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Les Heures lointaines de Kate Morton

Traduit de l'anglais (Australie) : The Distant Hours

Presses de la Cité (2011) / 633 pages / 22,80 euros

Probablement parce que je n'avais jamais lu Kate Morton, je craignais une sorte de roman post-victorien convenu et niais comme il y en a pléthore … En fait, Les Heures lointaines est un merveilleux roman autour d'une sombre histoire de famille et d'une énigme littéraire.

C'est l'histoire de 3 sœurs, Persephone, Seraffina et Juniper Blythe, qui vivaient dans un château, sur une colline, à Milderhurst dans le Kent. Leur père, figue tutélaire et autoritaire, est l'auteur à succès de La Véridique histoire de l'homme de boue, conte morbide pour enfants. Pendant la guerre, elles recueillent une petite 'évacuée' londonienne, Meredith. Elles étaient riches et belles et avaient l'avenir devant elles. Mais « la folie était une caractéristique familiale, tout comme le talent artistique et les longues jambes ». En 1992 (soit 40 ans après) une jeune éditrice, Edie Burchill découvre le secret de sa mère Meredith, lequel est étroitement lié au destin malheureux des sœurs Blythe. Elle décide d'enquêter sur la jeunesse de sa mère ...

Les Heures lointaines est un roman qui navigue entre 2 époques et alterne les points de vue, livrant progressivement des indices sur les mystères qui entourent le château de Milderhurst « murs anciens qui chantent les heures lointaines ». L'histoire est longue à démarrer et ni la construction ni l'intrigue ne sont originales : amateurs d'ambitions contrariées, de personnages féminins hors-norme, de trahisons et de culpabilité qui détruisent des vies, de drames qui se (de)nouent sous la tempête … ce roman est pour vous !

MAIS, il y a indéniablement un petit plus.

Kate Morton écrit fort bien et toutes les pistes qu'elle sème pendant 900 pages s'emboitent à la fin. Ses personnages sont (à défaut d'être tous fouillés) sensibles et intéressants. J'ai éprouvé pour eux énormément de tendresse et d'empathie (notamment pour la petite Merry qui voit sa vie bouleversée par la transplantation dans un milieu social qui correspond à ses ambitions littéraires et intellectuelles. Pour en être cruellement arrachée). Surtout, j'ai aimé la relation entre Edie et sa mère, douloureuse et touchante. Kate Morton sait inventer des cellules familiales vibrantes, émouvantes et qui fonctionnent à merveille. L'enquête menée par Edie est passionnante et désuète (en 1992, elle utilise encore les archives papiers !!).

Enfin, l'ambiance typiquement anglaise est un régal (les excursions campagnardes de Edie font rêver) et les passages gothiques du château (hanté ?) sont délicieusement effrayants/énigmatiques. La tension n'est jamais absente et la présence fantomatique du père Blythe apporte une touche supplémentaire de mystère.

Les Heures lointaines est un roman dense sur la famille (comment protéger sans emprisonner ?), sur le poids des non-dits, de l'hérédité et de la culpabilité, sur la création et la figure de l'écrivain maudit … Certes, il y a des imperfections (quelques longueurs, l'histoire de Meredith qui ne s'intègre pas très bien à celle du château) mais je me suis complètement laissée emportée par la mélancolie qui s'en dégage et par la belle relation mère/fille.

Il s'agit du 3ème livre que j'extrais de ma PAL en 2014 et cela sera donc ma première contribution au Myself Challenge de Romanza.

Challenge myself 2014