max

Max de Sarah Cohen-Scali

Gallimard jeunesse (Scripto) / mai 2012

480 pages / 15,90 euros

Max est un roman jeunesse qui aborde un pan de l'histoire nazie méconnu et terrifiant : les lebensborn (ou fontaine de vie, sorte de fabriques d'enfants aryens parfaits destinés à peupler le Reich, initiés par Himmler) et la 'germanisation' d'enfants polonais kidnappés.

Max est le parcours (fictif) d'un enfant conçu dans un lebensborn en 1936 et dès lors, complètement formaté par l'idéologie et la propagande nazies. Témoin (et acteur) d'opérations d'enlèvements d'enfants polonais, il intègre ensuite une école d'élite, réservée aux privilégiés du Reich. Sa rencontre avec un jeune juif polonais permettra à Max d'évoluer et de prendre du recul. Bref ! Un (anti) héros hors norme, baptisé par Hitler lui-même, fascinant par son endoctrinement (il est antisémite, misogyne, méchant …) mais digne de pitié et finalement attachant.

Comme Christophe Lambert dans Swing à Berlin (Bayard jeunesse, 2012), Sarah Cohen-Scali aborde la Seconde guerre mondiale loin des conflits armés pour privilégier le quotidien des allemands (nazis ou non) du début de la guerre jusqu'à la débâcle berlinoise de 44.

Elle fait le choix étonnant de donner la parole à un fœtus (puis à l'enfant qu'il devient) ce qui permet de tenir à distance les atrocités racontées (et même d'introduire un certain humour noir). En effet, Max est un roman très sombre, violent et qui traite de sujets sensibles (sans voyeurisme mais sans édulcorer la réalité historique non plus) : endoctrinement d'enfants, enlèvements, viols … décrits de manière assez crue ! (d'autant plus que Max, produit de la propagande qu'il subit depuis sa naissance, cautionne ces agissements). Sarah Cohen-Scali cultive le caractère authentique du témoignage de Max (même s'il s'agit d'une fiction) en utilisant un langage familier (voire grossier). Elle provoque, dérange … (c'est le but !). Cette noirceur est cependant contrebalancée par la belle histoire d'amitié entre Max et Lukas et l'évolution psychologique de Max.

Pour conclure, même si Max souffre de quelques longueurs, c'est un roman intéressant notamment pour la qualité de la restitution historique (très bien documentée) et l'approche inhabituelle faite de Seconde guerre mondiale. Un roman jeunesse certes, mais à réserver aux enfants plutôt à partir du lycée.