Hypatia

Hypatia de Arnulf Zitelmann

Traduit de l'allemand par Bernard Friot

École des Loisirs (Médium) / 278 p. / 2000 / 9 euros

C'est en faisant des recherches sur les femmes mathématiciennes que j'ai rencontré la figure passionnante d'Hypatie (ou Hypatia).

Dans l'Antiquité tardive (vers 400 après JC), Alexandrie est le grenier à blé de l'Empire romain. Des troubles sociaux et des intrigues politiciennes gangrènent la cité jadis prospère, tandis que les derniers hellènes coexistent difficilement avec les égyptiens oppressés et les escouades armées de l'évêque Cyrille, défenseur du nationalisme égyptien face à Rome.

Ce roman est une œuvre de fiction mais Hypatia exista bel et bien. Philosophe, mathématicienne et astronome, très cultivée et raffinée, elle enseignait à l'université d'Alexandrie et resta fidèle aux dieux de Platon, les dieux grecs. A cause de cela, elle était la cible de l’Église locale et fut assassinée par les Chrétiens. « La solidarité chrétienne ne remit pas en question les barrières entre les sexes. On pratiquait 'l'amour fraternel' mais on ignorait ses sœurs. Hypatia, fille de Théon, fut la première victime de cette misogynie qui aboutit, des siècles plus tard, aux sanglantes chasses aux sorcières. Hypatia est la représentante de milliers de femmes anonymes. C'est pourquoi son nom doit pas être effacé de l'Histoire » (p.378). Pas étonnant, qu'on la retrouve comme une héroïne romantique (par exemple, sur les photographies de Julia Margaret Cameron).

Hypatia par Julia Margaret Cameron, 1868

Ce destin de femme n'est toutefois pas au cœur de ce roman jeunesse qui s'attache au point de vue de Thonis, un jeune scribe égyptien nouvellement affranchi. C'est l'observateur naïf des derniers mois de vie de sa maîtresse puisqu'il rentre au service d'Hypatia comme secrétaire et bibliothécaire personnel. Il est curieux, moralement juste et délicieusement naïf en amour : bref ! Un joli personnage positif auquel on s'identifie facilement, contrairement à Hypatia qui est entourée d'une aura d'autorité.

Autre bon point, la reconstitution réussie d'une ville et d'une maisonnée grecques traditionnelles ainsi que le mode de vie de ses habitants. En outre, Arnulf Zitelmann n’édulcore pas la réalité : la société civile décrite est étonnamment violente (la justice est rendue par la torture, l'esclavage ne pose pas de cas de conscience …) et il dénonce le fanatisme religieux de la jeune Église chrétienne.

Pour conclure, Hypatia est un roman historique pour la jeunesse exigeant qui n'échappe pas à un certain didactisme. Cependant, les thèmes développés sont passionnants comme la place des femmes dans la société antique, les persécutions perpétrées par les Chrétiens, l'importance des livres/du savoir et le déclin de la civilisation grecque.

Pour ma part, je suis à la recherche d'autres lectures sur cette mathématicienne et philosophe d'Alexandrie, cette fois-ci plus savantes et documentées.