pourquoi être heureux quand on peut être normal

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson

Traduit de l'anglais (Why Be Happy When You Could Be Normal ?)

Points / 258 pages / 6,90 euros

Habituellement, je ne lis pas de récits de vie ou d'autobiographies dont les auteurs sont toujours vivants, sauf s'il s'agit d'un témoignage historique. Mais les billets de Théoma et Galéa ont piqué ma curiosité …

Dans Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?, Jeanette Winterson raconte son enfance auprès d'une mère adoptive monstrueuse, dans la banlieue ouvrière de Manchester des années 60/70. Seuls les livres, empruntés en cachette à la bibliothèque municipale, puis ses propres romans sauvent Jeanette. « Ne sachant quoi lire ni dans quel ordre, j'ai suivi l'alphabet. Dieu merci, elle s'appelait Austen … » (page 50). Forcément, lorsqu'on grandit sans amour, sans argent, après un exorcisme parce qu'on aime une fille alors qu'on en est une, difficile d'être normale ! Quant à être heureuse … Peut-être cela passe-t-il par la recherche des origines ? C'est cette quête de soi qui est au cœur du livre. D'ailleurs, dans une seconde partie, l'auteur raconte ses démarches (dignes de Kafka) pour connaître ses parents biologiques.

J'avoue avoir été plusieurs fois mal-à-l'aise lors de ma lecture.

C'est peut-être idiot de ma part d'être chagrinée par ça (et c'est évidemment son droit) mais Jeanette Winterson livre SA version (férocement à charge) de ses parents adoptifs sans qu'ils puissent se défendre ou s'expliquer. J'aurai aimé (comme elle, j'imagine) avoir des clés : pourquoi cette femme était-elle si horrible ? Et pourtant, Jeanette Winterson (dont j'admire l'envie de vivre, d'avoir droit à l'amour et au bonheur) n'est pas sans compassion pour cette femme. Vraiment incroyable.

En outre, j'ai été gênée devant cette mise à nu, sans concession et incroyablement lucide, des sentiments de l'auteur (surtout lorsqu'elle évoque sa relation avec sa mère biologique). C'était comme de lire le journal intime de quelqu'un et j'ai pas aimé cette impression d'être le témoin indésirable d'une famille en reconstruction (et dont les membres sont toujours en vie !).

BREF !

Je ne suis pas restée insensible à ce livre (un essai ? Un témoignage ?). Après une première réaction d'incrédulité (comment une enfant peut-elle survivre à une mère si toxique et maltraitance ?), j'ai trouvé absolument formidable la manière dont Jeanette Winterson écrit sur la littérature. Ses réflexions littéraires (et plus généralement sur l'adoption, la famille, la maltraitance, l'identité …) sont incroyablement denses et passionnantes. Et surtout, j'ai été touchée par le message qui ressort du livre : une enfant (une femme) sauvée par les mots, la lecture et la création …