la 1ère foisLa Première fois (Losing it), anthologie réalisée par Keith Gray

GALLIMARD SCRIPTO / mai 2011 / 249 pages / 9,50 euros

Recueil de 8 nouvelles d'auteurs jeunesse britannique reconnus : Melvin Burgess, Sophie McKenzie, Anne Fine, Patrick Ness, Keith Gray, Bali Rai, Mary Hooper et Jenny Valentine. La sexualité des adolescents y est abordée sans tabous et de manière [relativement] plurielle (c'est-à-dire avec humour ou au contraire à l'occasion d'évènements dramatiques, du point de vue des garçons, des filles, d'adultes, hétéro ou homo …). Et surtout [globalement] les auteurs ne sont ni naïfs (leurs jeunes regardent du porno, ont un vocabulaire très cru …) ni moralisateurs. Rien que cela mérite d'être salué : La Première fois est à mettre entre toutes les mains dès le collège.

 Dans La Majorité sexuelle de Jenny Valentine, une grand-mère déclare en plein repas dominical : « Il était si beau […] Tout en muscles. Et bien monté, vous auriez vu ça » (page 33). Gêne des adultes qui tentent de l'ignorer, stupeur des adolescents puis honte puis envie d'écouter. Or Dora, cette grand-mère, n'est pas sénile : elle voudrait seulement que ses petits enfants sachent plus de choses sur le sexe qu'elle au même âge. Amusant.

Çà se passe autrement pour les garçons de Patrick Ness aborde le thème de l'homosexualité de manière originale (dans le fond comme dans la forme !). Les jeunes personnages peuvent y parler de tout sans tabous puisque l'auteur choisit de noircir tous les mots 'sensibles' avec une justification aussi juste que pleine d'ironie : « On peut pas se passer de certains mots parce que c'est la vraie vie, mais on ne peut pas les imprimer parce qu'on est trop jeunes pour lire ce qu'on fait » (page 93). La censure qui sévit en littérature de jeunesse en prend un coup !

La serviette blanche de Bali Rai change d'époque et de lieu. En effet, alors que son amie plaisante sur l'idée de la virginité PREET, jeune fille d'origine indienne, lui raconte l'histoire de sa tante, victime d'un « crime d'honneur ». Tragique.

Charlotte de Mary Hooper (que je viens de découvrir avec Waterloo Necropolis) emmène le lecteur au XIXème siècle, à Londres. Charlotte doit nourrir ses petits frères après le décès de leur mère. Malheureusement, elle est piètre couturière et le jeune homme qui lui avait promis le mariage tarde à venir les sauver. La seule alternative qui s'ouvre à elle ne peut qu'être tragique : la prostitution.

Les autres nouvelles sont inégales mais celle d'Anne Fine, Faire l'amour ou le trouver, véhicule une image de l'éducation à la sexualité carrément dépassée (enfin je l'espère !!) où une enseignante d'âge mûre se livre à l'enfilage de capotes sur bananes (cela ne se pratique plus, si ??). Son discours est stéréotypé, sans véritable dialogue ni ouverture.