untitledL'Auberge rouge, Honoré de BALZAC

Nathan (Carrés classiques) / 2010

94 pages / 3,90 euros

 Nouvelle incursion de ma part dans la littérature classique : cette fois-ci, j'ai sélectionné un auteur français (et non des moindres), BALZAC. L'Auberge rouge est une nouvelle rédigée entre 1830 et 1831. Elle appartient à la section « Etudes philosophiques » de la Comédie Humaine (comme la Peau de Chagrin).

Il s'agit d'une histoire dans l'histoire.

 En 1830, après un diner bien arrosé chez un ami banquier, le narrateur entend une histoire 'sanglante' (mais certifiée vraie !) :

Cette histoire se passe en 1799, pendant les guerres révolutionnaires : 2 étudiants en médecine traversent l'Allemagne pour rejoindre leur garnison (ils sont mobilisés) et passent la nuit dans une auberge. L'alcool aidant, un autre client (un commerçant) révèle qu'il possède une malle emplie d'or … A l'aube, il est retrouvé mort, la gorge tranchée et l'or volé !

Un vrai drame s'est en effet déroulé cette nuit là : un des 2 jeunes hommes envisage le crime, élabore un plan, calcule ses chances … avant de revenir à la raison, tandis que l'autre passe à l'acte sans scrupules ! Évidemment, c'est l'innocent qu'on accuse & le coupable qui disparaît.

Retour en 1830 : l'assassin assiste justement au diner où l'histoire de son forfait est contée ! Nous apprenons alors que la Justice divine s'est montrée moins clémente pour lui que la Justice humaine puisque il souffre mille maux de culpabilité pour le double crime dont il est responsable.

Le récit se termine par un cas de conscience du narrateur : l'assassin se révèle être le père de la jeune fille qu'il aime (Victorine Taillefer) : il souhaite épouser cette demoiselle mais craint de se rendre complice du crime, notamment en touchant la dot bien mal acquise jadis … Que va-t-il décider ?

Il s'agit d'un récit très court mais assez intense qui brasse des thèmes forts comme la culpabilité, la peine de mort (et les erreurs judiciaires), la cupidité (et ce qu'elle rend les hommes capables de faire), les facettes noires d'une âme a priori pure …

L'atmosphère est pesante avec une réelle dimension fantastique, car rien n'est vraiment élucidé. A ce titre, l'édition de NATHAN est assez agaçante : en effet, les points d'explication interviennent avec anticipation dans le fil du récit (difficile de les ignorer) & révèlent des éléments de l'intrigue ! Bref, même avec du BALZAC on risque d'être spoilé (un comble !)

Une nouvelle qui pourrait faire l'objet d'une lecture dans une classe de 3ème (thème au programme : la peine de mort) ou des lycéens.

Enfin, à pas confondre avec L'Auberge rouge : l'énigme de Peyrebeille, 1833 (de Michel Peyramaure d'après un fait divers), adaptée au cinéma par Claude Autant-Lara en 1951 (avec Fernandel) où des voyageurs se font trucider dans une auberge (française, cette fois-ci) par le couple de propriétaires. Apparemment, il n'y a pas de lien avec la nouvelle de BALZAC.