les débutantes

Les Débutantes de J. Courtney Sullivan

Traduit de l'anglais (américain) : Commencement

Éditions rue Fromentin (2012)

516 pages / 22 euros

Quatre jeunes femmes se préparent à assister au mariage de l'une d'entre elles. C'est l'occasion d'exhumer les origines de leur amitié et de faire un point sur leurs vies de jeunes diplômées … (*retour en arrière*) En 2002 Célia, April, Bree et Sally intègrent la prestigieuse université féminine de Smith, Massachusetts. Elles ne se connaissent pas, viennent de milieux et d'États différents mais une amitié très forte se noue. Malgré son éducation catholique, Célia abuse des hommes et de l'alcool. April est une féministe-végétalienne-punk parfois incontrôlable. Bree est une « Belle du Sud », femme trophée naïve et qui rêve de se marier. Enfin, Sally se construit sur le vide laissé par le récent décès de sa mère. « 4 filles, 4 styles » (mais pas caricaturaux) : la boute-en-train qui cache un drame personnel et privilégie sa carrière, l'engagée politique fanatique qui prend des risques énormes pour défendre les droits des femmes, l'homosexuelle qui souffre du rejet de sa famille, l'étudiante qui couche avec son prof …

Les Débutantes est un roman de campus universitaire atypique. L'université féminine de Smith est réellement hallucinante. Elle appartient aux 'Sept Sœurs' et en sont diplômées beaucoup de femmes célèbres : Margaret Mitchell, Mme George Bush sénior, Sylvia Plath … « On est des Smithies, après tout, et les liens du sang de Smith sont plus forts que tout » (page 359). Il s'agit d'une université non-mixte (même si les professeurs hommes y sont admis et les jeunes filles qui changent de sexe sont tolérées). L'entre-soi y est exacerbé (les étudiantes couchent ensemble, les hommes sont systématiquement dénigrés) et le féminisme y est très agressif. « Les hommes étaient purement décoratifs, des sujets bons à disséquer et avec qui s'envoyer en l'air. Cette mentalité lui était restée depuis » (page 348). Les jeunes femmes qui y étudient sont libres d'esprit (elles militent – plus ou moins activement - pour les droits de toutes les minorités, assistent à des conférences …) et se construisent 'protégées' de tout regard masculin.

« Aussi libérées qu'elles puissent paraître, ses amies vivaient bel et bien dans un roman de Jane Austen » (page 179). En effet, il est beaucoup question de liaison et de rupture, de mariage et de maternité dans Les Débutantes ! Toutes intelligentes et promises à des avenirs radieux qu'elles soient, Célia, Bree, April et Sally se passionnent pour leurs vies sentimentales et voient le mariage comme un but ultime. Heureusement elles évoluent, leur passage à Smith correspond au passage à l'âge adulte : elles quittent le cocon familial (aimant ou nuisible) pour se construire une identité propre. Or c'est un chemin semé d'embuches où les idéaux sont parfois ruinés.

J'ai énormément aimé Les Débutantes. (* limite, je suis à 2 doigts du coup de coeur *)

J'ai aimé la justesse des relations mères – filles : pour l'auteur, cette relation est à la base du développement des filles (que les mères influencent positivement ou non). J'ai également aimé les questionnements sur la force de l'amitié : peut-elle survivre après l'université, lorsque chacun s'éparpille géographiquement et fait ses propres choix de vie ? L'amitié peut-elle survivre à 'la vraie vie' quand on ne peut s'empêcher de jauger sa propre réussite à l'aulne de celle de ses anciens camarades ? J. Courtney Sullivan tente d'y apporter une réponse toute en nuances. Réunies pour le mariage, ses 4 protagonistes ont des sentiments ambigus : joie, complicité mais aussi jugement (pour des féministes n'est-ce pas un renoncement que de se marier si tôt ?), esprit de compétition … Enfin, Les Débutantes est un roman sur la place de la femme dans notre société : comment concilier toutes nos aspirations ? Comment être soi-même dans une société qui définit d'office le rôle de la 'bonne fille', de la 'bonne épouse', de la 'bonne mère' et ainsi de suite ?

Pour conclure, Les Débutantes est un joli roman d'apprentissage, plein de charme qui m'a mise d'excellente humeur tout au long de ma lecture ! (* j'appelle ce genre de romans des 'bonbons' *). Pourtant il n'est pas léger, les thèmes abordés sont lourds (deuil, prostitution …) et intéressants (famille, amitié …) J'ai adoré lire les points de vue alternés des 4 jeunes filles, résolument nostalgiques. Même si l'élément perturbateur arrive seulement à la 400ème page, je n'ai pas trouvé ma lecture longue (au contraire !). Et surtout, j'ai adoré découvrir l'univers ultra-féminin et féministe de l'université de Smith !