SHSleepy Hollow, la légende du Cavalier sans tête de Washington Irving

Éditions des Mille et Une Nuits / 79 pages / 2,50 euros

Comme tout le monde, je connaissais cette histoire grâce à la splendide (et très libre !) adaptation de TIM BURTON mais j'ignorais qu'il s'agissait d'un classique de la littérature américaine avant de lire un article sur les influences littéraires d'Edith Wharton (dans Kerfol et autres histoires de fantômes). La Légende de Sleepy Hollow (ou Val Dormant) est un conte féérique publié la première fois en 1820 dans un recueil de Washington Irving : Livre d'esquisses.

Le Val Dormant est 'un vallon ensommeillé sur les bords de l'Hudson où vit une paisible communauté d'origine hollandaise'. Les superstitions & créatures imaginaires appartiennent au quotidien : « Tout le voisinage regorge de contes du cru, de lieux hantés et de superstitions obscures; étoiles filantes et météores illuminent le ciel de cette vallée-là plus souvent que partout ailleurs, et le cauchemar, jument de la nuit, suivie de son cortège de neuf rejetons, semble en faire le théâtre favori de ses frasques » (page 9). La légende de Sleepy Hollow est avant tout une histoire à atmosphère dans laquelle Washington Irving se plait à faire de longues descriptions peut-être au détriment de l'action. Évidemment, le lecteur contemporain qui a en tête le film de Tim Burton et son effrayant Cavalier sans tête ronge son frein en attendant son apparition (à 2 pages de la fin !).

Washington Irving croque également des personnages hauts en couleur, burlesques, bien éloignés des personnages sombres du film de Tim Burton. « Katrina Van Tassel, fille unique d'un prospère fermier […] était une jeune fille épanouie, qui venait d'avoir 18 ans, potelée comme une perdrix, aux joues roses, mûres et fondante, comme les pêches du verger de son père. Elle était en outre quelque peuChristina Ricci coquette, comme le révélait déjà sa façon de se vêtir, mêlant tradition et modernisme […] Elle portait des atours du plus bel or […], un séduisant plastron à l'ancienne mode, complété d'un court jupon provocant qui découvrait le pied et la cheville les plus gracieux à la ronde. » (page 20). Personnellement, je trouve que Christina Ricci, sa beauté et son physique décalés correspondent vraiment à cette description. En revanche, Ichabod Crane est un maître d'école laid, superstitieux, un peu fat & trop pragmatique : s'il courtise Katrina c'est autant pour sa beauté que son héritage. On est loin de l'élégance et de l'intelligence du détéctive interprété par Johnny Depp ...

La Légende de Sleepy Hollow est une nouvelle assez belle, parcourue de références à l'œuvre de Shakespeare et paradoxalement amusante. En effet, c'est presque une farce puisque (*** Attention SPOILER ***) la fin dévoile un Cavalier sans tête qui n'est autre que le second prétendant de Katrina, rival d'Ichabod Crane, exploitant sa crédulité pour lui jouer un mauvais tour et se débarrasser de lui ! Bref, on est loin du conte fantastique d'horreur auquel je m'attendais (rapport au film) mais j'ai passé un bon moment de lecture en compagnie de cet idiot d'Ichabod Crane !