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Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé

Éditions de l'Olivier (2009) / 292 pages / 19 euros

A la sortie de ce roman, les critiques étaient tellement dithyrambiques de que je m'attendais à un coup de cœur instantané … Pourtant, mes premières impressions furent mitigées : 'oui, c'est sympa, c'est bien écrit, mais j'ai déjà lu ce genre d'histoire 100 fois …' Trois générations de femmes qui subissent les hommes et la maternité comme une fatalité dans une Amérique du sud imaginaire refuge d'anciens nazis, écrasée par la chaleur ? : j'ai tout de suite songé à Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez ou Sous le soleil des Scorta de Laurent Gaudé ! Et puis, lentement, je me suis laissée envouter …

* Il faut taire l'histoire, ne point trop en révéler pour pouvoir la savourer. J'ai donc choisi de ne vous parler que de quelques personnages qui donnent tout leur sel à cette fable *

Contre toute attente, se sont les (rares) hommes de cette fable qui marquent durablement. Jéronimo, sulfureux brigand sur le déclin qui héberge (séquestre ?) l'arrière grand-mère de Vera Candida, Rose Bustamente : est-ce de la passion ? Est-elle victime d'un viol ? Comment expliquer la volonté de Jéronimo de construire une villa somptueuse et moderne à Vatapunta, village isolé d'une île isolée du continent ? Pourquoi n'est-elle jamais achevée ? C'est par cette rencontre initiale que tout commence pour Rose : elle donne la vie à Violette laquelle accouchera très jeune de Vera Candida.

J'ai particulièrement aimé le personnage d'Ixtaga :« Hyeronimus [son vrai prénom] était un enfant taciturne qui aimait le football, les Marvel et les livres d'Agatha Christie » (page 223). Devenu adulte, c'est un journaliste engagé, amateur de femmes qui tombe pourtant sous le charme de la farouche Vera Candida, 16 ans. Petit à petit il l'apprivoise : c'est une très belle romance (en fait, c'est cette partie du livre que j'ai le plus apprécié).

Enfin, comment ne pas parler de Vera Candida qui donne son nom au roman ? C'est un personnage dur (le produit de ses mères qui ont tellement souffert à cause des hommes) : « Il y a des gens qui pensent qu'il suffit que vous leur plaisiez pour qu'ils aient droit à votre corps, énonçait souvent Rose Bustamente. Attends la coïncidence des corps, ajoutait-elle. Il faut que tu ne saches plus où commence ton corps et où finit celui de l'autre, complétait-elle. Elle disait que c'était des choses qu'on devrait enseigner à l'école et que ça éviterait à des filles comme elle ou Violette de devenir putes ou bien des femmes mal mariées » (page 74). Mais Vera Candida est également très émouvante, dans sa relation avec Ixtaga, avec Monica (sa fille pour laquelle elle devient une excellente mère malgré l'histoire traumatisante de cette grossesse) …

Bref ! Je vous conseille cette belle fable exotique (j'écris fable car l'histoire est à peine contextualisée dans les années 70/80), portée par une narration fluide, presque parlée. Une lecture facile (bien que cruelle et désenchantée parfois) mais un agréable moment de lecture.