arria marcellaArria Marcella – Souvenir de Pompéi de Théophile Gautier

Première parution : 1852

Hachette (Le Livre de Poche) / février 2011 / 3,90 euros

(contient aussi : Le Pied de la momie, La Vénus d'Ille, Petite discussion avec une momie)

 J'ai eu envie de lire Arria Marcella après ma visite de la très chouette exposition Pompéi, un art de vivre au Musée Maillol. Des objets & des éléments architecturaux provenant du site italien y sont exposés, mis en scène dans une maison pompéienne (approximativement) reconstituée. J'ai64682-pompei particulièrement apprécié le travail minutieux de l'or, du verre et des métaux. Si vous êtes intéressé (et parisien !) dépêchez-vous, l'expo ferme ses portes le 12 février !

Une autre bonne raison de découvrir Arria Marcella ? C'est comme prendre une dose homéopathique d'Italie pour se soigner du froid polaire actuel ! La nouvelle de Théophile Gautier suit un schéma relativement classique : une idylle romantique teintée de fantastique inspirée par la (re)découverte des civilisations antiques par les auteurs du XIXème siècle (on pense forcément à La Vénus d'Ille de Mérimée).

Lors d'une promenade nocturne et solitaire à Pompéi, un jeune (et fougueux !) touriste français reçoit la visite « d'une créature d'une beauté merveilleuse » : est-il projeté dans le passé ? Est-il face à un fantôme ? Un esprit maléfique, sorte de succube tentateur ? En tout cas, Théophile Gautier fait le portrait de femme très troublante et attirante. Il insiste sur sa parure pour mieux dévoiler ensuite sa nudité voluptueuse : « un collier de boules d'or, soutenant des grains allongés en poire, circulait sur sa poitrine laissée à demi découverte, par le pli négligé d'un peplum de couleur paille brodé d'une grecque noire ». Ses cheveux également sont splendides : « une bandelette noir et or passait et luisait par place dans ses cheveux d'ébène » (page 44). Qui l'eut cru ? Cette nouvelle proposée aux élèves de 4ème dans le cadre de la nouvelle fantastique est érotique ! Théophile Gautier ne laisse pas de doute sur la relation d'Octavius et Arria. Juste magnifique, je suis sous le charme moi aussi, de cette beauté énigmatique. Note à moi-même : j'aurai cependant du me douter de quelque chose dès le début quand Octavien s'arrête devant le moulage d'un sein, subjugué : « ce cachet de beauté, posé par hasard sur la scorie d'un volcan, ne s'est pas effacé » (page 10).

J'ai également aimé la description de Pompéi effectuée par Théophile Gautier (qui a lui-même visité Pompéi en 1850) : le site en ruines, précédé par l'apparition du Vésuve tutélaire mais aussi la même cité romaine que l'auteur fait revivre quelques heures avant sa destruction, en 79 avant JC. En effet, sous l'influence d'un rêve (ou d'un cauchemar ?), Octavien pense évoluer, le temps d'une nuit, dans l'Antiquité : « Alors Octavien, en qui toutes les idées de temps se brouillaient, put se convaincre qu'il promenait non dans une Pompéi morte, froid cadavre de ville qu'on a tiré à demi de son linceul, mais dans une Pompéi vivante, jeune, intacte, sur laquelle n'avaient pas coulé les torrents de boue brillante du Vésuve » (page 30)

J'aurai pu noter l'intégralité de la nouvelle tant l'écriture me semblait belle. En voici quelques extraits :

« La ville ressuscitée, ayant secoué un coin de son linceul de cendre, ressortait avec ses mille détails sous un jour aveuglant » (page 12).

« Les génies taciturnes de la nuit semblaient avoir réparé la cité fossile pour quelque représentation d'une vie fantastique » (page 27).

« Tous les historiens s'étaient trompés; l'éruption n'avait pas eu lieu, ou bien l'aiguille du temps avait reculé de vingt heures séculaires sur le cadran de l'éternité » (page 29)Classique-final-3

A lire également autour du drame de Pompéi : Les Derniers jours de Pompéi de Edward Bulwer-Lytton.

Et Hop ! Un classique de plus dans le cadre du Challenge Un classique par mois, organisé par Cess.