autumnAutumn de Philippe Delerm

Folio / 2007/ 306 pages / 7,30 euros

Première édition : 1990. (Prix Alain-Fournier)

Lu dans le cadre du MOIS ANGLAIS organisé par Lou, Titine et Cryssilda.mois anglais

 Autumn est un roman que j'ai peiné à achever. Il vaut, selon moi, plus pour les infos (et anecdotes) qu'il distille sur le mouvement préraphaélite & les œuvres qu'il invite à admirer que pour la prose (ampoulée) de Philippe Delerm … Autumn est un roman documenté (l'auteur propose ses sources en fin de volume), une œuvre de fiction donc, à lire avec Internet à portée de main pour chercher les tableaux auxquels il fait référence.

Autumn évoque les débuts (puis « l'effilochage ») de la PRB (The Pre-Raphaelite Brotherhood), mouvement artistique anglais créé en 1848, à Londres, par 3 peintres : Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais et William Holman Hunt qui sont ensuite rejoint par d'autres artistes tels que Walter Deverell, Ford Maddox Brown, James Collinson … Tous signaient leurs œuvres de l'acronyme 'PRB' et souhaitaient « révéler au monde une peinture vraie, loin des raideurs guindées des successeurs de Raphaël, et plus loin encore des artistes officiels de l'ère victorienne » (page 36). Leurs œuvres étaient au contraire baignées de réalisme, inspirées par le Moyen-âge et sa littérature, la Nature … Leurs sujets étaient tant religieux que historiques ou intimes : portraits, des paysages … Ils se voulaient non scandaleux mais révolutionnaires. J'ai ainsi été étonnée de découvrir la réaction outrée de Charles Dickens devant Le Christ dans la maison de ses parents de Millais :Millais, Le Christ dans la maison de ses parents « Au premier plan, se tient un enfant roux, hideux, contorsionné, pleurnichard et en chemise de nuit, qui semble avoir reçu un coup en jouant dans le ruisseau voisin et paraît le montrer à une femme à genoux, tellement horrible dans sa laideur (à supposer qu'il soit possible pour une créature humaine de survivre avec un cou aussi disloqué), qu'elle paraitrait un monstre dans le pire cabaret de France » (page 37). Le romancier est le porte parole de l'opinion populaire de l'époque face aux tableaux préraphaélites, choquée par leur réalisme, leur souci du détail (et disons le, même si ce n'est pas le cas dans ce tableau de Millais), par la sensualité qui s'y exprime (voire les portraits représentants Jane Burden ou Elizabeth Siddal).

Philippe Delerm plonge le lecteur dans la vie intime de quelques figures emblématiques du mouvement préraphaélite : Rossetti, Elizabeth Siddal, John Ruskin (critique d'art) et son épouse Euphémia, qui permettent à l'auteur de revenir sur les amitiés, les querelles … qui font et défont le beata beatrix, Rossettigroupe. Philippe Delerm insiste tout particulièrement sur le rôle des femmes, à la fois modèles, muses et artistes à part entière. Ainsi on apprend que l'inoubliable et mystérieuse Elizabeth Siddal (peinte par Millais dans Ophélie et de très nombreuses fois par Rossetti) n'était, à 20 ans, qu'une petite couturière dans un grand magasin londonien où elle fut 'découverte' par Walter Deverell. C'est d'ailleurs l'attachement de Rossetti à Elizabeth Siddal (de modèle, elle devient sa compagne jusqu'à sa mort prématurée, en 1862) et surtout les sentiments de cette dernière qui sont retracés dans Autumn. C'est une dualité qui s'exprime : Elizabeth est heureuse (sinon consciente et redevable) des choses que lui ont apporté les hommes du mouvement préraphaélite (une certaine liberté : d'être, de se vêtir, d'écrire et de peindre, de penser) mais d'un autre côté, elle se sent étouffée d'être vue comme une idole, une muse.

 A ce titre, j'ai adoré la genèse faite (et en partie avérée) de l'Ophélie de Millais. Philippe Delerm raconte comment la pauvre Elizabeth Siddal, habillée d'une robe d'inspiration antique fortMillais, Ophelie encombrante, dû rester immergée dans une baignoire chauffée à la bougie pendant de longues heures, plusieurs jours durant (pages 99 – 104) afin que Millais puisse étudier les mouvements, expressions … d'une femme noyée. Et la jeune femme devait rester muette et immobile pendant ces séances !

D'un autre côté, même si ces femmes évoluent dans un univers assez libérateur et peu conformiste, elles n'échappent pas totalement à la condition des femmes de l'époque victorienne. Ainsi, Euphémia Ruskin dont l'époux refuse tout contact physique avec elle, écrit cette réalité à sa mère (bien qu'elle juge cela : « Inconvenant. C'est ce mot-là, pourtant, que je voudrais écorcher, lacérer, supprimer du langage, balayer de mes pensées. Ce mot, et à travers ce mot toute la froide duplicité de notre époque, que je vois partout présenter comme si sereine, sous la bienveillance autorité de notre bonne reine Victoria. Je ne suis pas sereine. Et c'est tout le silence fait autour de moi que je juge inconvenant, désormais. Silence. Une jeune fille bien élevée ne doit rien savoir de la sexualité avant le jour de son mariage. Silence. Le jour approche et avec lui grandit la peur. Toutes ces questions sont Inconvenantes, et dont l'écho bourdonne en un terrifiant silence […] Silence : en face de soi, un homme-enfant de 10 ans plus âgé, qui vous touche d'une main glaciale, balbutie quelques mots d'excuse où se mêlent je ne sais quels préceptes religieux. Silence. On est seule. » (pages 95 - 96)

Bref, même si je n'ai pas aimé ce livre (à force de vouloir 'coller' à son thème et à se vouloir poétique, j'ai trouvé la narration trop éthérée, ce qui rend la lecture peu fluide et ennuyeuse) j'ai passé un très bon moment avec les préraphaélites. Pour aller plus loin, je vous propose quelques liens intéressants : l'article 'les préraphaélites' de l'Encyclopédie Larousse (concise mais complète), un joli site pour les yeux et le lien vers l'exposition « Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde », actuellement au Musée d'Orsay et qui complète mon exposé sur le mouvement préraphaélite (en abordant les arts décoratifs et pas uniquement la peinture).