la couleur du lait

La Couleur du lait de Nell Leyshon

Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) : The Color of Milk

Phébus (littérature étrangère) / août 2014 / 174 pages / 17 euros

Voilà un roman de la rentrée littéraire de septembre que j'avais repéré depuis longtemps et qui ne m'a pas déçue. La Couleur du lait est certes court mais psychologiquement intense.

C'est le témoignage (fictif) d'une jeune fille de 15 ans nommée Mary qui souhaite « raconter les choses telles qu'elles sont arrivées ». C'est donc sa confession que nous livre l'auteur, avec les fautes et le manque de ponctuation que ferait une personne qui vient d'apprendre à lire. Je redoutais cette aridité mais finalement, la narration n'est ni artificielle ni lourde à lire et c'est plutôt une réussite (même si on peut s'étonner que Mary rédige 150 pages après avoir appris à lire en quelques mois seulement …)

Avec Violette, Béatrice et Hope, elles sont les 4 filles d'un couple de fermiers pauvres, vivant dans la campagne anglaise des années 1830. Leur vie est épuisante, rythmée par les travaux des champs, l'entretien des animaux et les coups de sang d'un père violent (non tempérés par une mère insensible). Un jour, Mary est 'vendue' par son père pour servir de domestique au presbytère. De « fille de ferme », Mary doit s'habituer à être une « fille de maison ». C'est au presbytère qu'elle apprendra à lire et à écrire (mais à quel prix …)

J'ai beaucoup apprécié le personnage de Mary. Elle est considérée comme simplette par sa famille parce qu'elle pose (et se pose) beaucoup de questions. Lorsqu'elle est au presbytère, sa naïveté, son franc-parler et son manque d'instruction ne dissimulent pas un esprit aiguisé, rebelle et curieux. Malgré l'univers de superstition et d'ignorance dans lequel elle a été élevée, Mary perçoit instinctivement combien son existence est aliénée aux désirs/volontés des hommes, combien sa vie est limitée et prédestinée.

Évidemment, la condition féminine étant ce qu'elle est en Angleterre, en 1830, l'histoire d'une jeune fille comme Mary (qui rêve de liberté) s'achève sur un drame (annoncé dès le début et par la 4ème de couv'). Cette dernière partie est d'ailleurs celle (plus convenue) qui m'a la moins convaincue.

Pour conclure, La Couleur du lait est un roman dur et brut sur la condition féminine (et paysanne) au XIXème siècle. Pour autant il n'est pas sordide, juste poignant.