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Le Blues des petites villes de Fanny Chiarello

École des Loisirs (Médium) / 2014 / 15 euros

Sidonie, 14 ans, est misanthrope, aime la musique classique, écrire des poèmes, déteste les centres commerciaux et rêve d'étudier à Paris pour s’extraire de l'ennui de son village de grande banlieue. Elle se définie elle-même comme « atypique ». Sidonie appelle les filles populaires « des décalcomanies » (en rapport avec leur manque d'originalité et leur propension a se comporter toutes de manière identique) et les garçons « des morses ». Avec un tel comportement, Sidonie n'a pas beaucoup d'amis et souffre d'un évident vide affectif. Alors, lorsqu'elle rencontre enfin d'autres filles différentes, elle s'agrippe, elle harcèle … et se retrouve rapidement seule à nouveau. Jusqu'au jour où Sidonie fait la connaissance de Rebecca.

On entre immédiatement dans l'histoire grâce au ton décalé (voire caustique et hautain) de Sidonie et le lecteur comprend rapidement que ce livre sera différent, à l'image de sa couverture un peu désuète qui tranche avec la production éditoriale jeunesse actuelle.

Le Blues des petites villes est un roman que j'aurai adoré lire lorsque j'étais adolescente : c'est l'histoire d'une amitié/amoureuse passionnée, fusionnelle, entre Sidonie et Rebecca qui vivent leur relation en toute naïveté jusqu'à ce qu'elles se heurtent au jugement des autres (le lycée, la famille de Sidonie) et qu'elles soient victimes d'homophobie. 

J'ai aimé que l'auteur traite l'histoire de Sidonie et Rebecca comme n'importe quelle romance adolescente (et ne fasse pas 'un roman de commande sur l’homosexualité') : il y a la complicité qui se créée (autour de la musique), les sensations qu'on découvre … Puis viennent la fougue, l'envie de tout partager, l'exubérance des premiers émois amoureux qui rendent cette histoire très authentique et universelle, et parlera à tous les adolescents.

La dernière partie (lorsque l'été achevé, les ados retournent au lycée) m'a semblé moins convaincante et inutilement dramatique. Mais c'est un détail car j'ai trouvé prodigieusement courageux de la part de l'auteur et de l'éditeur (dans le climat actuel) de porter un message sans ambiguïté ni didactisme ni prosélytisme sur l'amour entre personnes du même sexe et leur possibilité d'un avenir commun ordinaire.

Le Blues des petites villes est une histoire émouvante, portée par une ado attachante (et exaspérante) qui peine à trouver sa place dans sa petite ville et qui découvrira finalement que ce n'est pas l'environnement qui compte, que même Paris peut s'avérer décevant si l'on y est mal ou pas accompagné !