68313608Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier

ROUERGUE (DoAdo) / septembre 2011 / 102 pages / 9,50 euros

Damien est un adolescent paralysé par un manque d'estime de lui-même abyssal et par une peur obsédante. Peur de dire, de faire. Parce que dire ou faire c'est déjà choisir, s'affirmer, exister. « Moi j'ai toujours vu que ce qui est sombre, ce qui est noir et effrayant, les monstres sous le lit, les fantômes dans le placard, la mort à l'angle de la rue. » (p. 11). Alors, Damien encaisse tout en silence : les coups, les railleries familiales … Son seul exutoire c'est l'automutilation, « mon soulagement sur demande » (p. 46). Un jour pourtant, il rencontre SAMY et sa bande d'amis au look androgyne et gothique. Bouffée d'air frais. Damien, qui s'est toujours trouvé d'une banalité affligeante, est séduit par leur façon d'être. Et bientôt, Damien découvre qu'il est amoureux de SAMY. La famille de DAMIEN l'apprend et son père lui interdit formellement de fréquenter ses nouveaux amis.

De l'expression d'un mal-être adolescent 'ordinaire', DAMIEN sombre dans une spirale de destruction et de souffrance vraiment intolérables jusqu'au dénouement final cauchemardesque, à l'occasion de l'anniversaire de ses 16 ans. L'adolescence est l'âge de tous les possibles. Pour le meilleur comme pour le pire. Effectivement, Le faire ou mourir possède la caractéristique de s'achever sur 2 réalités différentes (alternatives ? Fantasmées ?) : l'une d'autant plus cataclysmique que l'on ne s'y attend pas et l'autre, optimiste (et je remercie l'auteur d'avoir ajouté cette lueur d'espoir pour contrebalancer son récit !). Laquelle des 2 est la vraie ? Impossible de trancher, c'est au lecteur de faire son choix.

Le faire ou mourir est un roman qui aborde des sujets très sensibles (voire tabous) dans la littérature de jeunesse : le suicide des adolescents, l'automutilation … de manière crue et très réaliste. De même, l'homosexualité (qui n'est PAS le sujet du livre mais un thème parmi d'autres) est traitée sans pudibonderie : SAMY et DAMIEN s'embrassent, s'étreignent, hésitent avant de passer à l'acte … et surtout refusent d'être catalogués : Damien explique plusieurs fois qu'il ne pense pas être homo, il aime 'seulement' un garçon. Idem SAMY, qui le revendique. Ce qui compte, ce n'est pas le sexe (le genre) mais la personne.

Le faire ou mourir est un roman très sombre, dans lequel le lecteur souffre pour DAMIEN dont le père, complètement intransigeant, fait montre d'une violence psychologique inouïe (voire le passage où il jette à la poubelle les affaires de son fils – dessins, vêtements, livres, CD - « tout ce qui ne lui semblait pas intéressant » p. 34 – 35 !). DAMIEN ne trouve pas de soutien auprès de sa mère, muette ou sa sœur, odieuse (cruelle ?). Pas étonnant qu'il soit si perturbé ! Et l'on comprend vite que DAMIEN ne se sent bien, vivant, que lorsqu'il se détruit ou des les bras de SAMY (mais c'est une relation rendue impossible par sa famille).

Le personnage de SAMY éclaire (heureusement pour nous !) le roman. C'est un personnage solaire, positif, élevé par une mère charmante et très libérale, qui ne se formalise pas de trouver son fils de 17 ans au lit, dans les bras d'un autre garçon. Il est doux, tendre, tente d'aider DAMIEN dont il appréhende progressivement tout le mal-être. Au contraire de DAMIEN, SAMY ne semble avoir peur de rien, il a des projets d'avenir. C'est une sorte d'ange, évidemment magnifié par la parole de DAMIEN, très amoureux.

Le roman de Claire-Lise Marguier fonctionne sur ces couples opposés : le sombre DAMIEN / le lumineux SAMY, la famille de DAMIEN / celle de SAMY. On peut d'ailleurs déplorer une certaine exagération et on aurait aimé davantage de nuances … Pourtant, la dernière page refermée, c'est une impression de coup-de-poing qui prédomine, qui fait oublier les petits défauts. L'impression d'un drame évité (ou pas ?) de justesse. Un message finalement optimiste mais qui laisse un goût amer dans la bouche.

EXTRAIT : « Je fais pas exprès, SAMY, je te jure […] Je sais pas de quoi j'ai envie. Je sais jamais ce que je pense, ce que je ressens, ce que je dois décider ou choisir. Ça m'angoisse à mort de trancher. J'ai beau réfléchir, je sais pas qui je suis ni qui j'aimerais être. J'ai beau chercher j'ai pas de but, pas de projets » (p. 51)