Tamara-DreweTamara Drewe de Posy Simmonds

Traduit de l'anglais

Denoël graphic / 2010

134 pages / 18 euros

Tamara Drewe est un roman illustré très tendre sur le quotidien d'une petite communauté vivant dans la campagne anglaise. C'est incisif, parfois féroce. On est loin d'une BD traditionnelle par la forme et par la richesse des thèmes abordés : affres de la création littéraire, désordres de l'amour et prises de risque des adolescents

Stonefield est une bucolique retraite d'écrivains. La propriétaire, Beth Hardiman, y entretient une atmosphère propice à la création littéraire : silence sacré, oreille attentive, intendance, travail de secrétaire … Son époux, Nicholas, est un auteur à succès prétentieux et coureur de jupons que Beth pardonne après chaque écart. Il y a également Glen, universitaire maladroit et obèse qui a une faible pour Beth et Andy, l'homme à tout faire, au physique avenant. L'arrivée d'une nouvelle voisine va troubler cette paisible routine. En effet, Tamara est une jeune journaliste londonienne, sexy depuis sa rhinoplastie, provocante et superficielle mais globalement plutôt sympa. Tous tombent immédiatement sous son charme. Pourtant, Tamara n'a d'yeux que pour Ben Sergeant, ex-batteur d'un groupe de rock (et véritable salaud). Pour tuer l'ennui (et parce qu'elles sont fans de Ben) 2 ados du coin, Jody et Casey, espionnent et s'immiscent dans la vie privée de Tamara et Ben, ternissant la réputation de Tamara, provoquant rumeurs, défiance et jalousie.

tamara_drewe_afficheTamara Drewe est une chronique très vivante et juste d'un village paumé de la campagne anglaise. Comme il se doit, la narration est rythmée par le passage des saisons. Esthétiquement, c'est très réussi ! J'ai adoré ces paysages de champs, de haies et de vaches sous la neige ou au contraire, verdoyants. Cependant, Posy Simmonds n'édulcore pas la réalité de la vie rurale : ados désœuvrés qui taguent les abribus, rancœur des locaux qui peinent à vivre de leurs terres face aux bobos londoniens qui envahissent leur village pour le week-end … On est loin du niais et du politiquement correct et d'ailleurs, toute l'histoire est teintée d'immoralité !

Les cases sont petites et le texte domine parfois (apparemment, c'est la marque de fabrique de Posy Simmonds) mais les dessins sont précis, les couleurs tendres et pastelles (dégradés de vert, bleu, brun, rose : un vrai régal pour les yeux !). Chaque personnage est croqué avec une étonnante finesse et possède ses mimiques propres (voire l'adorable petite moue de Tamara). Il y a également un réel travail d'écriture des personnages, psychologiquement très construits : Beth et sa dignité culpabilisante de femme trompée, Tamara allumeuse sans aucune estime d'elle-même, Jody et Casey touchantes …

Pour conclure cette présentation sans fausses notes, je vous invite (si ce n'est déjà fait) à découvrir Posy Simmonds. Tamara Drewe a été adapté au cinéma par Stephen Frears en 2010. J'ai vu le film lors de sa sortie en salle mais je n'en gardais pas un souvenir impérissable. Il me semble néanmoins que l'adaptation est assez fidèle à l'oeuvre de Posy Simmonds…

 Ce billet marque ma 5ème participation au MOIS ANGLAIS organisé par LOU et TITINE.

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