le Signe des QuatreLe Signe des Quatre de Arthur Conan Doyle

Titre original : The Sign of Four (1ère parution : 1890)

Librio / 122 pages / 2 euros

Alors que Sherlock Holmes se languit d'une enquête intéressante, la séduisante Mademoiselle Morstan se présente au 221b Baker Street : depuis la disparition mystérieuse de son père, Mademoiselle Morstan reçoit chaque année par la poste une perle précieuse. Son bienfaiteur anonyme demande un jour à la rencontrer physiquement. C'est en apportant leur aide à Miss Morstan que Sherlock Holmes et John Watson vont se retrouver mêlés à une affaire criminelle odieuse qui les fera voyager jusqu'en Inde. Le dénouement arrivera après une éprouvante course poursuite sur la Tamise où Sherlock et Watson risqueront leurs vies.

J'ai trouvé dans cette histoire un air de déjà vu : l'innocente jeune femme qui a besoin d'amis pour se rendre à un étrange rendez-vous, le trésor bien mal acquis en Inde qui poursuit ses possesseurs & leurs héritiers jusqu'en Angleterre, un méchant à la jambe de bois … Bref, soit j'ai déjà vu une adaptation de ce roman, soit j'ai lu un livre dont l'intrigue s'en inspirait mais cette histoire n'avait aucun mystère pour moi. Reste cependant qu'Arthur Conan Doyle fait découvrir à ses lecteurs une colonie de l'Empire britannique assez méconnue, qui servit de bagne : les îles Andaman et ses indigènes hostiles aux étrangers, redoutables guerriers vivant en autarcie quasi complète. Leur mode de vie, malheureusement, fait que leur ethnie est presque éteinte au XXIème siècle (j'ai fait quelques recherches sur le Net !).

Enfin Le Signe de Quatre permet de connaître un peu mieux certaines 'manies' de Sherlock Holmes et John Watson.

On (re)découvre l'addiction de Sherlock Holmes pour la cocaïne : « contre la terne routine de l'existence », il lui faut un « stimulant artificiel » (pages 5 et 6) ainsi que sa misogynie. A ce titre, je viens de voir une adaptation de l'œuvre de Conan Doyle absolument passionnante : La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) de Billy Wilder, 1970. Les rôles de Sherlock & de Watson sont tenus par des acteurs anglais et Mycroft Holmes est joué par Christopher Lee. « Sherlock Holmes reçoit à Baker Street la visite de Gabrielle Valladon qui lui demande de retrouver son mari disparu. Billy Wilder s'amuse à démonter le mythe de Sherlock Holmes. Illa vie privée de sherlock holmes insiste sur sa cocaïnomanie. Sa peur des femmes et sa cohabitation avec Watson suggèrent une homosexualité latente. Et son génie de la déduction est mis à mal par les mises en scène dont il est la victime. Cependant, Wilder ne manque pas de tendresse envers son personnage et de respect envers l'univers de Doyle qu'il reconstitue avec minutie » (la critique vient du programme de la rétrospective de films victoriens organisée par le Musée d'Orsay). C'est une adaptation à la fois drôle (aaaahhh !! la recherche du château en Inverness que Sherlock, Watson et Gabrielle font à bicyclette sur un air de cornemuse discordant et environnés des paysages mythiques de la campagne écossaise !!), parodique (la reine Victoria, inoubliable) et nostalgique (la scène de fin, avec l'ombrelle est absolument touchante). Sherlock Holmes y est fébrile, mis à défaut dans ses déductions tandis que Watson sort de sa réserve (parfois un peu trop !) et les dialogues font mouche. On rit, on est ému … un régal ! Voire cette critique qui explique comment le film de Billy Wilder a été massacré à sa sortie en salle : ICI.

Dans Le Signe des Quatre, Arthur Conan Doyle dévoile également différentes facettes de John Watson. C'est un grand amateur de femmes : « Au cours de ma longue expérience des femmes, expérience qui s'étend à de nombreuses nations et à trois continents, je n'ai jamais vu un visage qui révélât plus clairement une nature raffinée et sensible » (page 14) que celui de Miss Morstan (que le docteur demande en mariage à la fin de l'enquête) : « J'ai bien peur que ce ne soit la dernière enquête dans laquelle j'aurai eu la chance d'étudier vos méthodes. Mademoiselle Morstan m'a fait l'honneur de m'accepter comme son futur mari. [Sherlock Holmes] fit entendre un horrible grognement. : - C'est ce que je craignais. Je ne peux vraiment pas vous féliciter. » (page 122)

Sherlock et Watson sont aussi en désaccord sur le journal tenu par Watson dans lequel il se fait le fidèle chroniqueur des enquêtes de Sherlock : « - J'y ai jeté un œil, précisa [Sherlock]. Honnêtement, je ne peux vous en féliciter. La détection est, ou devrait être, une science exacte, et on doit la traiter de la même manière froide et exempte de toute émotion. Vous avez essayé de la teinter de romanesque […] Cette critique d'un travail dans lequel j'avais particulièrement eu l'intention de lui plaire m'ennuyait. J'avoue aussi que j'étais irrité par cet égoïsme qui paraissait exiger que chaque ligne de ma brochure fût consacrée à son propre travail. Plus d'une fois, pendant les années où j'avais vécu avec lui dans Baker Street, j'avais cru déceler qu'une légère vanité se logowatsoncachait sous les façons tranquilles et dogmatiques de mon compagnon. » (page 7)

Enfin, encore une fois, je suis étonnée de voir que [presque] tous les éléments de personnalité qui sont associés à Sherlock Holmes & qui sont véhiculés à travers pléthores de films et romans, sont véridiques … Le Signe des Quatre est le deuxième roman des aventures de Sherlock Holmes. Lu dans le cadre du Challenge Sherlock Holmes de Filipa.