Waterloo Necropolis de Mary Hooperwaterloonecropolis

traduit de l'anglais

Les Grandes personnes / mai 2011

313 pages / 17,50 euros

WATERLOO NECROPOLIS est un beau roman historique que j'ai lu avec un énorme plaisir et qui va dignement rejoindre l'étagère de ma bibliothèque consacrée aux auteurs et récits victoriens.

C'est l'histoire de 2 orphelines, GRACE et sa sœur LILY, dans le Londres des années 1860. Elles doivent se débrouiller seules en vendant du cresson dans la rue afin de payer leur loyer dans un taudis de SEVEN DIALS. Mais quand celui-ci est détruit et ses habitants jetés dehors sans ménagements, GRACE est contrainte d'accepter un emploi dans la famille UNWIN : elle devient pleureuse d'enterrement tandis que LILY, jeune fille simple d'esprit reçoit une formation de bonne.

Dès les premières pages, MARY HOOPER captive son lecteur par un habile effet de surprise : ce n'est pas un parent que GRACE vient visiter dans le cimetière de BROOKWOOD mais son propre bébé mort né qu'elle vient 'enterrer' (ou plutôt, comme elle n'en a pas les moyens, 'ajouter' secrètement au cercueil d'un riche décédé, pratique apparemment courante à l'époque !). Et oui ! WATERLOO NECROPOLIS n'est pas une bluette : le lecteur est plongé dans un récit au rythme entraînant qui mêle romance (à peine), intrigue policière, suspens (parfois) angoissant et critique sociale. Il y sera question d'injustice, du viol de jeunes filles confiées à des œuvres de charité, d'héritages spoliés, d'usurpation d'identité … et de manière générale, de la condition de vie des pauvres et des femmes à l'époque victorienne.

On apprend des tas de petites choses étonnantes dans ce roman. D'abord, sur les métiers exercés par les plus démunis : maquilleurs d'oiseaux, spectacles de happy families … qui évoquent les délinquants d'OLIVER TWIST. Mais la plus savoureuse est évidemment le commerce du deuil (« les marchands de la mort » comme disait CHARLES DICKENS) représenté par la sinistre famille QL%20HighgateUNWIN, à la tête d'une entreprise de pompes funèbres aussi prospère que tentaculaire et malhonnête. MARY HOOPER décrit fort bien cette Angleterre victorienne où la mort est omniprésente et où les épidémies déciment les pauvres massés dans des taudis insalubres et surpeuplés jusqu'aux membres de la famille royale puisqu'en 1861, c'est l'époux de la Reine VICTORIA qui décède de la typhoïde. Un deuil national est alors imposé.

Malgré cette toile de fond assez sombre (et détonnant dans la littérature de jeunesse !) d'une héroïne déambulant dans les cimetières, portant le grand deuil pour travailler et effectuant des broderies avec les cheveux des morts, WATERLOO NECROPOLIS n'est pas un roman morbide, bien au contraire puisque (littérature de jeunesse oblige !) il s'achève sur un happy end digne de Princesse Sarah.

A noter, en fin de volume, des apports historiques très clairs et passionnants proposés par l'auteur sur les sujets suivants : la mort et le deuil à l'époque victorienne, Victoria et Albert, Charles Dickens (qui apparaît furtivement dans le roman), les pauvres à l'époque victorienne et enfin l'express funéraire Nécropolis qui donne son titre au livre. En effet, au milieu du XIXème siècle, les cimetières de centre ville étant 'surpeuplés', la municipalité londonienne fut obligée de trouvernecropolissationentrancewaterloo1890r_preview d'autres lieux pour inhumer les morts, en banlieue. Pour s'y rendre, les londoniens devaient ainsi se rendre à une station de train dédiée au transport des cercueils et des cortèges funèbres (Waterloo) et emprunter un train (le Nécropolis) dont l'usage unique était de desservir le cimetière de BROOKWOOD ! Cette station faut détruite pendant la Seconde guerre mondiale. Pour plus de renseignements, consultez ce site.

A découvrir sur la même époque (et les mêmes thématiques : condition de la femme, injustices envers les plus pauvres …) mais cette fois-ci en France : Satin Grenadine et Séraphine de Marie Desplechin (Ecole des Loisirs).