JCOLe Musée du Dr Moses de Joyce Carol Oates

traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Sebon

Éditions Philippe Rey / mars 2012

208 pages / 20 euros 

J'ai été déçue par cette lecture. Il s'agit d'un recueil de nouvelles (publiées aux États-Unis entre 1998 et 2006) rassemblées sous le titre accrocheur de « Histoires de mystère et de suspense ». Or, premier bémol, je m'interroge sur l'opportunité du choix des nouvelles. Que vient donc faire 'L'homme qui a combattu Roland LaStarza', longue évocation nostalgique et très réaliste du milieu de la boxe professionnelle dans les années 50, au milieu des autres récits ? Mystère …

En effet, les autres nouvelles appartiennent plutôt au registre de l'horreur cher à Joyce Carol Oates (on pense à Zombi, Vous ne me connaissez pas ou même Petite sœur, mon amour). La violence, psychologique et physique, les personnages malsains grouillent sous le (fin) vernis de normalité très vite évacué.

Joyce Carol Oates donne la parole aux bourreaux, aux monstres 'ordinaires' (toujours des hommes ici) : manipulateurs pervers qui se révèlent souvent être un père, un mari, un fils ('Surveillance antisuicide', 'Gage d'amour', 'Les jumeaux, un mystère'), violeurs et assassins ('Le Chasseur', 'Dépouillement'...). D'autres nouvelles donnent la parole aux victimes (les plus intéressantes selon moi). Par exemple 'Mauvaises habitudes' qui raconte le calvaire vécu par l'épouse et les enfants d'un tueur en série livrés aux médias et à la haine populaire. Les enfants enquêtent pour découvrir le point commun entre les différentes victimes de leur père afin d'essayer de comprendre pourquoi. Une nouvelle intéressante. Parfois, la victime devient bourreau comme dans 'Fauve', formidable évocation d'un bambin qui échappe à la noyade sous les yeux de sa mère et qui d'adorable devient une sorte d'animal hostile qui fuit tout contact avec les adultes, mord et se réfugie dans les bois. Ça m'a donné froid dans le dos …

Comme toujours (et avec autant de virtuosité) Joyce Carol Oates adapte son style à l'histoire qu'elle raconte : saccadé lorsqu'elle attache sa plume aux foulées d'un joggeur … C'est quelque chose qui me stupéfie à chaque fois, cette écriture caméléonne ! Globalement, les chutes des nouvelles sont décevantes et très inégales. La nouvelle qui fait la différence parmi les autres est celle qui donne son nom au recueil, Le Musée du Dr Moses. Il s'agit d'un légiste à la retraite qui, dans une propriété isolée, entretient avec amour un musée des horreurs : matériel chirurgical des années passées, collections de formol et de crânes (apparemment de personnes décédées de morts violentes) … Une porte mystérieuse (qui n'est pas sans rappeler celle du château de Barbe Noire) semble cacher des trésors encore pires d'autant plus que la nouvelle femme du Dr Moses est terrifiée par son époux … Une lecture angoissante.

Bref ! Préférez plutôt un autre recueil de nouvelles, tout aussi angoissant mais aux récits plus aboutis : Vous ne me connaissez pas.