en finir avec Eddy Bellegueule

En finir avec Eddy Bellegueule de Édouard Louis

Éditions du Seuil (janvier 2014) / 220 pages / 17 euros

Sachant qu'il s'agirait probablement d'une lecture insoutenable, je me suis armée de courage pour lire le témoignage de l'enfance picarde et traumatique d'Édouard Louis, à la fin des années 1990. Et ce fut insoutenable.

Stigmatisé dès son plus jeune âge car différent des autres enfants, Édouard Louis raconte un microcosme où le déterminisme social semble inéluctable (bien que lui-même en soit sorti, grâce à l'école ? grâce à son intelligence ?), où l'alcool, l'ignorance, la violence et la précarité sont ordinaires. Concernant ses parents, il décrit des valeurs (notamment en matière d'éducation), tellement éloignées de celles qui m'ont été transmises que l'incrédulité ne m'a pas lâchée : comment est-ce possible ? En revanche, les passages sur les violences et humiliations dont il est victime au collège me sont malheureusement forts familiers. Je regrette juste qu'il n'évoque principalement qu'une facette de l’École (le harcèlement scolaire) sans raconter le reste (pour être là où il est maintenant et avoir intégré Normale Sup', l’École et les enseignants ont forcément joué leur rôle).

Pour conclure, j'ai évidemment éprouvé beaucoup d'empathie pour le petit Eddy. Mais comme toujours dans ces récits d'enfance au sein de familles dysfonctionnelles, j'ai été gênée/glacée par le degré d'intimité que l'auteur dévoile sur ses parents, par sa lucidité également (comme ce fut le cas avec Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson).

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les vestaires

Les Vestiaires (BD) de Timothée Le Boucher

La boite à bulles (Hors Champs) / 2014 / 128 pages / 20 euros

 « J'ai appris que pour ne pas se faire humilier, il faut humilier à son tour »

 Dans la foulée de En finir avec Eddy Bellegueule, j'ai fait une seconde lecture sur le harcèlement scolaire, également très dérangeante. Il s'agit d'une BD avec une unité de lieu singulière : les vestiaires des garçons, dans un collège. Idée intéressante puisque l'absence d'adultes et la focalisation sur le physique/les corps en pleine puberté exacerbent la vulnérabilité ou la cruauté des adolescents. Chaque jeudi (avec et après le cours de sport) on y retrouve donc une quinzaine de garçons, faciles à identifier : il y a le groupe des cool, des redoublants, des intellos … et le souffre-douleur.

Le point positif de cette BD c'est la vision hyperréaliste des collégiens et de la subtile hiérarchie d'une classe (de 3ème, je pense). Cet équilibre social change sans cesse et (les enseignants sont bien placés pour le dire), il est fort difficile à percevoir de l'extérieur. Pour une fois également, l'auteur dénonce les harceleurs mais aussi les simples spectateurs (toujours bien présents sur les planches) entre compassion et participation silencieuse. Autre point positif, le dessin épuré qui rappelle Bastien Vivès (même si j'ai d'abord eu du mal à identifier les garçons).

Le bémol (lié au procédé narratif) c'est le caractère elliptique du récit (on ne voit rien d'autre que les vestiaires) et c'est frustrant, j'avais parfois l'impression de rater des choses … A proposer donc plutôt à des lycéens d'autant plus que la fin est tout de même très brutale.