une mer sans soleilUne mer sans soleil de Anne Perry

Traduit de l'anglais (A Sunless Sea)

10/18 (Grands détectives) / 2012 / 525 pages / 8,80 euros

Une mer sans soleil est la 18ème enquête de William Monk. On y retrouve donc notre commissaire de la brigade fluviale de Londres préféré, son épouse Hester (malheureusement sous exploitée depuis qu'elle est mariée), l'avocat Sir Oliver Rathbone (en grande détresse affective), l'inspecteur Runcorn (métamorphosé par la félicité de sa nouvelle vie conjugale) et le jeune Scuff, gamin des rues plus ou moins adopté par les Monk. Petit plus en cette période de l'année : l'histoire débute en décembre 1868, à quelques jours de Noël.

Incroyable mais vrai ! Anne Perry, 74 ans et quelques 50 romans policiers victoriens à son actif parvient encore à écrire des histoires originales … Celle-ci n'entrera certes pas au panthéon de mes favorites mais l'intrigue est prenante et particulièrement retorse. Deux morts que rien ne semblent relier : un respectable médecin suicidé dans un jardin publique et une prostituée sauvagement mutilée retrouvée sur les quais de la Tamise.

L'enquête de Monk s'orientera vers le commerce de l'opium et ses applications pharmaceutiques. On apprendra ainsi l'existence des « penny twist » c'est-à-dire une « petite dose de poudre d'opium qu'on peut acheter à la pharmacie ou à l'épicerie du quartier » (page 78). Problème : la quantité d'opium utilisée dans ces doses n'était pas règlementée, pas plus que son usage encadré par des professionnels. Apparemment, ce flou fut la cause de nombreux décès notamment chez les enfants d'autant plus qu'il s'agissait du seul remède efficace contre la douleur. Appeler le gouvernement britannique a établir une législation claire est-il le motif des crimes sachant que de grosses fortunes se sont faites sur la vente de l'opium ? Où l'explication est-elle à chercher du côté de ceux qui exploitent la dépendance causée par l'opium, plongeant les drogués dans « une mer sans soleil », une vie de souffrances et de manque ? 

Abus de pouvoirs et corruption, trahisons odieuses, attitudes chevaleresques d'une autre époque … rien ne manque pour pimenter cette enquête policière qui, comme toujours chez Anne Perry se double d'un procès à rebondissements.

Nous avions découvert William et Hester aux lendemains de la Guerre de Crimée, les voilà face aux conséquences des Guerres de l'Opium que l'Empire britannique mena (et gagna) contre la Chine. J'aime quand Anne Perry nous raconte de manière toujours très lucide (et ici, très culpabilisante pour les anglais) des épisodes méconnus de l'histoire victorienne.

Et surtout, j'adore la manière dont Anne Perry fait revivre la vie quotidienne des victoriens. La composition de leurs repas est toujours un grand moment pour moi. J'ai ainsi découvert l'existence d'une nouvelle sorte de fromage anglais : « un quart d'heure plus tard, ils étaient installés devant d'épaisses tranches de pain frais accompagné de caerphilly friable à souhait et de petits légumes macérés dans du vinaigre » (page 310). Je suis également restée songeuse en lisant ça : « Avant d'aller la voir, Oliver s'arrêta dans une auberge calme et déjeuna d'un pudding au suif fourré au steak, aux rognons et aux huîtres accompagné d'une demi-bouteille de très bon vie rouge » (page 430).

Et voilà pour ma 1ère participation au Challenge I love London organisé par Maggie et Titine.

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