banquisesBanquises de Valentine Goby

Albin Michel (2011) / 246 pages / 18 euros

1982. Sarah, 22 ans, part visiter le Goenland. Ses parents et sa jeune sœur Lisa n'auront plus jamais aucune nouvelle d'elle. A-t-elle choisi volontairement de disparaître ? Pourquoi ? Est-elle morte ? Sa famille devra dorénavant vivre avec cette incertitude qui gangrène leurs vies. 28 ans plus tard, alors que la mort administrative de Sarah est actée, Lisa décide de se rendre à son tour au Goenland, à Uummannaq, pour reconstituer le dernier voyage de sa sœur et essayer de comprendre cette disparition. Elle-même romancière, elle ne connait de cartographie du grand Nord que celle des romans de Herbjorg Wassmo et Jorn Riel. La confrontation avec la réalité et le souvenir de Sarah sera violente … mais nécessaire ?

Dans Banquises, j'ai aimé qu'on ne sache pas à quoi s'attendre (à l'image de Lisa, la narratrice) : Sarah va-t-elle réapparaitre ? Lisa va-t-elle trouver sa trace ? Va-t-on avoir une explication ? Mais ce mystère n'est finalement pas important. Banquises c'est surtout l'histoire d'une famille, de 2 sœurs, a priori ordinaire mais dont l'existence bascule. Une histoire émouvante sur l'absence et les différentes manières d'y réagir, sur la douleur et la culpabilité de ceux qui restent. Lisa, la sœur « survivante », tente de se construire malgré tout, de se faire une place à elle, face à des parents abrutis par le chagrin mais toujours subjugués par leur fille ainée, musicienne passionnée, disparue. C'est très juste, ponctué de non-dits, d'ombres.  

UummannaqJ'ai plus de réserves concernant le style. La narration est hachée et s'affranchit des règles usuelles de ponctuation(il me semble que c'était déjà le cas dans L'Echappée). Cela donne un rythme haletant à certains passages mais une lecture plus laborieuse à d'autres,  notamment ceux au Groenland. Cependant, cette impression est liée à ma déception toute personnelle d'un Groenland à 1000 lieues des jolies images d'Epinal que j'avais (ours polaires, aurores boréales, coquettes maisons en bois de couleurs vives …). En effet, Valentine Goby présente une vision très désillusionnée d'Uummannaq et de son mode de vie basé sur la pêche qui tend à disparaître à mesure que la banquise fond, une ville polluée, pauvre, hantée par les chiens de traineau sauvages, une vie cruelle qui conduit ses habitants au suicide ou à l'alcoolisme.

Pour conclure, Banquises est un joli livre sur le voyage, assurément très dépaysant. C'est également un beau texte sur la disparition d'un être cher et l'incompréhension et la destruction de la cellule familiale qui en résulte.