la maison aux 7 pignons

La Maison aux Sept Pignons de Nathaniel Hawthorne

Traduit de l'américain (The House of the Seven Gables)

Première parution : 1851

GF-Flammarion / 348 pages / 7,00 euros

Quel auteur intriguant que Nathaniel Hawthorne (1804 – 1864) ! Il y a quelques années ayant lu La Lettre écarlate à la morale sulfureuse, je pensais qu'il s'agissait d'un homme qui transgressait les règles. Or il n'en est rien, apparemment : voisin et ami discret des poètes Longfellow, Ralph Waldo Emerson, Henry David Thoreau et du romancier Herman Melville (qui lui dédicaça Moby Dick), il était fort respectueux des convenances dans sa vie personnelle. Pourtant comme La Lettre écarlate, La Maison aux Sept Pignons est un récit engagé, une critique du puritanisme grinçante. C'est également un récit hors norme, passionnant, mêlant éléments surnaturels et psychologie que Hawthorne défini comme une « fantaisie romanesque », une « légende, née d'une époque que la distance nous rend pâle et grise, et qui se poursuit jusque dans notre plein soleil, apportant avec elle une brume légendaire que le lecteur peut ignorer ou laisser flotter, presque imperceptible, autour des personnages et des évènements » (page 30) c'est-à-dire une histoire entre réel et fantastique. La préface nous apprend, autre détail important, que La Maison aux Sept Pignons a une source autobiographique : le propre aïeul de Hawthorne fut très actif lors de la chasse aux sorcières de Salem.

En effet, le roman débute au 17ème siècle dans une ville qui rappelle Salem. L'impitoyable et influent Colonel Pyncheon acquiert un terrain qui appartient au modeste Matthew Maule de façon malhonnête, en le faisant accuser de sorcellerie. Ce dernier, avant d'être exécuté, lance une malédiction sur le Colonel et sa descendance : « Dieu », dit l'homme qui allait mourir, avec un regard terrible, le doigt fixé sur son ennemi impassible, « Dieu lui fera boire du sang ! » (page 36). Or le jour même de l'inauguration de la maison construite sur le terrain bien mal acquis, le Colonel Pyncheon meurt de manière mystérieuse. Deux siècles après, cette usurpation et l'héritage controversé qui lui est lié, empoisonnent toujours l'existence des Pyncheon dont la véritable malédiction semble être la cupidité.

La description des personnages par Hawthorne est volontairement à la limite de la caricature, parfois assez burlesque, rappelant la nouvelle de Washington Irving, Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête. Mais cette ironie est pleine d'affection comme dans ce portrait de Phœbé Pyncheon : « Si elle n'avait pas, de temps en temps, cédé à ses impulsions, si Phœbé […] n'avait pas obéi à sa nature en assistant, comme une vraie jeune fille de Nouvelle-Angleterre, à une conférence de métaphysique ou de philosophie, en écoutant un concert, si elle n'était pas allée faire des courses, fouiller des monceaux d'étoffes précieuses pour ramener un ruban, bref, si elle n'avait pas eu recours à certains fortifiants spirituels – le plaisir aussi de lire la Bible dans sa chambre, de se rappeler sa mère ou son village natal, notre Phœbé aurait dépéri, maigri et pris cet aspect timide et bizarre, cette physionomie maladive et terreuse qui annoncent la future vieille fille et un avenir sans joie » (page 194). Autre personnage croqué avec brio, Hepzibah Pyncheon est une vieille dame horriblement laide, attachée à son statut (totalement imaginaire) d'aristocrate et qui ressent d'énormes scrupules à se faire vendeuse pour nourrir Clifford, son frère un peu fou, qui observe la ville à travers sa fenêtre en ogive.

maison aux 7 pignons photo Salem 1

 

La narration est étrange, lente (elle accuse parfois quelques longueurs) dans laquelle il ne se passe presque rien : Hepzibah et Clifford sont âgés, ils vivent retirés du monde, leur quotidien est monotone. Dans ces chapitres, les seuls changements de rythme viennent du locataire des Sept Pignons, Holgrave, un artiste photographe ou de la jeune Phœbé. Pourtant, le lecteur sent la tension (et la catastrophe) arriver et en quelques lignes, tout change : un vrai méchant, puritain intransigeant au rictus effrayant, menace Hepzibah et Clifford qui sont soumis à un odieux chantage, comment vont-ils s'en sortir ? Et arrive la fin inattendue, inespérée, un 'happy end' romantique

J'ai tout particulièrement aimé les descriptions de La Maison aux Sept Pignons : demeure hantée par les fantômes du Colonel Pyncheon et tous les Pyncheon morts depuis, il y fait sombre, humide, les coins noirs semblent abriter des silhouettes insaisissables, la folie guette ses habitants … Réceptacle autant que motif de la malédiction mortelle, cette maison existe apparemment vraiment à Salem et j'ai été heureuse de trouver une photo sur le Net car j'avais beaucoup de mal à imaginer une maison avec 7 pignons ! Du coup, mon intérêt pour la Nouvelle-Angleterre s'accroit encore …

Bref ! La Maison aux Sept Pignons est un classique fascinant de la littérature américaine dans lequel Hawthorne manie habilement les genres et reste toujours à la limite du surnaturel …

Idéal pour frissonner durant le CHALLENGE HALLOWEEN organisé par LOU et HILDE.

 

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Ce livre marque également ma 6ème participation au challenge UN CLASSIQUE PAR MOIS de Cecile.

 

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