velvetVelvet de Mary Hooper

traduit de l'anglais

Les Grandes Personnes / septembre 2012

324 pages / 17,50 euros

Comme dans Waterloo Necropolis, Mary Hooper s'intéresse aux bizarreries de l'époque victorienne et plonge ses lecteurs dans les coulisses du spiritisme. Velvet est un roman classique, 'sage' mais efficace. Le contexte historique est agréablement fouillé (voire les notes en fin de volume). Une belle lecture, bien que moins sombre et aboutie que Waterloo Necropolis, son précédant ouvrage.

 Londres, 1900. Velvet est orpheline et travaille dans une blanchisserie pour survivre. C'est un travail très dur (les jeunes femmes s'évanouissent fréquemment à cause de la chaleur, se brûlent …) pour un salaire de misère. A la suite d'une invitation mystérieuse, Velvet assiste à une séance de spiritisme et trouve un nouvel emploi : femme de chambre de Madame Savoya, l'un des médiums les plus courus de la capitale. Velvet emménage avec Madame à la somptueuse Villa Darkling et s'éprend de l'ambigu George. Pleine de gratitude pour cette opportunité qui lui est offerte et fort naïve, Velvet croit aveuglément aux talents de médium de son employeuse. Pourtant, elle va découvrir que « les esprits ont parfois besoin d'un coup de main ». A ses risques et périls.

Évidemment, Velvet est une héroïne naïve, aux vertus morales inébranlables, manipulée par des profiteurs sans scrupules motivés par l'argent. On est dans de la littérature jeunesse britannique très classique, la narration est simple et le happy end de rigueur. Pourtant (et c'est pour cette raison que j'aime beaucoup les romans de Mary Hooper), le lecteur apprend de tas de choses sur l'époque victorienne. Comme dans Waterloo Necropolis, Mary Hooper s'intéresse aux métiers exercés par les plus pauvres : monteur de lanterne magique, blanchisseuse (où les jeunes filles lavent, repassent mais également reprisent les vêtements des riches), « fermière de bébés » …

Le thème du spiritisme est bien amené : si Velvet s'aveugle devant les preuves de l'imposture montée par Madame Savoya, le lecteur moderne (même les plus jeunes, je pense) décèle les trucs et astuces de la communication avec les morts, l'apparition d'ectoplasmes … De manière légèrement didactique (il est vrai) mais inspirée par des archives d'époque, Mary Hooper ponctue son roman de séance de spiritisme 'privée' avec des riches crédules qui se font plumer.

J'ai également appris que Arthur Conan Doyle (qui apparaît dans le roman) était un « spiritualiste averti [qui] assistait régulièrement aux séances d'Eusapia Palladino, à Londres, et fût même convaincu de la véracité des photos prises en 1917 des fées de Cottingley (dont il fut prouvé plus tard qu'elles étaient truquées) » (page 325). A l'occasion, j'ai découvert cette 'affaire' des fées de Cottingley : « célèbre série de photos prises par Elsie Wright et Frances Griffiths, deux jeunes cousines de 16 et 10 ans, vivant à Cottingley, un village du Yorkshire. Ces photos montrent les deux jeunes filles en compagnie de fées et de créatures folkloriques : lutins, trolls, elfes. »

Un joli titre en conclusion. Pour un public différent évidemment, le thème du spiritisme dans l'Angleterre victorienne m'a rappelé l'excellent Affinités de Sarah Waters.