Du-domaine-des-murmuresDu Domaine des Murmures de Carole Martinez

Gallimard / juin 2011 / 200 pages / 16,90 euros

Chuttt !!! Suivez la guide, Esclarmonde : elle va vous raconter l'histoire et les légendes du château des Murmures … Ainsi qu'une magnifique et romanesque histoire : la sienne ! Celle d'une jeune noble du XIIème siècle que son père voulu marier de force, à un homme frustre et violent. Mais ESCLARMONDE eut le courage de refuser cette union. Cependant, en 1187, le seul moyen de fuir un mariage et d'échapper à la toute puissance des hommes est la réclusion. Bien qu'adolescente, ESCLARMONDE décide donc de se donner à Dieu et de s'emmurer vivante : « j'avais choisi de mourir au monde à 15 ans » (page 29), échangeant une prison contre une autre, s'en remettant à sa foi et à Dieu. Pourtant rien ne se passe comme prévu : alors qu'elle pensait s'isoler du monde des vivants, ESCLARMONDE devient au contraire une sorte intercesseur entre Dieu et les villageois qui viennent lui confier leurs soucis, leurs péchés, leurs craintes … et qui la pense dotée d'une clairvoyance miraculeuse. Cette aventure va la mener jusqu'en Terre Sainte et à vivre des événements qu'elle n'aurait jamais soupçonné.

5 bonnes raisons de lire ce livre (s'il en est encore besoin !) :

    • Pour la magnifique citation de GEORGE DUBY, historien médiéviste selon mon cœur : « Des dames du XIIème siècle, je ne saisirai donc cette fois encore qu'une image. Un reflet, vacillant, déformé »qui ouvre le roman de Carole Martinez.

    • Pour ESCLARMONDE, jeune fille rebelle et étonnement moderne.

    • Pour LOTHAIRE de MONTFAUCON et sa métamorphose après le refus de sa promise de l'épouser : de guerrier sanguinaire et violeur de damoiselles, il devient un troubadour sensible, plein de grâce et d'amour. Et en plus, Carole Martinez rend ça crédible !

    • Pour cette savoureuse tirade qui rétablit la vérité sur l'amour courtois, chants destinés à galvaniser les hommes : « Moi, j'avais cessé de trembler pour ces jeunes gens en armes, j'avais compris que la belle succombait toujours dans ces contes bleus, que le chevalier gagnait toutes les batailles. Comment douter de sa puissance ? La lutte, ô combien inégale, était perdue d'avance. La dame se devait d'accepter les hommages, elle mettait à l'épreuve et, les obstacles passés, s'offrait en récompense à celui qui avait su être patient et ne s'était pas contenté de délacer sa culotte. Ces récits étaient chantés pour lui, le seul véritable héros de la Fine Amor » (page 22)

    • Et enfin, pour ce magnifique monologue qui porte le roman, d'une profondeur rare et qui saisi le lecteur à l'âme. J'ai vraiment eu l'impression qu'ESCLARMONDE s'adressait à moi ! Et aussi parce que les premières lignes « Je suis l'ombre qui cause ... » (page 17) m'a rappelé un chouette passage d'un chouette épisode de Buffy contre les Vampires (saison 7, épisode 20 lorsque ayant capturé un Bringer, Willow trouve un moyen de lui donner la parole et qu'il s'exprime par la bouche d'Andrew …)

Bref, voilà un magnifique roman plein d'amour, de sang, de vie, de mort porté par une écritureLa-passion-selon-Juette-1 précise et riche, parfois très poignante. A lire, sur la condition des femmes au Moyen âge et leur rébellion, la religion : La Passion selon Juette de Clara Dupond Monod.