les mystères de la forêtLes Mystères de la forêt de ANN RADCLIFFE

1ère parution : 1791

Traduit de l'anglais. Titre original : The Romance of the forest.

Gallimard (Folio classique) / octobre 2011 / 546 pages / 8,40 euros

J'ai lu ce roman dans le cadre du MOIS ANGLAIS organisé par LOU et ses consœurs. Malheureusement, pour le dépaysement, ce fut raté ! Les Mystères de la forêt se déroule en France, les personnages portent des noms à consonance française (La Motte, Le Luc …) et l'influence des œuvres de Jean Jacques ROUSSEAU et du Marquis de SADE est indéniable. C'est cependant un roman haletant.

Ann Radcliffe est née à Londres en 1764 (elle est contemporaine de Jane Austen). Elle est d'origine modeste mais ses parents étaient proches de familles fortunées. Elle reçoit l'éducation des jeunes filles de son époque mais fut également initiée aux arts décoratifs, à la peinture, à la sculpture et à l'architecture. Son époux, journaliste parlementaire, lui fait partager son intérêt pour l'économie et la politique. Il la soutient dans la publication de ses romans (Les Mystères d'Udolphe en 1794) et défend sa femme face aux rumeurs de folie qui émaillent sa carrière. Ann Radcliffe meurt en 1823. « Les Mystères de la forêt est un portrait de l'artiste en héroïne gothique mais aussi en poète. Adeline apparaît comme un autoportrait d'Ann Radcliffe, une femme courageuse, pleine d'esprit et de maîtrise d'elle-même. Mais cette aptitude, dont fait preuve la romancière, à exorciser ses fantasmes, cache une grande inquiétude et révèle une personnalité très sensible, aux profondeurs insondables. » (page 50)

Les Mystères de la forêt est un roman gothique et Ann Radcliffe y utilise tous les codes du genre : architectures médiévales, Nature déchaînée (nuit profonde, orages effroyables …), orphelines innocentes poursuivies par le sort et par des tyrans séducteurs gouvernés par la luxure … Mais Les Mystères de la forêt n'est pas qu'un roman « à ambiance » : c'est un mélange de roman noir, de roman d'aventures et de roman sentimental où le surnaturel fait quelques apparitions. Point de critique sociale cependant. (toutes ces informations – et bien d'autres encore ! - sont à retrouver dans la préface du roman rédigée par Pierre Arnaud. La vie et l'œuvre d'Ann Radcliffe, que je découvre avec ce roman, y apparaissent comme passionnantes !).

Ça raconte quoi ?

L'action se situe au XVIIIème siècle, en France.

L'histoire commence avec la fuite éperdue d'un aristocratique ruiné, La Motte, loin de Paris. De nuit, il recherche un abri et tombe sur un repaire de brigands. Il ne doit sa survie qu'à un étrange contrat : repartir immédiatement avec une jeune fille inconnue mais apparemment séquestrée depuis plusieurs jours et ne jamais chercher à en connaître les raisons. Il accepte et trouve refuge dans une abbaye en ruine au cœur de la forêt. La jeune fille, nommée Adeline, raconte être persécutée par son père après qu'elle ait refusée de prendre le voile.

Mais les malheurs d'Adeline ne font que commencer. Sa jeunesse, sa beauté et son dénuement (elle est sans famille et donc sans protection) attisent la passion des hommes et Adeline devient le centre d'intrigues à la fois rocambolesque et dramatique. Sa vertu (et sa vie !) sont sans cesse menacées. En effet, Adeline découvre rapidement que La Motte, son « sauveur » personnage ambigu, n'est pas si désintéressé qu'il en a l'air et marchande sa vertu avec le vicieux marquis de Montalt. Adeline va-t-elle échapper à cet homme puissant ? Va-t-elle retrouver l'amour de sa vie, un jeune militaire, condamné pour avoir voulu soustraire Adeline à son persécuteur ? Les Mystères de la forêt est un roman à rebondissements avec véritablement beaucoup d'action et des enjeux dramatiques qui vont crescendo. C'est également un roman « à clés » c'est-à-dire où tout s'explique et s'emboite dans les derniers chapitres.

 Mon avis :

Un véritable coup de cœur ! Et un constat : je suis toujours aussi admirative de ces femmes romancières d'une autre époque mais qui parviennent toujours à nous faire frissonner, espérer, craindre, sourire … Voilà un texte qui ne me semble pas avoir vieilli.

J'ai beaucoup aimé la partie du roman qui se déroule dans la forêt, dans une abbaye en ruine, isolée et hantée. D'ailleurs, ses habitants provisoires (Adeline, La Motte et sa famille) ne tardent pas à plonger dans ses mystères : chambres secrètes, squelette caché dans un coffre, poignard souillé, manuscrit troublant, courants d'air terrifiants … Adeline fait d'horribles rêves prémonitoires, croit entendre les voix menaçantes … L'ambiance créée par Ann Radcliffe, les phénomènes surnaturels qu'elle convoque, la place sombre donnée à la Nature … fonctionnent encore admirablement bien.

Évidemment, Adeline n'est PAS une héroïne moderne : elle pleure sur son sort, elle se pâme à tous les chapitres (voire plus !) et se plaint beaucoup. J'imagine même qu'elle peut agacer certains lecteurs. De plus, elle semble posséder toutes les qualités : bonté, droiture, modération (elle n'a pas ces élans du cœur que l'on retrouve chez une Elizabeth Bennet !), intelligence, compassion … Cependant, son innocence n'est pas de la naïveté et elle n'est finalement pas aussi faible et victime des hommes qu'elle apparaît d'abord (elle résiste à son père, au marquis, à Louis …). Bref, je me suis attachée à ce personnage. « Sa beauté, sous l'empreinte touchante de la défaillance, regagnait en intérêt ce qu'elle perdait en fraîcheur. La négligence de son vêtements délacé, pour lui procurer une libre respiration, découvrait les appâts éblouissants que ses tresses auburn, tombées avec profusion sur son sein, ombrageaient sans les cacher ».

gstt