FOLLES NUITS de JOYCE CAROL OATES

Chez Philippe Rey / mars 2011 / 231 pages / 19 euros

FNOA travers 5 nouvelles, Joyce Carol OATES plonge le lecteur dans les derniers moments de vie (minutes, heures ou jours) de 5 géants de la littéraire américaine : Edgar Allan Poe (1809 - 1849), la poétesse Emily Dickinson (1830 – 1886), Mark Twain (1835 – 1910), Henry James (1843 – 1916) et Ernest Hemingway (1899 – 1961).

Inutile de revenir sur la maîtrise parfaite de ce genre par JCO (se rappeler Vous ne me connaissez pas - Philippe Rey, 2006 - suffit). Pourtant, je craignais d'avoir un bagage culturel insuffisant pour apprécier (sinon comprendre !) ces nouvelles. En effet, de ces 5 auteurs américains, j'ai bien lu quelques œuvres mais ne savais [presque] rien de leurs vies !

Mes craintes étaient infondées : je suis entrée dans chaque texte avec bonheur et aisance, goutant l'inventivité de JCO. Se prêtant à un exercice littéraire risqué (faire 'revivre' et mourir des personnalités connues et unanimement admirées), JCO se garde de faire une biographie (ou pire ! Une hagiographie) : il s'agit d'œuvres de fiction. Néanmoins très documentées et s'appuyant sur des éléments biographiques authentiques (citées en fin de volume) et la connaissance très fine par JCO des écrits des auteurs dont elle parsème ses textes poussant le vice jusqu'à adopter leurs styles d'écriture respectifs !

En outre, ce n'est pas un hasard si JCO a réuni POE, DICKINSON, TWAIN, JAMES ou HEMINGWAY dans ce recueil : à eux 5, ils brassent les thèmes récurrents de son œuvre. Bien que génies (et reconnus comme tels de leur vivant sauf E. Dickinson), se sont des personnages perturbés : proches de la folie (POE, HEMINGWAY), torturés par leurs frustrations sexuelles (JAMES présenté comme un homosexuel qui s'ignore, Mark TWAIN attiré par les petites filles), asociaux (E. Dickinson vivant en quasi recluse), ils souffrent, ils émeuvent, ils dérangent …

Dans « EDickinsonRépliLuxe » JCO emprisonne l'âme d'Emily Dickinson dans un robot 'grandeur nature' vendu en grande surface et adopté par un couple désillusionné du XXIème siècle pour lui tenir compagnie.

Dans « Grand-papa Clemens et Poisson-Ange » on découvre Mark Twain (Les Aventures de Tom Sawer) en vieillard scandaleux qui courtise en cachette de sa famille des écolières pré-pubères qu'il délaisse dès qu'elles ont atteint l'âge limite de 16 ans. Une nouvelle qui fait véritablement frémir et évoque la manipulation mentale, la cruauté …

Dans « Le Maître à l'hôpital Saint-Bartolomew » Henry James (Portrait de femme, La Coupe d'Or …) est présenté comme le visiteur bénévole d'un hôpital londonien pendant la guerre. Il tombe sous le charme des corps mutilés des soldats blessés, si éloignés de ses œuvres.

Dans « Poe Posthume, le Gardien de Phare », JCO fait de POE le cobaye volontaire d'une « expérience sur les effets de l'isolement extrême chez l'homo sapiens moyen ». Seul au large du Chili avec son fidèle terrier, il prête bientôt des intentions maléfiques aux créatures aquatiques grouillantes qui l'entourent.

Enfin, dans « Papa à Ketchum » (celle que j'ai le moins apprécié), JCO imagine les dernières pensées d'Ernest Hemingway avant son suicide qui sont principalement tournées vers son père, également suicidé.

Voilà encore un livre de Joyce Carol OATES qu'on n'oublie pas une fois la dernière page lue : c'est fort, c'est beau, c'est ignoble, c'est émouvant, c'est délirant, c'est un plaisir de lecture !! A lire par les amateurs de JCO mais également par tous les amoureux de littérature : d'avoir fait quelques recherches sur Internet m'a effectivement donné envie d'en savoir plus sur Emily Dickinson ou encore, de relire Henry James …