les grandes espérances

Les Grandes espérances de Charles Dickens

(Great Expectations), 1ère parution : 1860-1861

Folio classique / 740 pages

Pip est un orphelin, rudement élevé par sa sœur plus âgée et son époux forgeron, Joe Gargery. Cette enfance morne est bouleversée par 2 évènements fondateurs : l'aide que Pip apporte à un forçat évadé et la rencontre avec l'excentrique Miss Havisham et sa pupille, Estella. Estella est belle, cultivée et très méprisante : il n'en fallait pas plus pour que l'impressionnable petit Pip tombe sous son charme. Dès lors, devenu apprenti-forgeron, Pip rêve d'être un gentleman. C'est chose possible grâce à un donateur aussi anonyme qu'inespéré. Pip va vivre à Londres où il grandit en dépensant beaucoup. Il touche du doigts ses Grandes espérances jusqu'à ce qu'il apprenne l'identité de son bienfaiteur.

Qu'il est difficile de s'attacher à Pip ! (même si la rédemption est à la clé du roman, Charles Dickens n'est vraiment pas tendre avec son personnage !). Toujours insatisfait (« je suis dégoûté par ma profession et par la vie que je mène », p. 205), honteux de ses origines modestes depuis sa rencontre avec Estella qu'il place sur un piédestal (« Je n'avais jamais songé jusqu'à ce jour à avoir honte de mes mains; mais je commençai à les considérer comme deux objets fort médiocres. Son mépris pour moi était si puissant qu'il en devenait contagieux, et je fus contaminé » p.112), ingrat avec le brave Joe et Abel Magwitch, injuste avec la sainte Biddy … La liste est longue. Surtout, Pip cultive une relation à la limite du masochisme avec Estella puisqu'il est conscient d'être amoureux d'une jeune femme en présence de laquelle il n'est jamais heureux !

Les Grandes espérances est un roman d'apprentissage, narré par un Pip adulte et assagi mais mélancolique. Mon édition explique que Charles Dickens avait écrit deux fins à son récit (un happy end relatif et une fin plus cruelle qui me semble personnellement plus cohérente). J'ai vraiment été marquée par l'ambiance triste et fataliste qui pèse sur l'ensemble du roman : je pense aux marais et au cimetière, seuls horizons et terrains de jeu de Pip enfant, je pense à l'aura presque onirique qui entoure Satis House, je pense à toutes les apparitions, les fantômes qui ne cessent d'être convoqués par Dickens et laissent une impression assez étrange au lecteur. Les thèmes également sont romanesques et sombres : destins manipulés (ceux d'Estella et Pip par Miss Havisham), des enfances façonnées qui brisent les êtres devenus adultes (Estella par Miss H. et Pip par Abel Magwitch), des vengeances intemporelles … des trahisons, des condamnations à mort

Malgré tout, il y a beaucoup d'humour dans Les Grandes espérances et des passages très savoureux : l'enterrement de Mme Gargery, le mémorable repas de Noël pendant lequel Pip souffre d'avoir volé de la nourriture pour le forçat ou encore le mariage « par hasard » de Wemmick.

Comme toujours chez Dickens, il y a aussi une critique très mordante de certains aspects de la société victorienne. Dans Les Grandes espérances c'est aux pratiques et à l'industrie du deuil que le romancier s'attaque. Il parle même de « mascarade » (p. 420) lorsqu'il décrit l'enterrement de Mme Gargery : la conduite du cortège funèbre, mené à la baguette par le tailleur (Mr Trabb) improvisé ordonnateur de pompes funèbres, est à hurler de rire (en fait, tout le chapitre 35). De même, j'ai été frappée par les « biens transportables » que Wemmick accepte des condamnés à mort, souvent des bijoux de deuil (p. 265) pour qu'il pense à eux après leur exécution. Cela dit, j'ai été sensible à cet aspect du roman car j'avais en tête Waterloo Necropolis de Mary Hooper qui aborde ce sujet de l'époque victorienne en parlant justement de Dickens.

J'ai quand même quelques réserves sur cette lecture. J'ai ressenti certaines longueurs (notamment lors de l'existence londonienne de Pip et Herbert) tandis que les rebondissements se précipitent (trop ?) vers la fin. Aussi, j'aurai souhaité davantage de passages avec Miss Havisham et beaucoup d'autres entre Pip et Estella (je m'attendais à une histoire beaucoup plus romanesque). Bref ! Ce n'est définitivement pas l'histoire que je retiendrais des Grandes espérances mais sa galerie de personnages inénarrables. Parmi mes préférés, évidemment l'excentrique et rancunière Miss Havisham : « Je vis que la mariée dans sa robe de mariée s'était desséchée comme la robe, et comme les fleurs, et qu'il ne lui restait d'autre éclat que l'éclat de ses yeux cernés » (p. 108). J'ai adoré l'idée du gâteau de noce intact et toujours exposé. J'ai également beaucoup apprécié Joe, un peu benêt, grand cœur et grand sens moral qui sert de père et d'ami à Pip. J'ai beaucoup rit de Wemmick, le clerc de Jaggers, qui développe une double personnalité en fonction qu'il se trouve chez lui (avec son vieux père sourd) ou au travail.

Pour conclure, je reste sur un avis assez mitigé. Ce fut une lecture agréable grâce à la plume de Dickens et a des personnages vraiment mémorables mais qui a peiné à retenir mon attention jusqu'à la fin.

LECTURE COMMUNE, organisée par Adalana.

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