mugby

L'Embranchement de Mugby de Charles Dickens

Traduit de l'anglais (Mugby Junction)

Première édition : 1866

Gallimard (Folio 2 €) / 114 pages

L'Embranchement de Mugby est une nouvelle très curieuse, touchante et allégorique sur le thème du pardon, de la recherche du bonheur et de la possibilité de recommencer sa vie.

Un soir d'hiver venteux, 'Barbox Frères' arrête son voyage dans une gare spectrale nommée l'embranchement de Mugby. Il s'agit d'un carrefour ferroviaire important au sud de Birmingham. De Barbox Frères, on ne sait presque rien, sinon qu'il ne s'agit pas de son vrai nom, qu'il vient de quitter un travail honni et qu'il a été trahi par une femme. Lui-même ne sait pas où il va et devient « l'homme avec le billet pour nulle part » pour Mr Lalampe, préposé à la signalisation et sa fille infirme, Phébé dont il ne tarde pas à faire connaissance. Barbox Frères entreprend d'essayer toutes les destinations qui partent de l'embranchement avant de décider du chemin qui le rendra heureux. Mais si le bonheur était sous ses yeux ?

Quel début surprenant ! Un quai de gare en pleine nuit, au milieu de nulle part, des personnages nommés à partir d'objets qui les caractérisent, un monologue un brin schizophrène … Tout ça possède un petit côté absurde (j'ai songé à En attendant Godot de Samuel Beckett) et surnaturel vraiment plaisant, renforcé par un cadre spacio-temporel assez flou (un soir de novembre, un carrefour !). Et encore une fois, Dickens invente un portrait de femme particulièrement étonnant : après l'éternelle future mariée Des Grandes Espérances, voilà Phébé la jeune fille éternellement allongée ! Barbox Frère aperçoit son joli minois à l'horizontal au travers d'une fenêtre et n'a de cesse de faire sa rencontre … Ce qui est troublant c'est que Phébé n'est pas réellement souffrante ni handicapée : sa position est une mesure de précaution …

Les 2 derniers chapitres sont des anecdotes sur les employés de la gare, rencontrés par Barbox Frères lors de ses pérégrinations. Le premier est un texte satyrique qui explique pourquoi les buffets de gares d'Angleterre sont si médiocres et mal tenus (notamment face à l'excellence française). Le deuxième texte est une histoire de fantômes un peu glauque.

Peut-être parce qu'il s'agissait pour moi d'une histoire complètement inédite, j'ai ressenti beaucoup plus d'émotions et de finesse dans la morale que dans Un Chant de Noël. Il s'agit également d'un conte de Noël publié dans le recueil de la Maison de l'Âpre vent. A lire sans hésiter !

Ce billet est ma première participation au MOIS ANGLAIS organisé par LOU et TITINE.

 

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