la malédiction des pharaonsLa Malédiction des pharaons de Elizabeth Peters

(2ème tome des aventures d'Amélia Peabody)

Livre de Poche (1ère édition : 1981; 1ère traduction en français : 1998)

380 pages / 5,49 euros

La Malédiction des pharaons débute 5 ans après Un crocodile sur un banc de sable. Amélia et Emerson sont mariés et vivent en Angleterre une vie rangée. Ils ont un petit garçon, Ramsès, qui fait leur joie (!) mais l'ennui guette le couple d'archéologues. Amélia se distrait en essayant de résoudre le meurtre de Lord Baskerville, qui met en émoi la bonne société de Louxor et fait les choux gras de la presse internationale. C'est pourquoi, lorsque Emerson est contacté par la veuve de Lord Baskerville pour continuer les fouilles que son mari menait dans la Vallée des Rois, Amélia et Emerson sautent sur l'occasion.

La Malédiction des pharaons est inspiré d'une légende liée à la découverte du tombeau de Toutânkhamon (en 1922) où l'équipe qui procéda à l'excavation de la tombe se cru maudite après le décès mystérieux de Lord Carnarvon, leur archéologue en chef. Ainsi, sur place, Emerson et Amélia sont confrontés à une double mission : faire cesser la série de meurtres qui décime leur entourage et procéder à l'ouverture d'un tombeau jusqu'alors apparemment inviolé. C'est une compagnie hétéroclite d'aristocrates exilés aux caractères bien définis que nous propose Elizabeth Peters : une veuve coquette et manipulatrice, un journaliste opportuniste, un photographe émotif, une jeune ingénue tyrannisée par une matrone alcoolique, un dandy américain et son homologue allemand … Lequel sera le prochain sur la liste de l'assassin ? Lequel est coupable ?

On se croirait dans un Agatha Christie ! Je pense d'ailleurs que c'est volontaire de la part d'Elizabeth Peters qui croque une parodie des meilleurs romans de la Reine du crime : des personnages aux motivations diverses réunies dans un (presque) huit clos, un couple d'enquêteurs qui orchestre la révélation finale où ils démasquent le(s) assassin(s) devant le reste de la compagnie … Brillant ! En outre, Elizabeth Peters fait d'amusants clins d'œil à d'autres grands auteurs de romans policiers britanniques : Arthur Conan Doyle (avec le nom de Lord « Baskerville ») ou encore Wilkie Collins (un des personnages se nomme « Armadale »).

Bref ! Encore une fois je me suis charmée par la causticité d'Amélia qui, armée de son sens pratique et de son ombrelle est toujours aussi amusante. Avec Emerson, ils forment un couple irrésistible certes passionnément amoureux (j'adore les pages où Amélia aborde les joies du 'régime conjugal') mais aussi d'une mauvaise foi homérique. L'intrigue est bien ficelée, il y a suffisamment de fausses pistes pour être tenue en haleine jusqu'à la fin et surtout l'ambiance coloniale du monde de l'archéologie fin XIXème est dépaysante à souhait !

J'attends de lire la suite avec impatience et surtout de retrouver Ramsès, (malheureusement) tenu à l'écart dès la 50ème page. En effet, c'est un bambin à fort potentiel. La Malédiction des pharaons nous apprend qu'il doit son surnom de Ramsès à « son aspect belliqueux et son caractère impérieux » (page 15). Surtout, Elizabeth Peters propose une vision de la maternité peu consensuelle mais très rafraichissante : « J'avais le sombre pressentiment qu'une guerre venait de commencer – une guerre qui durerait toute la vie et que j'étais condamnée à perdre » (page 15). « Dès le début, Emerson s'enticha de la créature » (page 16) mais Amélia entretient une relation plus complexe avec son fils (qu'elle abandonne sans trop de remord à Evelyn et Walter pour partir en Égypte) : « Honnêtement, j'aime bien notre fils. Sans aller jusqu'à lui témoigner la sotte adoration que lui voue son père, je puis dire que j'ai une certaine affection pour cet enfant. Néanmoins, en cet instant, je fus tentée de saisir au collet le petit monstre et de le secouer jusqu'à ce que son teint vire au violacé » (page 21). J'adore cet humour pince sans rire (so british !) et le recul d'Amélia lorsqu'elle parle de ceux qu'elle aime. Pour conclure, La Malédiction des pharaons constitue un très agréable moment de détente, drôle et dépaysant.

Premier tome des aventures d'Amélia et d'Emerson : Un Crocodile sur un banc de sable.