l'incertitude de l'aube

L'Incertitude de l'aube de Sophie Van der Linden

Buchet Chastel (septembre 2014) / 149 pages / 13 euros

Après la mondialisation et le travail à la chaîne dans les usines textiles chinoises (La Fabrique du monde), Sophie Van der Linden utilise un autre sujet d'actualité comme matière première à un récit romanesque : le terrorisme. Elle s'inspire de la prise d'otage de Beslan en Russie, survenue en 2004.

En ce jour de Fête de la Rentrée, des hommes cagoulés de noir prennent en otage les enfants et certains adultes de l'école d'Anushka. Trois jours durant Anushka, sa meilleure amie Miléna et la maman de Miléna sont taraudées par la peur, la soif et la chaleur. Des terroristes le lecteur ne saura que leur violence, car c'est la voix intérieure de l'enfant qui raconte …

Or que c'est doux les pensées d'une fillette qui tente de s'évader de l'enfer … Anushka combat courageusement l'angoisse et l'attente grâce à de petites ritournelles et comptines enfantines issues du patrimoine russe, elle s'invente des sauveurs, elle se culpabilise aussi (n'aurait-elle pas fait assez de bonnes actions ?), elle se remémore les plaisirs tout simples de sa vie de fillette et s'inquiète pour son grand-père qu'elle aime beaucoup … Naïveté et lucidité se mêlent étrangement dans ce monologue intérieur, très riche.

L'Incertitude de l'aube est un roman grave et poétique sur l'innocence de l'enfance dont on devine d'emblée le dénouement dramatique. C'est un roman plein d'émotion auquel cependant, je préfère toujours La Fabrique du monde (un de mes 2 coups de cœur de la rentrée littéraire de 2013).