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L'Océan au bout du chemin de Neil Gaiman

Traduit de l'anglais (The Ocean at the End of the Lane)

Au Diable Vauvert (juillet 2014) / 314 pages / 18 euros

C'est toujours avec plaisir que je (re)plonge dans l'univers si singulier de l'auteur britannique Neil Gaiman. Entre lui et moi, c'est une longue histoire : j'ai adoré American Gods (2001) (absolument admirable d'érudition), j'ai frissonné avec Coraline (2002) (et surtout sa jolie adaptation en film), je conseille toujours Odd et les géants de glace (2008) aux élèves et l'un des mes épisodes favoris de Doctor Who est L’âme du TARDIS dont Neil Gaiman a écrit le scénario (saison 6).

Sussex, années 60 (mais le récit a l'intemporalité du conte).

Un homme adulte (qui pourrait être Neil Gaiman lui-même car il avoue avoir « pillé le paysage de [sa] propre enfance » p.312) retourne sur les lieux de son enfance et se souvient d'une suite d’événements survenus l'été de ses 7 ans. Il était alors un petit garçon solitaire, timoré et passionné par les livres d'aventures : « Il y avait plus de sécurité dans les livres qu'avec les gens » (p.22). Le suicide d'un prospecteur d'opales et la rencontre avec Lettie Hempstock, de la ferme voisine, va bouleverser le quotidien mélancolique de l'enfant.

L'Océan au bout du chemin baigne son lecteur dans un univers proche du conte où les adultes ne sont pas fiables et où le fantastique bouleverse le quotidien et la sphère intime d'un enfant, renforçant sa vulnérabilité. En ouverture de son roman, Neil Gaiman cite une belle phrase de Maurice Sendak : « j'ai gardé de ma propre enfance un souvenir vivace … je savais des choses terribles. Mais je savais qu'il ne fallait pas laisser voir aux adultes que je savais. Ça les aurait effrayés ». J'ai effectivement beaucoup songé à Max et les Maximonstres pendant ma lecture.

max et les maximonstres

Neil Gaiman joue la simplicité (la ferme terroir des Hempstock par exemple) et introduit le surnaturel avec une admirable économie de moyens. Paradoxalement, il instille une subtile impression de malaise et certains passages sont même assez angoissants (la transformation du père, la morale sournoise d'Ursula Monkton …). Globalement, c'est un roman mélancolique, à l'ambiance très étrange : un roman sur l'enfance oui, mais pas forcément pour les enfants (même si le 'héros' est lui-même âgé de 7 ans).

Il y a donc énormément de choses dans ce dense 'petit' roman de 300 pages : une réflexion sur le souvenir, sur les peurs/cauchemars de l'enfance, une relation père/fils compliquée (j'ai été très touchée par les magnifiques mots de pardon pour le père) … 

Pour conclure, je rejoins Radicale : c'est un beau coup de cœur et indéniablement mon livre favori de la rentrée littéraure 2014 !