le joyau des sept étoilesLe Joyau des Sept étoiles de Bram Stoker

Première parution : 1903 (The Jewel of Seven Stars)

Terre de Brume (2003) / 285 pages / 18 euros

Après Dracula (en 1897) Bram Stoker, romancier d'origine irlandaise, abandonne les vampires au profit d'une momie maléfique. Autant le dire d'emblée, je n'ai pas vraiment été emballée par cette lecture.

Le Joyau des Sept étoiles appartient au genre fantastique apprécié au XIXème siècle à l'image de La Vénus d'Ille de Mérimée, Arria Marcella ou Le pied de la momie de Gautier ou encore La Morte de Maupassant … Comme dans ces nouvelles, la peur intervient par l'introduction de légendes ou d'objets merveilleux issus de fouilles archéologiques qui passionnent alors les occidentaux.

C'est d'égyptologie dont il est question ici. Mr Trelawny est un collectionneur acharné. Bram Stoker fait le portrait d'une catégorie peu sympathique d'archéologues, qui me fait tiquer d'avance dès que j'en rencontre un dans un roman (et pourtant, je sais que mon agacement est retrospectif et injuste : au XIXème, ces personnages ne savaient vraiment pas les dégats qu'ils causaient). Il s'agit de ces collectionneurs fortunés qui pillent les tombeaux égyptiens pour en exposer (bien égoïstement) le formidable contenu dans leurs belles demeures anglaises … Et les autres personnages sont à l'avenant (ainsi que la place de la femme dans la société anglaise, bien misogyne).

L'histoire est très classique. Peut-être est-ce parce que j'ai trop lu ces histoires fantastiques mâtinées de malédictions égyptiennes, peut-être un œil nouveau appréciera-t-il ce texte à sa juste valeur, car l'écriture en est évidemment très bonne … En effet, le début de l'histoire est passionnant. Au milieu de la nuit, à la suite d'un appel de détresse, le narrateur est tiré d'un rêve charmant pour plonger en plein cauchemar : le père de sa douce a été attaqué dans sa chambre (fermée de l'intérieure) et depuis reste prostré dans un état cataleptique inquiétant. Seule trace de violence : son poignet semble avoir été lacéré par sept griffes effilées … Un petit groupe hétérogène (un avocat, un médecin, des égyptologues et une jeune fille émotive) enquête autour de cette agression et découvre le récit d'une momie qui tente de se réincarner plusieurs siècles après sa mort. Or il ne s'agit pas de n'importe quelle momie : c'est celle qu'une Reine égyptienne redoutée, magicienne à sept doigts

Malheureusement, après ce début prometteur, la suite est très convenue et prévisible. Les discours scientifiques et archéologiques sont datés et parfois trop longs. Malgré l'évidente volonté de créer l'angoisse, Le Joyau des Sept étoiles ne fait pas peur.

Seule la fin, double, c'est-à-dire heureuse pour une et malheureuse pour les autres, étonne. En effet, la fin 'heureuse' est ouverte et je ne sais toujours pas quoi en penser tandis que la fin malheureuse fait tomber le récit dans l'horreur pure par sa violence et sa brusquerie. Le gothique que je m'attendais à retrouver sous la plume de Bram Stoker n'arrive qu'à quelques pages de la fin et c'est vraiment dommage ... Quel potentiel romantique et funeste dans le 'déshabillage' de la momie et la découverte sinistre d'une robe de mariée sous les bandelettes. Comme j'ai trouvé beau le passage où le narrateur porte entre ses bras la reine réincarnée pensant qu'il s'agit de sa promise ...

Pour conclure, je suis déçue par ce roman (probablement parce que j'en attendais beaucoup de la part de l'auteur de Dracula) mais je tenterai volontiers à nouveau ma chance avec un autre roman de Bram Stoker …

mois irlandais

 

Ma première contribution au MOIS IRLANDAIS de Cryssilda.