Il faut qu'on parle de Kevin de Lionel SHRIVERcouv ifqopdk

traduit de l'américain

BELFOND / 2006

485 pages / 22 euros.

Il faut qu'on parle de Kevin est le cri du cœur, l'injonction d'une mère à son ex-époux. Oui ! il faut qu'EVA parle de KEVIN, son fils de 15 ans auteur d'un massacre lycéen comme à Colombine, en 1999. Le 'score' de KEVIN, puisque c'est bien de ça qu'il s'agit pour l'ado : un jeu ? 1 professeur, 1 homme de service et 5 adolescents abattus de sang froid. Plusieurs blessés. Oui, il faut qu'EVA dise tout, tout ce qu'elle sait, ce qu'elle a tu, les tabous, les hontes, ses colères … et surtout COMMENT son fils en est arrivé là. Le POURQUOI, elle doute qu'il y en ait un, de toute manière.

C'est à travers ce témoignage d'une mère, sec et sans pathos inutile, composé de dizaine de lettres rédigées entre novembre 2000 et avril 2001 que Lionel SHRIVER nous invite à découvrir les origines du drame. Et nous voilà embarqués dans le calvaire quotidien de cette mère courage, contrainte d'élever un enfant souffrant d'un (fort) trouble du comportement non diagnostiqué. En effet, tandis que KEVIN joue le rôle d'enfant 'modèle' avec son père, il n'épargne rien à sa mère. Et le lecteur de lire Il faut qu'on parle de Kevin avec un certain plaisir sadique : à chaque fois, je me disais 'ce n'est pas possible, il ne pourra pas faire pire que ça, maintenant !'. ERREUR …

Il faut qu'on parle de Kevin est un livre grinçant, dérangeant, porteur de nombreuses questions. Lionel SHRIVER ne cherche pas à expliquer le geste de KEVIN par son appartenance à un gang, les jeux vidéo, le hard rock, la fascination pour les armes ou le nazisme … comme c'est souvent le cas dans les médias. Au contraire, elle dresse le portait (d'autant plus saisissant qu'il est fait par sa propre mère !) d'un enfant précocement cruel et sadique, insensible à la peine des autres, trop intelligent, rusé … Lionel SHRIVER interroge surtout (O tabou !) la responsabilité des parents : EVA a vécu sa grossesse et son accouchement comme une aliénation de son propre corps, une épreuve imposée pour contenter son mari qu'elle aime plus que tout. Elle N'a PAS cet instinct maternel dont on (QUI ?) prétend qu'il doit être inné. Alors, est-ce SA faute à elle si KEVIN zigouille ses semblables ? Ou bien est-ce la faute de ce père aveugle, trop laxiste, qui refuse de voir KEVIN tel qu'il est vraiment ?

Cette famille est également une critique de la société américaine, du bel 'american way of life' des années 80 – 90. En effte, on assiste à l'évolution sur une vingtaine d'années, de EVA et FRANKLIN, bobos new-yorkais qui, après la naissance du premier enfant, se transforment en famille américaine conservatrice : EVA sacrifie sa carrière professionnelle pour élever KEVIN, puis c'est l'emménagement dans un pavillon luxueux et 'sécurisé' de banlieue, les bonnes écoles pour les enfants, la pratique du sport et de la culture … le tout, toujours en famille et tant pis si le couple se délite. La détresse et la solitude d'EVA 'coincée' dans cette vie (avec un enfant monstrueux qui lui a déclaré la guerre) fait froid dans le dos

Enfin, Il faut qu'on parle de Kevin regorge de surprises : la relation entre Kevin et sa mère est stupéfiante, je m'attendais à tout sauf à être émue et pourtant, ce fut le cas. Je m'attendais à tout sauf à être étonnée (évidemment, puisqu'on connait dès le début la fin dramatique du roman !) et pourtant, j'ai été bluffée par les dernières pages, je n'ai rien vu venir …

Bref, il s'agit d'un livre aride, dur, parfois assez intellectualisé, à prendre pour ce qu'il est : une fiction inspirée des différents massacres réellement perpétrés par des adolescents dans des écoles américaines mais une FICTION cependant. Pas un documentaire. Poignant et horrible.

Un film a été adapté du livre : We Need to Talk About Kevin de Lynne Ramsay avec la splendide TILDA SWINTON dans le rôle d'EVA. Il sortira en France le 28 septembre 2011.

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