En_un_monde_parfaitEn un monde parfait de Laura Kasischke

Christian Bourgois / octobre 2010

20 euros / 331 pages

 

A 30 ans passés, Jiselle est une femme moderne, élégante et libre. Mais elle est également lasse de sa vie nomade et sans attaches d'hôtesse de l'air. Lorsque le séduisant pilote Mark Dorn, après une cour assidue, lui demande de l'épouser, Jiselle se sent prête à sacrifier sa liberté contre un rôle de femme et de mère au foyer. En effet, Mark a déjà 3 enfants d'un précédant mariage …

Et voilà Jiselle intronisée belle mère (marâtre) dans une ville dortoir de la banlieue de Chicago à supporter Sam (8 ans), Camille (15 ans) et Sara (16 ans) dont les caractères odieux n'ont d'égal que la passivité et l'absence de leur père.

L'originalité de Laura Kasischke est de situer son récit dans une Amérique en pleine décomposition : depuis quelques mois, une mystérieuse épidémie (la 'grippe de Phoenix') frappe ponctuellement le pays, provoquant des morts sans aucune logique de contamination. De temps en temps, Jiselle et les enfants apprennent la mort d'une personne célèbre mais la vie continue et les morts semblent bien lointains …

J'ai beaucoup apprécié la manière dont Laura Kasischke raconte, par petites touches, comment cette épidémie transforme le quotidien et les mentalités de cette famille : pas de changements du jour au lendemain mais une constante adaptation forcée aux événements.

En plus de l'épidémie, la météo semble se détraquer (chaleur intense, froid polaire), les animaux reprendre des droits sur les hommes, les pannes de courant deviennent plus fréquentes (coupant la maisonnée du reste du monde), l'essence vient à manquer … Comment s'organiser entre quasi inconnus (puisque Mark, dont on découvre la vraie nature soupçonnée depuis le début, disparaît …) ? Comment passer son temps sans école, TV, lumière ? … Jiselle et ses beaux-enfants reviennent à des occupations anciennes : tricot, lecture au coin du feu … pour recréer un monde presque parfait, à leur goût. Mais, à la fin du roman, le danger point à nouveau, dérangeant : (Jiselle) on sait cette tranquille vie autarcique et familiale, menacée par l'Extérieur (pillards ? Retour à la normalité ?)

J'ai également aimé les discours (les délires !) des personnages en quête d'explications : punition divine ? punition de la nature qui se venge de ce que les hommes lui ont fait subir ? Guerre avec une autre nation ? Bref, tous s'accusent : c'est la faute des jeunes dépravés, des hommes qui ne croient plus en Dieu, des États-Unis qui se voient littéralement boycottés par les autres nations …

Voici donc un beau roman dans l'air du temps, qui évoque inévitablement d'autres œuvres de SF comme La Route (roman de Cormac McCarthy) ou encore Phénomènes (Film de M. Nigth Shyamalan). Je le classe parmi mes préférés de Laura Kasischke (avec La Vie devant ses yeux / Rêves de garçons / La Couronne verte) même s'il lui manque un 'petit quelque chose' pour être aussi émouvant …