Albert-NobbsAlbert Nobbs de George Moore

Traduit de l'anglais (Irlande)

Première parution : 1927

Pocket / 2012 / 92 pages / 1,50 euros

Dublin, 1860. Sans attaches ni argent, une jeune femme décide de se travestir en homme, afin d'échapper à la pauvreté. 30 ans après, Albert vit toujours dans la peau d'un homme. Il est majordome de confiance dans un hôtel prestigieux. Pourtant un jour, sa véritable identité est découverte par un hôte ce qui paradoxalement, lui ouvre les yeux sur son avenir.

Albert Nobbs est une nouvelle qui éveille de nombreuses questions chez son lecteur : comment échapper à la solitude lorsqu'un secret nous empêche de nous ouvrir aux autres ? Quelle est notre identité profonde (celle des apparences ou celle du cœur) ? Comment survivre après l'échec de nos rêves d'amour, d'avenir ? C'est d'une étonnante modernité, à la fois très triste mais non dénué d'humour (grinçant). Un beau texte assurément. L'homosexualité féminine n'est pas, il me semble, le thème de la nouvelle. Il y est seulement dit qu'Albert : « [était] un de ces êtres qui ne désirent pas ardemment la compagnie d'un homme » (page 41). C'est plus psychologique : Albert souffre profondément de sa solitude, à cause de son secret, il n'a jamais pu créer aucun lien, ni se sentir proche de quelqu'un … La peur le paralyse dans ses relations sociales. Il souhaite un compagnon pour avoir un but dans sa vie (cela passe par l'utilisation de ses précieux économies qui prennent alors un caractère obsessionnel). Albert Nobbs est un destin de femme étonnant, étouffé par l'injustice d'une société victorienne misogyne (un homme gagne mieux sa vie, peut exercer des métiers moins avilissants …).

La nouvelle de George Moore a été adaptée au cinéma avec Glenn Close dans le rôle titre.