joursJours sans faim de Delphine de Vigan

J'ai Lu / 124 pages / 2008 / 5,60 euros

Jours sans faim n'est pas un énième roman sur l'anorexie. Au contraire, c'est le parcours d'une jeune fille vers la guérison. Le discours est rétrospectif : le lecteur sait dès le début que Laure est vivante (et en bonne santé) et assiste à sa (progressive et salvatrice !) prise de poids.

Avec lucidité et dérision, Delphine de Vigan raconte l'histoire de Laure (19 ans) qui sentant qu'elle va mourir, accepte l'hospitalisation. Internée pendant 3 mois dans une unité spéciale d'un CHU parisien, Laure a pleinement conscience de son état, de sa maladie et trouve son origine dans ses problèmes familiaux. (la violence psychologique du père qui apporte un sachet de fruits apéritifs secs à sa fille anorexique est hallucinante !). Petit à petit, Laure tisse des liens avec les habitants de ce microcosme : personnel soignant qui la materne, patients (autres anorexiques, personnes âgées à la dérive …) et témoigne de leurs maux (et mots) avec beaucoup de tendresse.

J'ai apprécié la justesse de ce roman ainsi que la multitude de sentiments exprimé par Laure : compassion envers les autres malades, culpabilité envers sa petite sœur, romance fantasmée avec le docteur qui la soigne … J'ai aimé de voir les liens se renouer autour de cette toute jeune fille perturbée mais forte et qui veut vivre. Je me suis attachée à ce personnage. Jours sans faim est un roman comme un message d'espoir mais qui ne censure pas la réalité de la guérison (ni de la maladie d'ailleurs !) : rechutes (incarnées par la voisine de chambre de Laure, Fatia, très émouvante), difficulté à manger, à vivre tout simplement …

Extraits : « L'anorexique dont je vous ai parlé, Anaïs, figurez-vous qu'elle change de tenue trois ou quatre fois par jour, un vrai défilé de cintres » (page 102)

« [les amis] La plupart se sont tus, ils ont fait comme si de rien n'était, ou bien ils se sont éloignés, en sifflotant. Certains ont cessé de la voir, mais les autres se sont accrochés aux rideaux. Elle pense à ceux-là qui ne l'ont jamais laissée tombée, qui continuaient d'appeler, de passer, sans jamais rien recevoir d'elle » (page 97)