l'empreinte de toute chose

L'Empreinte de toute chose de Elizabeth Gilbert

traduit de l'anglais (États-Unis) : The Signature of all Things

Calmann-Lévy (2013) / 611 pages / 21,90 euros

L’Empreinte de toute chose est un roman original et passionnant, malgré quelques (légères) longueurs.

J'ai adoré me plonger dans l'époque passionnante où l'étude du monde naturel remet en cause les vérités bibliques. C'est l'époque de la théorie de l'évolution des espèces, des fossiles, des terra incognita à découvrir … qui provoquent un retour au mysticisme (voire à l'obscurantisme). Cela m'a rappelé un autre excellent roman : Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier. J'ai trouvé cette approche de la première moitié du XIXème siècle pleine de fraîcheur (on est loin des héroïnes de Jane Austen !)

L'histoire de la famille Whittaker est également une métaphore de l'Amérique en train de se constituer comme nation et économie modernes. L'Empreinte du monde c'est l'ascension sociale d'un émigré britannique, rejeté par le vieux contient parce que sa fougue et son extraction prolétaire font peur. Ambitieux et laborieux, Henry Whittaker construit en quelques années une entreprise d'import-export mondialement reconnue. Le flamboyant, le terrible Henry Whittaker est l'exemple même du self-made-men américain.

Enfin, c'est un beau et singulier destin de femme, non dépourvu de romanesque ou d'aventures.

Alma Whittaker est la fille de Henry W. et d'une mère hollandaise très rigoureuse. Née en Pennsylvanie en 1800, Alma est éduquée parmi les plus audacieuses idées de la science et de l'innovation, ce qui suscite chez elle un besoin (presque obsessionnel) de comprendre la Nature, qu'elle cultivera jusqu'à sa mort. Alma est un portrait de femme ambivalent : elle hérite de son père une immense liberté de pensée et devient une brillante botaniste mais reste solitaire et casanière. J'ai aimé qu'elle n'emprunte pas les chemins attendus, notamment dans ses fulgurances amoureuses.

Pour conclure, voilà un énorme roman (plus de 600 pages) très plaisant à lire bien qu'assez mélancolique, parfois très dépaysant : on part d'un décor 'familier' (les jardins botaniques royaux de Kew) pour rejoindre l’expédition de Cook puis le Pérou, Tahiti, la Hollande … Une réussite !