l'ange de whitechapel

L'ange de Whitechapel de Jennifer Donnelly

traduit de l'anglais (États-Unis) : The Winter Rose

Belfond / 2008 / 662 pages / 22,50 euros

L'ange de Whitechapel se sont 600 pages qui racontent la romance d'une femme médecin exaltée et éprise de justice sociale et d'un hors-la-loi blasé dans le Londres du début du XXème siècle.

Londres, 1900. India, jeune aristocrate galloise vient d'achever ses études de médecine. Son rêve est d'ouvrir un dispensaire pour les femmes et les enfants pauvres de l'East End. Employée d'un cabinet médical, elle tente d'y imposer ses idées progressistes dans un univers où les réformes de santé publique et les découvertes scientifiques récentes n'influencent pas encore la pratique de la médecine, principalement masculine. Or dans les bas-fonds de Londres, India fait la rencontre de Sid Malone, bandit au grand cœur, qui bouleverse sa vie et ses convictions. Malheureusement leur amour se heurte au passé de hors-la-loi de Sid que le fiancé d'India, politicien dévoré d'ambition, compte bien envoyer en prison. Leurs péripéties seront diverses et l'histoire ne s'achève que plusieurs morts et années plus tard en Afrique.

Dans sa description de l'Angleterre du début du XXème siècle, Jennifer Donnelly aborde des thèmes très intéressants : les premiers alpinistes qui battent régulièrement des records de hauteur (à leurs risques et périls), la vie des colons d'Afrique noire et des safaris organisés pour les riches anglais, les débuts de la santé publique et le rôle des femmes dans une société en constante évolution. Ainsi, la comparaison d'India avec Hester Latterly est inévitable (même si la première ne possède pas la fougue de la seconde) et la description de la médecine de 1900 fait froid dans le dos. Condamnées par l'obscurantisme des médecins (des hommes qui refusaient de se laver les mains entre chaque opération !) les jeunes mères mourraient massivement de septicémie (notamment dans les quartiers pauvres). Les pages sur les accouchements sont sanglants et certains discours sur la contraception et l'accouchement feront hurler d'horreur toute femme moderne : « les douleurs de l'enfantement sont un héritage légué par Eve et il serait contraire à la volonté de Dieu de les atténuer [en administrant aux femmes du chloroforme comme le propose India]. Cette souffrance est excellente pour les femmes. Elle raffermit le caractère et inhibe les désirs honteux ».

Malheureusement les personnages sont caricaturaux (voire la famille juive forcément nombreuse, chaleureuse et remuante) et leurs motivations manquent de finesse et de complexité. Même le personnage de Sid Malone ('vrai' méchant qui possède un bordel, dirige un trafic d'opium …) voit son comportement très tôt expliqué par une suite de traumatismes vécus dans son enfance. D'ailleurs, dès qu'il rencontre India, il décide de se ranger ! Bref, c'est très manichéen, le méchant coureur de dot est pourri jusqu'à la moelle et les jolis personnages féminins (Fiona la bourgeoise qui vient de l'East End, Ella l'infirmière juive altruiste et Willa l'alpiniste opiniâtre) sont sous exploités.

Pour conclure L'ange de Whitechapel est un divertissement avec quelques longueurs qui sont cependant contrebalancées par une galerie des femmes aux destins mouvementés et résolument sympathiques. Une histoire sans grande originalité mais qui ravira les amateurs(trices ?) de romance qui finissent bien. Pas le roman du siècle mais une lecture pas prise de tête et plutôt bien écrite et renseignée sur l'époque.

A noter, L'ange de Whitechapel est le tome 2 de la « série des roses » de Jennifer Donnelly : (tome 1) L'Insoumise (The tea Rose) raconte l'histoire de Fiona et (tome 3) L'Indomptable (The wild Rose) raconte l'histoire de Willa Alden, jeune alpiniste au destin brisé après une amputation. Je lirai sûrement cette dernière partie car Willa est un personnage qui attire ma curiosité.

Et voilà pour ma 2ème participation au Challenge I love London organisé par Maggie et Titine.

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