madame butterfly

Madame Butterfly (album) de Benjamin Lacombe

Albin Michel / 70 pages / novembre 2013 / 29,90 euros

Et voilà la dernière pépite de Benjamin Lacombe. Il s'agit d'une adaptation libre de l'opéra Madame Butterfly de Pucini et de Madame Chrysanthème de Pierre Loti (*honte sur moi, je ne connais – sinon de nom – aucun des 2 !*).

C'est l'histoire d'un marin de la Navy, Benjamin Franklin Pinkerton, de passage au Japon pour s'y choisir une épouse exotique et éphémère puisqu'il compte l'abandonner lorsqu'il retournera aux États-Unis. Il tombe sous le charme délicat de Butterfly, geisha qui renie sa famille et ses valeurs par amour pour lui. Au terme d'une âpre négociation avec l'immonde entremetteur Goro, Pinkerton obtient un mariage factice avec la geisha ainsi qu'une maison et une domestique. Mais Pinkerton se lasse vite de la vie quotidienne avec Mme Butterfly, monotone et pleine de rituels désuets. Il quitte donc le Japon en lui promettant qu'il reviendra bientôt … Mais le lecteur sait dès le début que le drame sera l'aboutissement du récit.

Quel conte cruel, porté par un narrateur égoïste ! Certes 'autre époque, autres mœurs' (on est autour des années 1900) mais Pinkerton est un vrai goujat qui considère les femmes japonaises comme des denrées commerciales (et franchement, on peine à croire à ses remords). La pauvre Mme Butterfly est victime des traditions ancestrales du Japon, de la cupidité et du désir des hommes ainsi que de sa pauvreté. C'est un thème vraiment intéressant et rarement (jamais ?) développé dans un album qui évoque le roman Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka.

Les dessins sont somptueux. Le bleu, le rouge et l'orange dominent, créant une ambiance asiatique (qui rappelle Les amants papillons) onirique et élégante, parsemée de beaux papillons. Il s'agit indéniablement d'un drame et c'est pourquoi, la tendresse et les clins d'œil malicieux ne sont pas de mise dans cet album, plutôt mélancolique. Le texte est correct mais aurait gagné à recevoir une mise en page plus aérée et moins classique.  

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La fresque de 10 mètres de long (crayon et aquarelle) est certes belle mais c'est un gadget inutile (selon moi) : comment la déployer ? Et très fragile (*même avec un soin scrupuleux, j'ai déjà déchiré une page*) qui malheureusement, fait grimper le prix global de l'album. Clairement un bel objet que je n'achèterais pas pour le CDI même si l'histoire m'a emballée !

Pour conclure, Madame Butterfly est un bel album que j'ai pris plaisir à lire, autour d'un drame amoureux vraiment tragique.