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L'Infortune de Kitty Grey de Mary Hooper

traduit de l'anglais : The Disgrace of Kitty Grey

Les Grandes Personnes (avril 2014) / 281 pages / 16,50 euros

L'Infortune de Kitty Grey est l'histoire d'une adroite, honnête et courageuse petite laitière de 15 ans, nommée Kitty. « Bien que Katherine soit mon nom de naissance, tout le monde dans la maison m'appelle Kitty, Katherine étant apparu comme trop noble pour une laitière » (p. 8). Elle aime son métier et caresse le rêve simple d'épouser Will, jeune batelier, et de s'établir dans un cottage avec lui pour fonder une famille. Mais Will disparaît brusquement et Kitty le soupçonne de l'avoir abandonnée. Elle décide d'aller le chercher mais se retrouve propulsée dans le Londres de 1813, sans le sou et encombrée d'une orpheline de 5 ans. Kitty et la fillette sont rapidement prises dans les mailles de la justice et emprisonnées à Newgate.

Après Waterloo Necropolis et Velvet, Mary Hooper récidive (pour mon plus grand plaisir) dans le roman historique ayant pour toile de fond l'Angleterre du XIXème siècle. Il s'agit d'un roman classique porté par une héroïne très brave (cependant moins naïve que les autres) et qui se conclu par un happy end rocambolesque (*cela dit, Kitty traverse tellement d'épreuves que c'est mérité !*). C'est une grande réussite (ce qui n'empêche pas un certain manichéisme) avec un tempo haletant (et souvent tragique).

L'énorme point fort, c'est le contexte historique extrêmement soigné et documenté. Si l'histoire commence de manière originale dans un charmant et idyllique cadre pastoral (la campagne du Devon), elle dévoile ensuite les rouages inhumains de la justice anglaise du XIXème siècle où les violences et injustices (institutionnelles donc !!) faites aux pauvres (aux filles-mères, aux plus vulnérables …) sont proprement affolantes.

Le récit se termine sur un dossier historique passionnant qui revient sur des aspects emblématiques (la prison de Newgate, la déportation de prisonniers …) ou méconnus (les fêtes du mois de mai, les laiteries des villes et de la campagne …) de la vie quotidienne ou culturelle britannique. J'ai notamment apprécie l'article sur les fêtes du mois de mai, d'actualité : « Jusqu'à très récemment, on pratiquait cette coutume naïve consistant à se laver le visage avec de la rosée d'un matin de mai, qui était censée faire grand bien à la peau et la rendre belle et saine. Il y a plus de 350 ans déjà, le chroniqueur Samuel Pepys écrivait qu'il avait été réveillé à 3h du matin par sa femme qui partait en calèche avec ses domestiques pour aller recueillir la fameuse rosée de mai. De nombreuses autres traditions sont liées au mois de mai. La plus connue, certainement, est celle de la danse autour du mât enrubanné »