cotswolds. Pour tenter de s’intégrer, elle participe au concours de quiches local. Malheureusement, sa quiche empoisonne le juge du concours champêtre. Accident ? Meurtre ? Agatha, qui s’imagine déjà en justicière acclamée, enquête. A ses risques et périls, elle va découvrir que sous le charme idyllique du village de Carsely se cachent de vils secrets.

Ce premier tome (*d’une longue série*) propose une intrigue policière simple mais efficace qui n’est évidemment pas sans rappeler les enquêtes de Miss Marple … J’ai été agréablement surprise, l’enquête n’est pas anecdotique ni les solutions des divers énigmes, elle est réellement intéressante.

Le charme du roman réside néanmoins surtout dans sa galerie de personnages amusants et parfois antipathiques : la gouaille et la vulnérabilité d’Agatha, son ami Roy, arriviste exubérant à la sexualité ambiguë, l’adorable policier asiatique Bill Wong, le fringuant militaire retraité à la belle présentante, James Lacey … Ils sont tous savoureux et j’ai déjà hâte de les retrouver dans le tome suivant.

Enfin (et non des moindres), j’ai adoré la description bienveillante mais parfois acide de ce village des Cotswolds et de ses habitants, entre folklore bucolique assumé et dénonciation des clichés sur la campagne anglaise …

cotswolds-concierge-map

Pour conclure, j’hésitais vraiment à me lancer dans ce roman car à force de le voir partout, je craignais d’être déçue. Or, j’ai adoré ce petit grain de folie non dénué de mélancolie qui caractérise Agatha. Maintenant, moi aussi, je rêve des Cotswolds, de visiter Bath, le palais de Blenheim, le château de Warwick, la maison de natale de Shakespeare … C’est avec hâte et délice que je lirai la suite !

A year in England 2

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07 février 2017

« Virginia Fly se faisait violer, en esprit, en moyenne deux fois par semaine. »

la vie rêvée de virginia fly

La Vie rêvée de Virginia Fly de Angela Huth

Traduit de l’anglais (Virginia Fly is Drowning)

Editions La Table ronde (Quai Voltaire) / février 2017

300 pages / 21 euros

Virginia Fly, institutrice trentenaire, vit une existence sans fantaisie auprès de parents bienveillants mais étouffants. Sa vie sociale se résume à une correspondance avec un américain qu’elle n’a jamais rencontré et quelques sorties culturelles avec ‘le professeur’. Virginia est une cérébrale qui analyse sa virginité tardive avec lucidité. Lassée d’attendre un quelconque bouleversement, elle va tenter de saisir les opportunités qui s’offrent à elle de combler ses attentes …

Pour moi Virgina Fly est une énigme et une lecture complètement inattendue, sorte de roman d’initiation amoureuse et sexuelle.

Virginia pose un regard d’une étonnante acuité sur elle-même, son entourage et sa banlieue moyenne du Surrey. Pourtant, elle est naïve et passive en ce qui concerne sa vie amoureuse. Son principal souci étant, d’après moi, sa confusion entre sexualité et amour (qu’elle semble également confondre avec le mariage) que malheureusement pour elle, elle va découvrir en expérimentant.

Virginia rêve d’être « séduite » par un homme et fantasme une sorte de rapt amoureux plus ou moins consenti. Pour elle être « séduite » c’est avoir une relation sexuelle. Etrange vision de la part d’une amoureuse des livres d’autant plus, qu’évidemment, elle attire à Virginia de terribles mésaventures … Et inutile de dire que cette occurrence de « séduire » ne me plait pas. Pour moi, être « séduit » c’est découvrir une personnalité qui me donnera envie de me livrer à elle, c’est devenir sensible à son humour, à ses sentiments et à ses prises de position … Peut-être suis-je trop romantique ? Mais de romantisme, il n’y a pas dans ce roman dans lequel Virginia/Angela Huth décortique chacun de ses sentiments.

J’avoue ne pas savoir que penser de ce roman qui se veut malicieux (et qui l’est à certains égards) mais qui est également triste et désenchanté. Cette falote Virginia Fly a provoqué ma pitié par sa solitude et par ses choix, pas toujours judicieux, malgré l’humour acerbe qu’elle utilise pour dédramatiser ses déconvenues amoureuses.

Cette œuvre de jeunesse, un peu datée, (initialement publiée en 1972) n’a ni la densité ni la maturité des autres romans de Angela Huth (que j’adore) bien qu’on y découvre déjà une belle plume et une capacité à explorer la violence intime du quotidien.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment apprécié ce roman, ce qui est dommage car c’était la première fois que j’acceptais un exemplaire presse (« La Table ronde » étant une prestigieuse maison d’édition dont les titres me tentent toujours beaucoup).

A year in England 2

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01 février 2017

« Il y a un rat sous mon lit. Je l’entends gratter dans le noir »

le-grand-livre-connie-willis

Le Grand livre de Connie Willis

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) : Doomsday Book

(Première publication en 1992)

J’ai Lu / réédition de janvier 2017 / 700 pages / 9 euros

En 2055, les historiens d’Oxford étudient le passé grâce aux voyages dans le temps. Le rêve de la jeune Kivrin Engle est de visiter le Moyen-âge, « une époque ravagée par les écrouelles et la peste, une période de l’Histoire où Jeanne d’Arc a péri sur le bûcher » (p.16). Malgré la dangerosité du projet et en dépit des avertissements du professeur Dunworthy, lui-même responsable du XXème siècle, Kivrin est envoyée en 1320. Elle y est recueille par une famille de nobliaux en exil. D’abord estomaquée par le manque d’hygiène et la malnutrition, Kivrin va bientôt s’attacher à l’espiègle Agnes et son ainée Rosemonde, au charismatique père Roche … Parallèlement, à notre époque, Oxford et son campus sont mis en quarantaine à cause d’une grippe inconnue.

J’attendais de lire ce premier opus du « Cycle temporel » de Connie Willis depuis longtemps (en fait, depuis ma lecture de Black-Out et de All-Clear).

« Le Moyen-âge est la fosse à purin de l’Histoire » (dixit Dunworthy, p.53)

Pour apprécier ce roman, il ne faut surtout pas s’agacer de cette assertion outrancière (voire méprisante) du professeur Dunworthy ni du fait que Connie Willis dessine un Moyen-âge très sombre, voire anxiogène.

C’est en ethnologue que Kivrin fouille le Moyen-âge. Elle n’y verra aucune cathédrale ou autre magnifique manifestation d’une époque pas si ténébreuse que ça. C’est la sphère familiale, intime, qui intéresse Kivrin/Connie Willis, la vie quotidienne des habitants du XIVème, leurs croyances, leurs sentiments face à la mort omniprésente …

Si j’ai apprécié cette reconstitution historique très dense (bien qu’on apprenne moins de choses que dans Black-Out ou All-Clear), j’ai toutefois été heurtée par certains passages, assez insoutenables et dramatiques. L’ombre mortifère de la peste noire plane sur le récit, exacerbant la tension provoquée par la désorientation spatio-temporelle de Kivrin ou la désorganisation sociale provoquée par l’épidémie de grippe.

Heureusement, les chapitres se déroulant en 2055, apportent un brin de légèreté et de rythme (de frénésie ?) par rapport à ceux concernant Kivrin, plutôt lents.

En effet, on y retrouve James Dunworthy qui tente de secourir son historienne mais qui doit gérer une quarantaine, des carillonneuses américaines, Noël et surtout, le petit-neveu d’une collègue nommé Colin … J’ai adoré cette première apparition de Colin, un gosse de 12 ans débrouillard et intrépide qui ponctue ses phrases par « apocalyptique » et « nécrotique » !! Je trouve que Connie Willis a décidément le ‘truc’ pour créer des personnages d’enfants attachants.

Pour conclure, même si Black-Out et All-Clear n’auront pas été égalés dans mon coeur, j’ai adoré en découvrir davantage sur Oxford et sur certains personnages présents dans les autres livres (Dunworthy, Colin, Badri Chaudhuri …). J’ai aussi été happée par les péripéties médiévales de Kivrin. Bref ! J’aime Connie Willis !

Black-Out

All-Clear

25 janvier 2017

« L’une des grandes vertus d’un mariage où les mots sont raréfiés tient à ce que les signaux sont acceptés et respectés »

tendres silences

Tendres silences de Angela Huth

Traduit de l’anglais : Easy Silence

GALLIMARD - FOLIO (2001) / 530 pages / 9,80 euros

Les Handle vivent dans la banlieue cossue de Londres. Couple uni de quinqua et parents d’un fils adulte, ils se côtoient selon une routine bien rodée. Tandis que William, violoniste dans un quatuor renommé, enchaine les concerts, son épouse Grace, illustre un herbier destiné aux enfants. Leur sérénité est bouleversée par l’arrivée de Bonnie, jeune altiste talentueuse, dont William – pourtant vieux-jeu et bourré de TOC, va tomber amoureux. De son côté, Grace materne un jeune et imprévisible voisin, Lucien. Vont-ils céder à la tentation d’une aventure amoureuse ? La violence, qui suinte du récit, va s’exprimer d’une manière bien inattendue …

Tendres silences est un roman sur le couple où l’action se situe principalement dans la sphère de l’intime.

Angela Huth propose une vision du mariage ambivalente et plutôt pessimiste, ancrée dans la réalité feutrée d’une vie de couple rassurante mais terne et sans vitalité. William et Grace vivent côte-à-côte et non avec l’autre. Leur amour semble remplacé par l’habitude et la dépendance mutuelle. Ce qui n’empêche pas William (le plus dépendant des deux) de fantasmer la mort de sa femme (d’après moi, les meilleures pages du roman, sidérantes). Pourtant, quand le drame annoncé frappe enfin, c’est à l'extérieur du couple, à sa marge, et il rapproche paradoxalement les époux.

Tendres silences est un bon roman que certains pourraient trouver lent ou ennuyant.

Personnellement, j’ai apprécié la place laissée à l’introspection de ces quinquas cultivés et à l’expression minutieuse de leur évolution psychologique. Il n’y a rien de démonstratif dans ce récit, pas de bruit ni de fureur mais un certain humour désuet et une angoisse latente qui font que je ne pense pas l’oublier de sitôt …  

A year in England 2

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18 janvier 2017

« Ils disent que ça fait saigner les yeux »

 la-maison-des-mortsLa Maison des morts de Sarah Pinborough

Traduit de l’anglais : The Death House

Milady (2016) / 384 pages / 16,90 euros

La Maison des morts est un plaisir totalement inattendu, caché sous une couverture tape-à-l’oeil, gothico-brillante.

Dans un manoir lugubre, reconverti en pensionnat-hôpital, une poignée d’adolescents vivent reclus. Ils ont été arrachés à leurs familles car « porteurs actifs du gène Déficient ». Ils se savent condamnés et aux premiers symptômes de maladie, ils disparaissent dans le sanatorium dont personne ne ressort jamais. Le personnel du pensionnat, infirmières et professeurs font régner l’individualisme et la vacuité parmi les enfants qui passent leurs journées abasourdis par des somnifères. Heureusement, dans le dortoir 4, Toby le râleur, Ashley le fou de Dieu, Will l’enfant et Louis le surdoué se serrent les coudes. Leur quotidien est transformé par l’arrivée de nouveaux pensionnaires dont la rebelle Clara.

La Maison des Morts est un roman à la croisée de différents genres littéraires, qu’il faut découvrir par soi-même.

On peut être surpris (voire déçu) du parti pris de l’auteur, Sarah Pinborough, de situer son histoire dans un quasi huit-clos plutôt intemporel et de n’apporter aucune réponse aux questions que les lecteurs (et les enfants malades) se posent. Au lieu de cela, l’histoire se focalise sur les relations entre les jeunes pensionnaires. Evidemment les thèmes de l’amitié, de la rivalité et d’un amour impossible ne sont pas particulièrement originaux mais n’en restent pas moins joliment traités ici.

En outre, dans le microcosme du manoir se tissent des liens et se vivent des situations exacerbés par le drame. Les enfants sont des vivants en sursis mais leur mort n’est pas une fatalité quand ils décident de choisir comment vivre. J’ai trouvé cette réflexion autour de la mort ni moralisatrice, ni pathétique, assez intéressante.

Rarement un livre YA m’aura évoqué autant d’autres titres et tous assez dissemblables : Celle qui a tous les dons de M.R. Carey et Nos étoiles contraires (cités pour la quatrième de couv’) mais aussi la trilogie Meto de Yves Grevet ou Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro.

Pour conclure, La Maison des morts est un roman simple et mystérieux pour se faire peur, pour pleurer, pour vivre des émotions fortes … Et il serait vraiment dommage de passer à côté juste parce qu’il s’agit d’un livre estampillé « Young Adlut ».

A year in England 2

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14 décembre 2016

« Un golem est une bête de somme, un esclave ma dégrossi et incapable de réflechir »

le golem et le djinn

Le Golem et le Djinn de Helene Wecker

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) : The Golem and the Jinni

BRAGELONNE / 2016 / 524 pages / 28 euros

1899, Manhattan.

Parmi les exilés et étrangers qui peuplent le Nouveau Monde, nous découvrons le destin de deux créatures magiques : Chava, la golem, la femme d'argile créée pour se soumettre aux désirs des humains et Ahmad, le djinn de feu, partiellement libéré du sortilège qui l'emprisonnait depuis des siècles. Inadaptés à une existence humaine dont ils ne connaissent ni ne comprennent les codes et qui les oblige à cacher leurs vraies natures par peur de déclencher l'effroi, ils vivent solitaires et tourmentés … jusqu'à ce qu'ils se rencontrent enfin.

A son arrivée en Amérique, Chava est recueillie par le vieux Rabbi Meyer qui l'aide à contrôler sa force phénoménale et à devenir boulangère tandis qu'Ahmad vit avec un artisan oriental chrétien nommé Arbeely. Si Chava, raisonnable et pragmatique, est terrorisée par les humains, Ahmad, arrogant et insoumis, parcourt chaque nuit la ville et séduit les riches héritières.

Malheureusement, ces existences 'tranquilles' vont être bouleversées par l'arrivée de Pologne d'un dangereux rabbin corrompu et adepte des sciences occultes

Le Golem et le Djinn est un roman dense qui fait voyager le lecteur de la Pologne en Amérique en passant par la Syrie du VIIème, et navigue entre roman historique et fantastique. Et non dénué d'humour.

« Incapable de supporter davantage la longue succession de nuits pluvieuses, le djinn capitula et fit ce qu'il s'était promis de ne pas faire : il acheta un parapluie » (p.179).

L'originalité de Helene Wecher est de contextualiser son histoire dans les communautés juives et orientales chrétiennes (maronites) de New-York dont elle raconte avec beaucoup de détails les modes de vie et les légendes.

Face à cette originalité, la narration est malheureusement un peu plate et manque de tension/de dynamisme, de surprise dans les 200 premières pages. En effet, même si l'action est présente, l'auteur s’intéresse surtout à la psychologique de ses créatures. A travers celles-ci, elle évoque de beaux thèmes : la servitude et le libre-arbitre, la possibilité de concilier une nature surnaturelle et une existence 'normale' pour se fondre dans le moule social (ou pas) …

Un roman réussi, un plaisir de lecture presque de saison (la plus grande partie de l'intrigue se déroule en hiver, à New-York) … 

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07 décembre 2016

« Lorsque le téléphone sonna à dix heures et demi un dimanche soir, il en savait bien sûr la raison. »

La terre des mensongesLa terre des mensonges de Anne B. Ragde

Traduit du norvégien (Berlinerpoplene)

Éditions 10/18 (Domaine étranger) / 2012 / 350 pages / 8,40 euros

Norvège, Trondheim, quelques jours avant Noël. Les 3 frères Neshov se retrouvent au chevet de leur mère mourante, après des années d'absence. On comprend rapidement qu'il s'agit d'une famille dysfonctionnelle et d'une mère tyrannique qui cache un secret lesquels ont bousillés les trois garçons.

C'est la psychologie de cette famille et ses interactions après tant d'années d'éloignement qui intéressent Anne B. Radge. Elle décrit ses personnages avec précision et affection, ce qui permet au lecteur d'éprouver une immense empathie envers ces adultes brisés

L’aîné, Tor, est resté dans la ferme familiale délabrée et hantée par les rancœurs du passé. Éleveur de cochons, soumis à sa mère, il n'a pas élevé sa fille, Torum maintenant adulte. Margido, est un homme solitaire, timide, chrétien fervent et employé de pompes funèbres consciencieux qui vient de gérer le suicide brutal d'un ado. Erland, le cadet, vit en exil à Copenhague depuis 20 ans, depuis que son homosexualité a été rejetée par sa famille. C'est un homme exubérant, qui cache sa vulnérabilité derrière un appétit de vivre insatiable mais autodestructeur. Son compagnon, Krumme, ne sait rien de son enfance. Leurs trois destinées d'adultes basculent à la suite d'un appel téléphonique qui fait revivre le passé.

Étrangement, alors qu'ils sont réunis pour un enterrement, c'est une renaissance qui apparaît entre les lignes. Symboliquement d'abord, c'est la ferme familiale qui reprend vie après un long abandon. Ensuite, c'est la fratrie (avec l'apparition inattendue d'une nièce médiatrice) qui, bien qu'aux antipodes les uns des autres, semble se ressouder. Malheureusement, la révélation finale (que j'avais devinée) remet ce fragile équilibre, cette trêve festive, en cause.

La Terre des mensonges est le premier tome d'une trilogie (suivie de La Ferme des Neshov et L'Héritage impossible). Malgré le contexte polaire et potentiellement enchanté/féerique (*ça c'est un de mes préjugés idiots dès que je lis de la littérature scandinave !*), c'est une chronique familiale ultra réaliste et dépouillée.

J'ai rarement lu ce genre si particulier de texte et même si j'ai adoré les personnages et que j'ai dévoré ce premier tome, j'ignore encore si je serais tentée par la suite … 

06 décembre 2016

" De Cape et des Mots "

de cape et de mots

De cape et de mots de Flore Vesco

DIDIER jeunesse (2015) / 192 pages / 14,20 euros

Voilà un très bon titre jeunesse, découvert dans la sélection du Prix des Incorruptibles auquel je participe avec les élèves.

Serine est une jeune comtesse désargentée. A la mort de son père, pour subvenir aux besoins de ses six petits frères, elle décide d'aller tenter sa chance à la cour du roi Léo III. Malgré ses haillons, sa méconnaissance totale des usages et sa naïveté, elle devient dame de compagnie de la Reine, une femme capricieuse et frivole. Malheureusement, Serine ne fait pas le poids face aux jalousies et hypocrisies courtisanes. Après une humiliation de trop et parce qu'elle découvre un complot, Serine décide de se travestir en bouffon irrévérencieux et insolent pour sauver sa vie … et se venger des outrages subis !

J'ai adoré cette histoire que traverse un petit grain de folie et qui mélange l'intemporalité des contes de fée traditionnels à la démesure et aux frasques de la cour de Marie-Antoinette vue par Sofia Coppola …

J'ai également adoré le décalage entre l'illettrisme de l'héroïne et un roman qui célèbre la langue française à travers un tourbillon de jeux de mots, de charades, calembours, rimes, joutes verbales … et la richesse d'un vocabulaire oublié depuis longtemps.

Même si Serine et les autres personnages manquent un peu de « gras », de consistance, De cape et de mots n'est pas un plat exercice de style comme on pourrait le craindre. C'est un roman historique amusant, parodique (on songe forcément à la cour de Louis XIV) et farfelu que j'ai eu du mal à lâcher. Et qui m'a évoqué La Passe-miroir de Christelle Davos.

Une chouette distraction pour les adultes également.

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30 novembre 2016

« Mrs Muir était petite. Tout le monde en convenait »

mrs muir (libretto)

Le Fantôme et Mrs Muir de R. A. Dick

Traduit de l'anglais (The Ghost and Mrs Muir)

LIBRETTO / novembre 2016 / 195 pages / 8,70 euros

L'Aventure de Mme Muir de Joseph Mankiewicz (1947) est un film merveilleux, parmi mes préférés. Aussi je me réjouis que le roman dont il est adapté soit ENFIN réédité … Le Fantôme et Mrs Muir est publié pour la première fois en 1945. R. A. Dick est le pseudonyme d'une romancière anglaise nommée Joséphine Aimee Campbell Leslie (1895-1979).

Lucy Muir, veuve depuis peu, loue les « Mouettes », une villa isolée d'une station balnéaire anglaise, apparemment hantée par le fantôme d'un marin, le capitaine Gregg, qui se serait suicidé dans la maison … Mais Lucy, aucunement effrayée par la voix tonitruante et le vocabulaire fleuri du vieux loup-de-mer, emménage et exige du capitaine qu'il n'apparaisse pas à ses enfants, Cyril et Anna. Le capitaine accepte et leur cohabitation commence.

Malgré l'alibi surnaturel, l'histoire se focalise autour de la psychologie de Lucy, frêle et réservée mais farouchement indépendante et obstinée quand il s'agit de défendre sa liberté. Pourtant, Lucy n'est pas une rebelle ni une aventurière. Elle aspire à mener une existence simple et paisible. C'est l'impression d'une douce intemporalité, une extrême normalité, juste heurtée par quelques heurts inévitables, qui ressort de la vie de Lucy.

La « perturbation » est à la marge, dans l'intime de Lucy, sans sa chambre … ou dans son inconscient ?

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Le fantôme n'est-il pas une création psychique de Lucy afin de l'aider à combattre la solitude et la pression sociale ? Pour la rendre plus forte ? « Elle avait lu que les femmes qui approchaient d'un certain âge, lorsqu'elle vivent seules, deviennent parfois des créatures bizarres dont le cerveau peur enfanter les rêves les plus extravagants. Elle ne se rassurait qu'en songeant […] que jamais, au grand jamais, elle n'eût été capable d'inventer un personnage aussi étrange que le capitaine Gregg » (p.52). Laisser le doute subsister apporte évidemment davantage de densité au récit …

C'est également une histoire d'amour impossible et romantique entre deux personnes que tout oppose. Lucy est vivante ; Gregg est mort. Elle mène une vie étriquée ; c'est un baroudeur aventureux. Avec malice et affection, R. A. Dick décrit leur relation où ils bousculent chacun les croyances de l'autre. (*spoiler*) Même si je m'y attendais car je connais le film, la fin est très émouvante lorsque l'on comprend que le capitaine a attendu Lucy toute sa vie. 

Pour conclure, je pense que j'aime autant le roman que le film.

A year in England 2

28 novembre 2016

En même temps, et sous le même toit, réussir à toucher le cœur de deux hommes qui, ni l'un ni l'autre, n'étaient libres d'aimer

lady susan

Lady Susan de Jane Austen

Première publication : 1794

Gallimard (Folio 2 €) / 2016 / 116 pages

Veuve depuis peu, Lady Susan quitte précipitamment Langford où vivent les Manwaring après un début de scandale. Désargentée, Susan n'a d'autre choix que de trouver refuge chez sa belle-famille qu'elle méprise, les Vernon de Churchill. Précédée de sa sulfureuse renommée, Susan est vertement (mais poliment) reçue par sa belle-sœur, Catherine, elle-même épouse raisonnable du fade Charles. Au grand dam de Catherine, Susan envoûte son frère, le jeune, riche et beau Reginald. Reginald va-t-il épouser Susan, de douze ans son aînée ? Et Susan va-t-elle trouver un époux à Frederica, sa timide fille de 16 ans ? 

Lady Susan est une courte mais jouissive et acide nouvelle épistolaire, une œuvre de jeunesse de Jane Austen. L'échange de courrier privé entre les différents protagonistes permet de mettre malicieusement à jour les hypocrisies, les duplicités et les faiblesses de caractère de chacun sous un vernis d'exquise politesse … La pire étant évidemment Lady Susan !

En effet, Lady Susan n'est pas une héroïne « austinienne » habituelle. C'est une intrigante, mesquine et profiteuse, imbue d'elle-même et franchement cruelle avec sa fille qu'elle veut forcer à épouser un homme riche mais sot, qu'elle-même n'accepterait jamais. A la fin évidemment, la morale est sauve (*mais je me garderais d'en dire davantage*).

Pour conclure, c'est une lecture courte mais amusante. Et je n'ai même pas réussi à détester ce personnage de peste inventé par Jane Austen !

A year in England 2

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24 novembre 2016

« On dit souvent des vieilles demeures qu'elles ont une âme »

les fiancés de l'hiverLa Passe-Miroir 1.

Les Fiancés de l'hiver de Christelle Dabos

GALLIMARD jeunesse (2015) / 517 pages / 18 euros

Ophélie vit dans un monde magique reposant sur le matriarcat et le respect de la généalogie et des ancêtres. C'est une jeune femme maladroite et timide qui possède le don de lire le passé des objets inanimés et de se déplacer à travers les miroirs. Elle est fiancée de force à un homme du Nord, un inconnu nommé Thorn, qui dévoile rapidement une personnalité brutale et torturée. Pour honorer ce mariage arrangé, Ophélie est obligée de quitter sa province natale tranquille pour aller vivre chez son futur époux. Elle va découvrir un monde d'illusions sulfureux, de complots et de traîtrises et que nombreux sont les ennemis qui souhaitent empêcher son mariage. Pour sauver sa vie et sa vertu, Ophélie devra changer d'identité et se trouver des alliés de confiance.

J'ai beaucoup aimé ce premier tome.

L'ambiance et le monde magique inventés par Christelle Dabos sont intéressants même si personnellement, j'ai trouvé l'univers de la Citacielle trop oppressant et malsain (impression renforcée par le mutisme forcé d'Ophélie pendant ces passages). J'avais (j'ai) hâte de retrouver l'ambiance froide et neigeuse du Pôle, à peine aperçue jusqu'ici. Du coup, j'ai trouvé quelques longueurs pendant l'immersion en « sous-marin » d'Ophélie dans la grande ville des illusions. Mais lorsque l'action est (enfin) relancée, j'ai été happée.

Le point fort du récit est évidemment l'antagonisme amoureux entre Ophélie et Thorn. Le principe des opposés fonctionne plutôt bien : la petite lectrice insignifiante et maladive VERSUS l'homme de pouvoir, le dragon musclé au visage orné de cicatrices. Tellement prometteur et réjouissant ! Facile de s'identifier à Ophélie, sa maladresse, son filet de voix, son éternel rhume et son écharpe fétiche (j'avais même l'impression – peut-être erronée ? – d'y apercevoir certains traits de caractère de l'auteur …). Derrière ses imperfections, se cache une femme droite et intelligente qui ne tarde pas à séduire (contre son gré) Thorn. Bref, un joli personnage projeté dans un monde brutal qui n'est pas le sien et où les faux-semblants sont de rigueur.

J'achève ma lecture avec énormément de questions (*spoilers*) :

Thorn a-t-il réellement accepté ce mariage pour s’approprier le don de lire ?

Pourquoi le livre des ancêtres est-il si important ? Et Farouk ?

La montre à gousset de Thorn cache-t-elle quelque chose ?

La famille animiste de Ophélie va-t-elle vraiment débarquer à Claidelune ?

Comment va se passer l'introduction de Ophélie en cour ?

Va-t-elle revoir Gaëlle, Renard, Pistache … ?

10 novembre 2016

« C'était une petite maison, simple comme un dessin d'enfant et plus ancienne que la nation de Scully »

la femme égarée

La Femme égarée de Tim Winton

Traduit de l'anglais (Australie) : The Riders

Rivages poche (Bibliothèque étrangère) / 1999 / 448 pages / 7,90 euros

1987. Une famille australienne décide, sur un coup de tête, de s'installer en Irlande et achète une bicoque décrépite et isolée, à l'ombre d'un château hanté en ruine, dans le comté d'Offaly. Scully, le père de famille, ex-baroudeur casé depuis la naissance de la petite Billie, 7 ans, retape la maison. Son épouse Jennifer et Billie repartent en Australie liquider leur ancienne vie. Mais le jour où elles doivent le rejoindre en Irlande, seule Billie est présente à l'aéroport : Jennifer a disparu, sans explication ni trace, et Billie, traumatisée, est devenue mutique. Fou d'amour, de colère et d'inquiétude, Scully se lance à la recherche de sa femme, à travers l'Europe.

La Femme égarée est un mauvais titre. Le titre original, The Riders, est davantage conforme au contenu du livre. En effet, La Femme égarée aurait pu être un thriller classique ; l'histoire du pauvre type qui découvre que sa femme n'est pas celle qu'il croyait. Or c'est le cheminement psychologique de l'époux qui est développé. De sa femme, on ne saura finalement presque rien. 

Le personnage principal, anti-héros (un peu trop) revendiqué par l'auteur, m'a inspiré autant de pitié que d'agacement. Scully est un brave type mais pas très malin, un peu rustre, trop amoureux, qui traîne sa pauvre gosse à travers l'Europe, en enchaînant les galères de plus en plus sordides pour courir après une chimère. L'auteur s'interroge : Peut-on aimer trop ? Connaît-on vraiment ceux qu'on aime ? Pourquoi pas …

Je suis un peu partagée. Je n'ai ressenti aucune empathie ni sympathie pour le personnage masculin d'autant que l'auteur insiste trop sur son caractère rustre/pataud et dévoué. Quant aux personnages féminins, ce sont toutes des perverses à moitié folles … Pourtant, malgré ces bémols et des longueurs narratives, j'ai terminé ma lecture sans trop me forcer. J'ai notamment apprécié la restitution réussie de l'ambiance des lieux visités par Scully et Billie (campagne irlandaise, petits ports des îles grecques, Paris, Amsterdam …).

Un livre impossible à faire entrer dans une case pour lequel il faudra vous faire votre propre avis …

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07 novembre 2016

« Que valaient ces rêves stériles et creux maintenant qu'elle avait découvert le secret passionné de son âme ? »

mary barton

Mary Barton de Elizabeth Gaskell

Traduit de l'anglais

Première publication : 1848

POINTS (Grands romans) / 591 pages / 8,40 euros

John Barton, délégué syndical et chartiste, tisseur dans une usine de Manchester, élève seul sa fille, Mary, depuis le décès de sa femme. Mary, jolie cousette de 17-18 ans, est plutôt vaniteuse et insouciante. Aiguillonnée par le désir d'échapper à la misère de son milieu social, elle dédaigne l'amour de son ami d'enfance, Jem Wilson, pourtant fidèle, courageux (ses prouesses lors de l'incendie de l'usine en témoignent) et bon ouvrier. Au contraire, Mary est flattée (plus que véritablement séduite) par les attentions que lui porte l'élégant Harry Carson, fils du patron d'une filature. Quel choix fera Mary ? L'intérêt de Mr Carson est-il sincère ou va-t-il déshonorer Mary ?

Cette histoire d'amour permet à Elizabeth Gaskell de décrire avec précision et lucidité le quotidien d'ouvriers pauvres d'une « ville noire », Manchester (mais ça pourrait être Birmingham ...), dans les années 1830-40, caractérisé par la surpopulation et une grande insalubrité. Elizabeth Gaskell relate des anecdotes absolument insoutenables sur ces familles d'ouvriers (la mort des jumeaux Wilson, la tragédie de la famille Davenport …) et pointe leurs conditions de travail inhumaines, les salaires de famine, l'emploi des jeunes enfants dès 5 ans, les journées de 12 à 16h, les logements insalubres …

Comme dans Nord et Sud, le sujet d'Elizabeth Gaskell est la place de l'amour dans une société divisée entre patronat et employés. Mais Mary Barton est un roman plus âpre, presque du Zola ou du Dickens (lequel loua d'ailleurs cet ouvrage et invita Elizabeth Gaskell à collaborer à son journal, Household Worlds).

Pour autant, cet aspect social ne se fait pas au détriment des personnages et de l'intrigue qui ne cesse de rebondir. En effet, les tergiversations amoureuses du trio Mary/Jem/Harry sont interrompues de la plus inattendue et définitive des manières et la narration s'emballe subitement. Mary tente de sauver xxxxx d'une exécution publique et paye de sa personne. Son caractère se forge et son courage se dévoile.

Outre Mary, les autres personnages possèdent sans conteste une profondeur et sont torturés par des dilemmes moraux qui les conduisent jusqu'aux portes de la folie ou du crime. Aucun n'est fondamentalement mauvais ou bon. Ainsi, John Barton, le père de famille ravagé par l'injustice sociale qu'il observe (et subit) depuis de trop longues années, distille dans le roman des phrases bien senties :

« Je préférerais voir [ma gamine] gagner son pain à la sueur de son front, comme la Bible l'ordonne – oui, quitte à ce qu'elle ait pas de beurre à mettre sur son pain -, plutôt que d'être une de ces femmes qui se tournent les pouces, font enrager les vendeurs toute la matinée dans les magasins, s'égosillent au piano tout l'après-midi et vont au lit sans avoir fait le moindre bien à une créature de Dieu sauf à elles-mêmes » (p.30)

La tante de Mary, Esther, est aussi un personnage intéressant : la prostituée qui veille dans l'ombre à la vertu de sa jeune nièce orpheline de mère. A la marge, le duo solaire de Bob Leigh tisseur et naturaliste/botaniste amateur et sa petite-fille aveugle, sage et mesurée, Margaret, met du baume au cœur des personnages et des lecteurs.

Pour conclure, j'ai énormément aimé cette chronique d'une ville industrielle de l'Angleterre victorienne. Elizabeth Gaskell y mêle avec virtuosité histoire d'amour et dénonciation de l'injustice sociale. Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il ne se passe rien dans les romans victoriens ! Elizabeth Gaskell enchaîne : incendie ravageur, harcèlement d'une jeune fille, assassinat, grèves d'ouvriers, morts de faim/misère, procès, course-poursuite en bateau, émigration au Canada … Un roman passionnant, émouvant et édifiant !

01 novembre 2016

« Nous étions si occupés à réécrire notre propre passé que nous avons saccagé leurs présents »

HP8Harry Potter et l'Enfant maudit J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne

Traduit de l'anglais par Jean-François Ménard (HP and the Cursed Child)

GALLIMARD / octobre 2016 / 340 pages / 21 euros

(*forcément quelques spoilers dans mon billet, mais peu*)

22 ans après la fin d'Harry Potter et les reliques de la mort, on retrouve Harry, Hermione, Ron, Ginny et Malefoy qui sont devenus des quadras débordés par leurs boulots respectifs et par l'éducation de leurs adolescents. En effet, Albus, le cadet des Potter, et Scorpius Malefoy sont des enfants qui pâtissent de la réputation de leurs parents et qui, contre toute attente, deviennent amis. Malheureusement, de nouveaux signes d'activités des forces du Mal sont observés … Et évidemment, Albus et Scorpius vont tenter d'y remédier en jouant avec le temps. Et les auteurs de jouer avec les "et si ?" : "que se serait-il passé si ... ?"

Passée l'étrangeté de lire HP sous forme de dialogues, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que l'action et les rebondissement ne manquent pas. J'ai même fini ma lecture avec une impression de « trop » : trop vite, trop de voyages dans le temps, trop de personnages … au détriment de moment de calme et de communication. Un comble pour une pièce de théâtre. En revanche, je comprends mieux pourquoi l'adaptation dure 5 heures !

Quant à l'histoire, je ne sais toujours pas quoi en penser.

J'ai trouvé peu crédible que Harry, avec son passé d'orphelin maltraité, soit un père aussi navrant. Il va jusqu'à avouer à Albus « qu'il y a des moments où j'aimerais mieux que tu ne sois pas mon fils » (p.52) … Cette relation conflictuelle, pour moi c'est un cocktail d'incrédulité, de tristesse et de 'pas envie de lire ça'. Pour les autres (Ron, Ginny, Herm, Draco, Minerva …) ils m'ont semblé de simples caricatures des enfants/adultes qu'ils étaient déjà.

En revanche, l'amitié entre les jeunes Albus et Scorpius est mignonne (malgré les sous-entendus homoérotiques de cette relation que apparemment, je suis la seule à percevoir, et qui me semblent surtout faits pour séduire un certain public adeptes de fanfiction – dont je fais parfois partie). Le Potter Serpentard et le Malefoy attachant, ça me plaît. Malheureusement, cette amitié n'est pas réellement exploitée (4 ans de Poudlard en 3 scènes !).

Enfin, l'intrigue (et l'identité du/des méchants) est aussi fine qu'une feuille de papier bible et je pense que tout lecteur aguerri devinera le dénouement largement avant la fin de la pièce … Etrangement aussi, la magie (celle des sorciers) est peu présente dans cette histoire - en dehors de gadgets magiques comme le Retrouneur de temps. Clairement, l'accent est mis sur la relation entre Potter / Malefoy et leurs fistons. Des relations de pères à leurs progénitures complexes, parfois troubles mais (heureusement) aimantes.

Il m'a fallu une journée de vacances pour dévorer cette pseudo-suite. Si je n'ai pas été déçue, c'est parce que je n'en attendais rien. Et malgré tout, j'ai trouvé ça plutôt mauvais … à lire. Mais j'adorerais la voir sur scène.

A year in England 2

31 octobre 2016

« La première chose que je vis d'elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu'enserrait la bride d'une sandale bleue »

le dernier des notres

Le dernier des nôtres de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

GRASSET / août 2016 / 488 pages / 22 euros

Werner Zilch, jeune entrepreneur et architecte américain est un coureur de jupons (voire misogyne et globalement antipathique). Enfant, il fut adopté par un couple de la classe moyenne. Son ambition dévorante et son amour fou pour la richissime Rebecca Lynch vont, de manière inattendue, faire ressurgir le récit de ses origines biologiques dont il ignore tout.

Cette histoire d'un self made man new-yorkais dans les années 60–70 se mélange avec le récit de ses origines familiales tragiques et sulfureuses, dans l'Allemagne pendant la guerre et l'immédiate après-guerre.

En effet (*spoiler*), les parents de Werner étaient des familiers du SS Werhner Von Braun, ingénieur et père des missiles V2. Adélaïde de Clermont-Tonnerre utilise une page méconnue (et contestable) de l'histoire américaine : l'opération « Paperclip » consistant à récupérer les savants et techniciens de l'industrie de guerre nazie pour les besoins des armées américaines (et pour éviter qu'ils ne tombent aux mains des soviétiques) en « supprimant » leur passé meurtrier. Ainsi le nazi Werhner Von Braum est apparemment devenu un savant américain reconnu et adulé pour ses travaux sur le voyage dans l'espace.

Si cet élément historique m'a indéniablement intéressé, dans l'ensemble, ce roman m'a agacé : narration pompeuse, name dropping (la Factory et Warhol, Donald Trump !! …), impression générale de superficialité … En outre, je n'aime pas l'idée qu'un enfant doive se justifier des actes commis par ses parents.

Pourtant j'ai achevé ma lecture car je tenais à savoir qui sont « les nôtres » du titre et pourquoi la romance entre Werner et Rebecca est « une histoire d'amour interdite au temps où tout était permis » (comme l'annonce le sous-titre). J'aurai pu m'abstenir : je n'ai pas cru à cette romance mièvre, le happy-end final est rocambolesque, les allers/retours entre le présent et le passé sont mal fichus et l'élément historique (l'opération Paperclip) est finalement peu développé … Bref, je n'ai pas aimé !

20 octobre 2016

Eilis imagina les années à venir, où ces paroles auraient de moins en moins de sens pour l'homme auquel elles étaient destinées

brooklyn

Brooklyn de Colm Toibin

Traduit de l'anglais (Irlande)

Éditions 10/18 (2016) / 331 pages / 8,10 euros

La jeune irlandaise Eilis quitte sa ville natale d'Enniscorthy, sa mère et sa sœur, pour occuper un emploi de vendeuse à New York. Naïve et seule, Eilis porte un regard craintif sur l'Amérique des années 50 et sur l'émigration (souvent subie) de milliers d'irlandais, juifs, italiens, norvégiens … Malgré tout, grâce à ses cours du soir et à une certaine rencontre, Eilis va découvrir qu'un avenir loin de son Irlande natale lui est envisageable …

Ce portrait en demi-teinte d'une jeune femme partagée entre la liberté anonyme du nouveau monde et son village où tout lui est familier est conforme à l'époque, à la condition et à l'éducation d'Eilis. C'est pourquoi, je ne me suis pas agacée de sa passivité et de son acceptation systématique d'un quotidien et de plaisirs placés sous la surveillance bienveillante de la paroisse (parfois étouffante) qui ne l'empêchent d'ailleurs pas de s'épanouir (timidement et probablement pas complètement certes).

Surtout, ce sont certains passages, décrits avec une minutie de détails qui fourmillent de vie et d'authenticité désuète qui m'ont séduite : la traversée transatlantique en 3ème classe (avec la tempête et le mal de mer d'Eilis), son mal du pays presque physique, le Noël à la salle paroissiale pour les indigents irlandais, le bal du vendredi soir (à la salle paroissiale), les bains de mer …

brooklyn-bannière

Bien que (encore une fois) la quatrième de couv' en dévoile trop sur l'histoire et que cela gâche un peu la surprise du lecteur, j'ai aimé cette histoire simple et le beau talent de conteur de Colm Toibin. J'ai maintenant envie de lire Nora Webster dont il est d'ailleurs fait mention dans Brooklyn.

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12 octobre 2016

« Le style effroyablement quelconque d'Ada trahit à coup sûr une machine »

Ada

ADA de Antoine Bello

NRF - Gallimard (juin 2016) / 361 pages / 21 euros

Californie, Silicon Valley. La « Turing Corporation » a créé une Intelligence Artificielle programmée pour écrire un roman d'amour, nommée Ada. Lorsque Ada disparaît, le directeur de l'entreprise fait appel à Frank Logan, un inspecteur de la « Task Force for Missing Persons & Human Traficking ». A travers l'enquête de Frank, homme de conviction mais technologiquement dépassé, se dévoilent les enjeux financiers, éthiques et sociétaux de l'IA.

Bien que Ada soit un roman nettement plus léger et malicieux que la (*merveilleuse*) série des Falsificateurs/Éclaireurs/Producteurs, on y retrouve de nombreux points communs.

Antoine Bello est un français qui raconte et écrit comme un auteur anglo-saxon (*pour moi, c'est un compliment*) et qui incarne ses personnages dans le monde décomplexé de l'entreprise et des innovations technologiques. A travers Frank, Antoine Bello semble laisse planer le doute : fait-il une dénonciation de la toute puissance de la science et du marché ? ou la parodie d'une vision passéiste de notre société ? Ses histoires regorgent aussi d'anecdotes documentées sur des sujets hétéroclites (les sources historiques d'inspiration de l'IA, Alan Turing, les romans sentimentaux …). C'est un cocktail qui me plaît.

On pourrait résumer le livre à l'échange (le duel?) entre Ada, sa froideur statistique et son implacable logique de machine, et Frank, idéaliste et homme d'émotions. Mais l'IA est un prétexte pour aborder un autre sujet, celui de la création littéraire. Une machine peut-elle écrire comme un humain ? Existe-il encore une création possible ou tout a-t-il déjà été écrit ? Antoine Bello se moque gentiment des romans sentimentaux formatés, du monde mercantile de l'édition mais également de lui-même. A ce titre, la fin du roman, qui interroge l'ensemble de l'histoire, est amusante et bien fichue.

Pour le moment, Ada est le seul livre de la rentrée littéraire que j'ai lu et je m'y suis beaucoup amusée !

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05 octobre 2016

« Je voudrais juste … être un homme qui est allé assister à un concert avec une jeune femme en robe rouge »

avant toi couv

Avant toi de Jojo Moyes

Traduit de l'anglais (Me Before You)

Bragelonne (Milady) / 2016 / 523 pages / 7,90 euros

Stotfold et son charme pittoresque et douillet de petite ville de campagne anglaise. Son château classé et … la touchante rencontre de Louisa et Will. 

*attention, quelques mini spoilers*

Louisa Clark est une jeune femme ordinaire, enjouée, excentrique dans sa façon de s'habiller, qui vit encore chez ses parents et fréquente le même petit ami depuis 7 ans. Will Traynor est un homme fortuné mais brisé par un accident qui l'a laissé tétraplégique, à la fois sarcastique, arrogant et vulnérable. A la recherche d'un emploi, Louisa devient la dame de compagnie de Will et tente de lui redonner goût à la vie. Petit-à-petit, ils s'apprivoisent …

Cette sympathique histoire repose sur l'opposition entre deux caractères tranchés qui vont s'aider l'un-l'autre. Louisa et Will ne viennent pas du même milieu social : Lou n'a jamais quitté sa ville natale, n'a pas fait d'études et n'a pas d'ambition particulière tandis que Will est un globe-trotteur, tête brûlée et juriste de formation. Pourtant, ils vivent la même vie étriquée : Will dans son fauteuil, Lou dans sa crainte de l'inconnu.

avant toi emily clarke

Je m'attendais à lire une romance un peu niaise. Or Avant toi est un roman qui interroge sur la qualité de vie des handicapés (l'état de Will n'est pas édulcoré) et sur le droit à mourir. Jojo Moyes n'émet pas d'avis tranché sur la question et propose au contraire un panel de réactions sur le sujet (notamment à travers les familles de Lou et Will et les forums internet où Lou communique avec d'autres tétraplégiques).

Pas vraiment une romance mais plutôt la jolie et fulgurante rencontre d'une fille paumée avec un type en fin de vie, Avant toi est une histoire triste mais pas larmoyante. J'ai beaucoup aimé.

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26 septembre 2016

« Dans une guerre, la première victime, c'est la vérité »

je suis pilgrim

Je suis Pilgrim de Terry Hayes

Traduit de l'anglais (I am Pilgrim)

Le Livre de Poche / 2015 / 909 pages / 8,90 euros

Scott Murdoch, ex-espion américain, appartenait à la Division c'est-à-dire une unité ultra confidentielle chargée d'éliminer les traîtres parmi les agents des services secrets. Bouleversé par les événements du 11 septembre, il démissionne et essaye de renouer avec une vie anonyme de citoyen américain lambda. « Le problème, avec le métier d'espion, c'est qu'on peut démissionner, mais on ne le quitte jamais tout à fait » (p.97). Ainsi, Scott doit rempiler pour traquer un terrifiant terroriste islamiste nommé le Sarrasin qui menace de détruire l'Amérique. Lequel, du terroriste ou de l'espion réussira sa mission en premier ? De New-York à Bodrum en Turquie en passant par l'Arabie Saoudite et la Russie, c'est une chasse à l'homme haletante et dangereuse qui commence pour Pilgrim, ce trentenaire patriote, impitoyable et courageux.

Je suis Pilgrim est à la croisée des genres et fait autant songer à la série 24 qu'à certains romans de Jean-Christophe Rufin. C'est une enquête policière (passionnante histoire qui commence dans les ruines du World Trade Center), un roman d'espionnage et une histoire de terrorisme. C'est une fiction à la fois très actuelle et réaliste mais dont on devine que Terry Hayes, par ailleurs scénariste pour le cinéma (From Hell, Mad Max 2), y déploie une imagination très fertile. L'histoire est extrêmement bien ficelée et la tension toujours maintenue.

Malgré des sujets brûlants d'actualité (terrorisme et passages de frontières, cybercriminalité, changements d'identité …), il ne faut pas s'attendre à une réflexion sur notre société. Néanmoins, l'action et les rebondissements ne se font pas au détriment des motivations des personnages. Terry Hayes prend le temps de bien développer ceux-ci : l'attachant flic new-yorkais victime du 11 septembre, l'espion blessé par son enfance et le terroriste saoudien animé par le désir de vengeance. L'auteur pointe d'ailleurs cyniquement les (foisonnantes) ressemblances entre son terroriste et de son espion.

Même si ce roman ne se distingue pas particulièrement par son originalité, il est hautement addictif. Et terrifiant. Ni les personnages ni les situations ne sont manichéens et franchement, les 900 pages défilent à une vitesse folle. Je conseille sans hésiter ! 

logo pavé 2016

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20 septembre 2016

« Tiens, cette enfant me rappelle un biscuit Oreo – vu de profil »

oreo livreOreo de Fran Ross

Traduit de l'anglais (États-Unis)

Première parution : 1974

Éditions 10/18 (Post-éditions) / 334 pages / 2016

Christine est surnommée Oreo parce que « quand ils voyaient le brun chaud de sa peau et son large sourire, qui découvrait des dents de bébé blanches comme le sucre, ils se disaient : 'Tiens, cette enfant me rappelle un biscuit Oreo – vu de profil'. Et c'est ainsi qu'Oreo reçut son nom » (p.66).

Philadelphie, années 60. Oreo est une jeune métisse (juive par son père et noire par sa mère) élevée par sa grand-mère maternelle et éduquée à domicile par des professeurs atypiques. En effet, Oreo n'est pas une enfant ordinaire : surdouée, rusée, insolente, féministe et débrouillarde, elle n'a que 16 ans lorsqu'elle part à New York pour retrouver son père qu'elle ne connaît pas. Commence pour Oreo une quête hasardeuse où elle croise des personnages folkloriques et parfois très inquiétants.

oreo

Ce roman, écrit en 1974 par une afro-américaine engagée et féministe, est étonnant par bien des aspects, et m'a déroutée avant de me charmer.

La richesse de l'écriture et des références de Fran Ross témoignent d'une immense culture. Par exemple, elle calque l'histoire d'Oreo sur celle du héros de la mythologie grecque, Thésée. Oreo devient le Thésée de Philadelphie des années 60 et on s'amuse à chercher les similitudes entre les deux. C'est à la fois drôle et extrêmement bien fait.

Également, Fran Ross tricote des phrases incroyables où se croisent yiddish, accent fleuri des anciens esclaves noirs, spécialités culinaires françaises, jeux de mots (parfois difficiles à comprendre après traduction) et inventions pures.

En outre, la narration n'est pas conventionnelle. Elle est très orale, rythmée par des paragraphes courts et de nombreuses digressions farfelues et cosmopolites. Pour autant, l'histoire est bien menée même si la première partie (les origines et l'enfance d'Oreo) est un peu lente par rapport à la seconde (quand Oreo arrive à New York) au rythme enlevé.

Drôle et déjanté (voire la pub pour les plateaux TV surgelés spécial Pessah), extrêmement original et porté par une héroïne pleine de ressources, Oreo est un roman comme je n'en avais encore JAMAIS lu.

Pour conclure, c'est une étrange expérience de lecture. Certes, j'ai aimé ma lecture mais j'ai aussi été consciente de passer à côté de références et de situations parodiques que je ne comprenais pas. Cela ne m'a pas réellement dérangée et je garderais un souvenir amusé de cet OVNI littéraire.

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