9782070358786L'échappée de Valentine Goby

Gallimard (Folio) / 2008

257 pages / 6,20 euros

Madeleine, dont la mère cache les formes naissantes sous des vêtements amples pour que sa fille ne devienne pas 'une fille à soldats' ne possède qu'un seul rêve : s'échapper, fuir 'les sillons' symboles de son quotidien morne de paysanne bretonne des années 40. Sa vie se résume à peu de choses : un emploi monotone dans un hôtel de Rennes rythmé par le retour à la ferme, les week-ends, où Madeleine étouffe sous le poids d'un secret de famille qu'elle devine et qu'on s'obstine à lui taire. Des étreintes consenties à un ami d'enfance, sans surprises. Madeleine s'ennuie dans cet univers restreint qui n'a rien à lui apporter. Jusqu'au jour où elle fait la connaissance d'un pianiste étranger, officier 'vert de gris' … ils se plaisent, elle aime sa musique, il lui offre des territoires inconnus, imaginaires, ils partagent des silences, un drame … Elle succombe.

L'échappée est une histoire minuscule, intime, celle d'une jeune fille qui frôle le bonheur une fois dans sa vie, à 16 ans, et qui en paye les conséquences sur le long terme. En effet, Madeleine est rattrapée par « l'avancement d'une guerre à laquelle elle ne comprend pas grand chose » (page 130). C'est l'Histoire (avec un grand H), à peine évoquée sous forme d'allusions par Valentine Goby lorsqu'elle interfère dans la chronique intime de son personnage. Madeleine vit en zone occupée, pendant la Seconde Guerre mondiale et entretient une liaison avec un soldat allemand. Un chapitre aussi court que violent raconte les sévices, la haine et les humiliations subies par Madeleine et les autres femmes coupables d'avoir aimées des occupants, infligées à la Libération par les FFI et français 'locaux'. Une page de l'Histoire française connue mais qui, sous la plume de Valentine Goby, prend une intensité et une consistance effroyable.

C'est ce que j'ai particulièrement aimé dans L'échappée : l'écriture dépouillée de Valentine Goby qui 'attrape' littéralement le lecteur, qui a retourné mon cœur avec le destin tragique de Madeleine. Comment ne pas être bouleversé par le manque d'affection maternelle dont elle souffre ? Comment ne pas être bouleversé par sa relation avec sa fille, Anne. Par leur vie d'errance où Madeleine et Anne sont traitées avec cruauté et injustice dès lors que les gens comprennent qu'Anne n'est pas la fille d'un prisonnier de guerre mort en captivité ? Valentine Goby ne sombre pas dans le pathos, ses personnages (Madeleine, la victime qui ne cesse d'expier sa 'faute' et Anne, l'enfant en colère) sont psychologiquement très travaillés, rendant passionnant leur cheminement qui nous emmène jusque dans les années 80 et la Chute du Mur de Berlin. Enfin, j'ai aimé que l'auteur envisage 3 fins différentes toutes vraisemblables …

Elles en parlent aussi (et proposent de belles citations) : Lou et Malice.