lafemmeduvampireLA FEMME DU VAMPIRE de NINA BLAZON

Traduit de l'allemand (Totenbraut)

Seuil / novembre 2010

390 pages / 16 euros


Serbie, XVIIIème siècle.

La jeune JASNA est vendue par son père, à JOVAN VUKOVIC, un riche commerçant, qui cherche une épouse pour son fils DANILO. A 16 ans, la jeune fille doit donc quitter la maison familiale et ses 5 sœurs pour accompagner son nouveau beau-père jusqu'à la frontière Ottomane et se coucher dans le lit d'un homme dont elle ignore tout.

Certes rien de réjouissant pour JASNA qui, arrivée au domaine des VUKOVIC, se retrouve maîtresse d'une étrange maisonnée : 3 tours délabrées, une servante muette et superstitieuse, l'ombre omniprésente d'une épouse décédée … Pourtant, JASNA n'est pas mal traitée : son ombrageux beau-père se révèle un conteur extraordinaire dont JASNA partage la passion des chevaux, DANILO délaisse sa couche au profit d'une séduisante veuve et personne ne lève la main sur elle … Bref, JASNA pourrait bien s'accommoder de sa nouvelle situation (a-t-elle d'ailleurs vraiment d'autre choix ?)

Malheureusement, le cauchemar ne fait que commencer pour elle …

Rapidement, les mystères s'amoncèlent aux 3 tours : JASNA aperçoit des ombres fantomatiques aux fenêtres, les chevaux sont vidés de leur sang chaque nuit, des objets disparaissent, un loup se promène dans la forêt et surtout tout le monde s'arrange pour lui cacher un secret … Elle s'interroge : DANILO est-il un vampire ? Est-elle devenue la FEMME DU VAMPIRE ??

Une nuit, les habitants des 3 tours sont victimes d'un vol de chevaux qui tourne mal. JOVAN y laisse sa vie et JASNA apprend enfin (une partie du) mystère de sa famille : l'existence de VAMPIRE, le fils cadet victime d'une malédiction lancée sur son père.

Parallèlement, les évènements effrayants gagnent le village : moutons égorgés, villageois malades qui décèdent en quelques heures après des fortes fièvres accompagnées de plaques bleues autour du cou … Bref, la panique s'intensifie, les superstitions populaires flambent et on soupçonne la famille VUKOVIC, réputée damnée.

Le danger se précise pour JASNA et il ne vient peut-être pas des morts comme elle l'avait précédemment imaginé … mais bien de l'ignorance d'une foule manipulée et de la cupidité de certains. D'autant plus qu'elle a juré sur la tombe de JOVAN de protéger VAMPIRE, dut-elle y laisser sa vie !

JASNA est ainsi plongée au cœur d'une histoire où personne n'est vraiment ce qu'il prétend être, où les secrets révélés cachent d'autres secrets plus noirs encore. Page 257, JASNA s'emporte : « Ici, au domaine, il y a autant de vérités que de chambres […] Aucune ne ressemble aux autres. Est-ce là la vérité ? La vérité définitive ? »

Certes, l'histoire n'est pas complètement originale : les croyances d'Europe centrale dont elle s'inspire sont assez connues (vampire, dhampire, loup garou …). Malgré tout, il n'existe pas (il me semble) d'équivalent dans la littérature de jeunesse.

En outre, la narration est très habillement conduite : on ne s'ennuie pas, les surprises interviennent régulièrement, les personnages sont psychologiquement intéressants (à l'image du tourmenté et honnête DANILO). Les superstitions des villageois angoissés sont contre balancés par les théories du médecin TRAMNER et il est intéressant de noter que tous les mystères semblent finalement obtenir des explications rationnelles …

Loin de l'image trompeuse de la couverture du roman (jeune femme manucurée dans une somptueuse robe de bal rouge vif), JASNA est une paysanne pauvre et illettrée, vêtue de marron terne et coiffée d'un modeste fichu à la mode serbe. Pourtant, c'est une héroïne forte à travers laquelle l'auteur évoque la condition des femmes dans les sociétés archaïques : vendue et exilée, JASNA tente de se faire une place dans un village où tout le monde la rejette et où on lui interdit même l'entrée dans l'église. Sa solitude ne prend fin qu'avec la rencontre d'un bucheron itinérant au passé trouble, à la langue acérée mais au cœur sensible nommé DUSAN.

Deux raisons supplémentaire de lire (dévorer) ce roman ?

1) C'est une alternative culturellement intéressante à la BIT – LIT : pour une fois, les vampires ne sont pas beaux, sexy et américains ! (et ça fait du bien !!)

2) En fin de volume, NINA BLAZON explique s'être inspirée de traités médico-scientifiques et de rapports officiels du XVIIIème pour rédiger son histoire. On peut donc la présenter aux jeunes comme étant adaptée de 'faits réel'

Pour plus de renseignements : le site de NINA BLAZON (malheureusement réservé aux germanophones … mais quoi de mieux en cette semaine franco-allemande ?)

Ce livre fait partie de la SELECTION RICOCHET : voir ICI pour leur critique.