les Désorientés

Les Désorientés de Amin Maalouf

Grasset / 2012 / 519 pages / 22 euros

Je ne connaissais pas du tout Amin Maalouf. C'est par hasard que j'ai choisi ce roman à la bibliothèque : de belles couleurs et une 4ème de couv' qui évoque des retrouvailles d'amis … Il ne m'en fallait pas plus ! Bon choix, car Les Désorientés fait partie de ces livres qui enrichissent humainement et culturellement.

Années 70, Liban. Une bande d'étudiants idéalistes, chrétiens, juifs ou musulmans, se réunissent pour rêver d'avenir. Lorsque la guerre éclate et s'installe dans le Levant, leurs amitiés sont malmenées : il y a ceux qui fuient à l'étranger, ceux qui trahissent, ceux qui meurent et ceux qui restent … 25 ans après, le narrateur Adam (*qui ressemble assez à Amin Maalouf *) revient sur des souvenirs qui ont la nostalgie des paradis perdus et décide de provoquer des retrouvailles pour rendre hommage à l'un d'entre eux qui vient de mourir.

Les Désorientés est un roman sur la séparation, l'émigration et l'exode. J'ai été très touchée par le sujet du retour au pays d'Adam qui s'interroge : est-ce toujours 'son' pays ? Il craint (il a honte) d'être confondu avec un touriste … C'est un joli témoignage sur les minorités (Adam est chrétien arabe mais également un arabe en France) et leur identité, difficile à définir. Il s'agit également d'un roman sur l'amitié : c'est avec tendresse et franchise que le narrateur fait revivre ses amis, sans les juger mais avec compassion.

Enfin, j'ai aimé découvrir le Liban même s'il s'agit d'une vision assez nostalgique et idéalisée (revendiquée par l'auteur qui curieusement, ne cite JAMAIS le nom de son pays). On assiste et on est touché par les conséquences de la guerre : « Certains d'entre nous n'ont jamais voulu l'appeler par son nom, mais c'était bien une guerre, 'notre guerre, celle qui, dans les livres d'histoire, porterait notre nom. Pour le reste du monde, un énième conflit local ; pour nous, le déluge » (p. 37).

Pour conclure, Les Désorientés est un roman qui m'a fait voyager et rencontrer de belles personnes. En revanche, il ne s'agit pas de retrouvailles 'à la Bruel' et je m'interroge encore sur le choix de cette fin (inutilement?) triste …

« Ce qui tu portes dans ton cœur ne me regarde pas. Ce que tu portes à l'extérieur est une affirmation publique à l'intention des tiers, et par conséquent, ça me regarde. J'ai le droit d'approuver comme de désapprouver. J'ai le droit d'être réconforté, comme j'ai le droit d'être mal à l'aise. » (p. 364)