expiationExpiation de Ian McEwan

Traduit de l'anglais : Atonement

Gallimard (Folio) / 487 pages / 2003 / 8,90 euros

Quel bonheur de retrouver une plume si riche et romanesque après avoir été globalement déçue par mes lectures de la rentrée littéraire. Dès les premières lignes, j'ai été enthousiasmée, complètement admirative du style de Ian McEwan.

Angleterre, août 1935.

Briony, 13 ans, est témoin d'une scène intime entre sa sœur ainée, Cécilia, et le fils de la femme de ménage, Robbie. Sa naïveté ne lui permet pas de comprendre les désirs des adultes, ni pourquoi sa sœur plonge sous les yeux d'un homme d'un niveau social inférieur, dans une fontaine, en sous vêtements. Lors de cette funeste journée caniculaire, chacun rêve de son avenir : Briony, fantasque et exigeante, souhaite devenir écrivain. Cécilia, de retour de l'université, attend qu'il lui arrive quelque chose tandis que Robbie ambitionne une carrière de médecin. Tout est encore possible. Mais un drame survient et tout bascule. Par incompréhension (par jalousie ?), Briony provoque une tragédie et brise plusieurs vies … Les destins de Briony, Cécilia et Robbie se recroiseront pendant la guerre, 5 ans après. Briony, plus mûre, moins égocentrique, cherchera le moyen d'expier son erreur d'enfance.

Expiation est une tragédie magnifique et cruelle, dont le récit est fragmenté entre 3 points de vue, permettant d'introduire des personnages d'une grande complexité psychologique. La mise en place est lente et tendue comme l'introduction d'une pièce de théâtre ou un roman de Virginia Woolf (à laquelle l'auteur fait lui-même référence) : les motivations de chacun sont décortiquées jusqu'à l'élément perturbateur inattendu (une lettre écrite par Robbie pour Cécilia, si choquante dans un contexte très policé !). Ensuite, tout s'emballe, les conséquences sont dévastatrices et Ian McEwan plonge ses personnages dans la Seconde Guerre mondiale, de la déroute des troupes britanniques vers Dunkerque au quotidien des infirmières sous le Blitz londonien. (j'ai d'ailleurs trouvé ces reconstitutions historiques, vivantes, authentiques et passionnantes).  

* attention, spoilers * Un bémol. Suis-je agacée ou amusée par le dernier chapitre dans lequel Ian McEwan révèle qu'il s'est joué des lecteurs ? J'ai eu l'impression désagréable d'avoir été flouée lorsque il écrit qu'un couple d'amoureux survit et prospère pour découvrir ensuite que c'est faux et de comprendre (rétrospectivement) que Robbie était mort à Dunkerque. Malgré tout, c'est bluffant et tellement évident, tellement cohérent : tous les détails concordent comme cette insistance sur le morceau de métal dans le flan de Robbie, sa fièvre, et concernant Cécilia, l'allusion à la bombe tombée sur sa station de métro. * fin des spoilers *

Pour conclure, Expiation est un grand livre sur le pouvoir de l'écriture et de l'écrivain (*grand affabulateur !*) et sur la culpabilité, porté par des personnages émouvants. J'ai autant aimé Briony que Cécilia, spontanée et moderne qui brise les tabous bourgeois autour de la sexualité ou Robbie, jeune homme porté par l'amour.

Du même auteur, j'avais déjà adoré Sur la plage de Chesil