prières pour celles qui furent volées

Prières pour celles qui furent volées de Jennifer Clement

Traduit de l'anglais (États-Unis) : Prayers for the stolen

Flammarion / août 2014 / 270 pages / 20 euros

Prières pour celles qui furent volées est le 2ème titre de la rentrée littéraire 2014 que je termine (avec L'Homme de la montagne) pour 3 ou 4 abandonnés en cours de lecture. C'est la chronique d'un village isolé de la montagne mexicaineles filles sont volées par les narco-trafiquants.

Dans les montagnes du Guerrero au Mexique, naître fille est une malédiction. Les mères prétendent accoucher de garçons, enlaidissent les adolescentes trop jolies et cachent les fillettes sous terre dès que se font entendent les 4x4 des trafiquants de drogue. En effet, l'enlèvement des femmes est une pratique courante, qui ne donne lieu à aucune enquête de police ou de l'armée, toutes corrompues : « une femme disparue, c'est comme une feuille de plus emportée dans le caniveau après l'orage » (p.81). Ces filles et leurs mères sont vulnérables car les hommes sont absents : émigrés aux États-Unis pour travailler, ils reviennent rarement.

C'est dans cette atmosphère de peur que Paula, Maria, Estefani et Ladydi grandissent. Ladydi raconte leur enfance rythmée par le va-et-vient des travailleurs sociaux qui fuient dès qu'ils peuvent retourner à Acapulco, l'herbicide largué sur les champs de pavots et de marijuana (et les populations locales), les impacts de balle qui criblent les habitations … Jusqu'à ce que [presque] fatalement, Ladydi se retrouve mêlée à un crime en lien avec la drogue.

L'équation femme/drogue/Mexique est d'actualité sans pour autant être fréquente en littérature. Ce cadre m'a plu : le récit de l'enfance de Ladydi n'est certes pas commun (« Peut-être que je devrais te casser les dents, a dit ma mère » (p.11). « Dans nos montagnes, il ne naissait que des garçons et certains d'entre eux se métamorphosaient brusquement en filles vers l'âge de onze ans » (p.13). La relation de Ladydi avec sa mère alcoolique est également intéressante.

Je n'ai cependant pas été complètement convaincue par ce livre. J'ai trouvé l'écriture plate, les chapitres trop courts qui ne permettent pasau lecteurd'être réellement impliqué dans l'histoire racontée. Le roman est certes facile à lire mais loin du livre coup-de-poing auquel je m'attendais. En effet, il ne s'agit ni d'un roman noir, ni d'un témoignage authentique, car tout est conté du point de vue innocent de Ladydi qui finalement très en marge du monde de la drogue et de la délinquance … Mais une lecture intéressante quand même, que je recommande.