la nuit a dévoré le monde

La Nuit a dévoré le monde de Pit Agarmen

Robert Laffont (2012) / 230 pages / 18 euros

Après l'histoire de super-héros qui n'en était pas une (Je suis un dragon), je découvre que Pit Agarmen/Martin Page avait déjà fait le coup, avec l'histoire de zombies qui n'en est pas une !

La Nuit a dévoré le monde est un roman psychologique étonnant qui emprunte tant aux séries d'horreur (The Walking dead) qu'aux classiques de la littérature de survie (Le Dernier homme de Mary Shelley ou Robinson Crusoé).

Le narrateur, 36 ans, asocial, auteur de romans à l'eau de rose, insatisfait en amour, est l'antithèse des héros du genre (on est loin de Rick ou Daryl !). Alors qu'une épidémie/attaque de zombies ravage Paris et les parisiens, le narrateur comprend que sa survie passe par l'isolement (l'enferment?) et se réfugie dans un appartement de Pigalle. Du haut de sa tour d'ivoire, il assiste à la fin de la civilisation et rédige son journal.

Dès les premières pages, j'ai été happée par la lucidité et la quasi instantanéité avec laquelle le narrateur comprend la nature de l’événement auquel il assiste : « Il n'y avait pas à tergiverser. Dès ces premières secondes, j'ai su que ce n'étaient pas des psychopathes ou des terroristes, mais des créatures d'une toute autre nature. Comment appelle-t-on des êtres qui ne s'arrêtent pas après avoir pris une dizaine de balles dans le corps et qui confondent les gens avec des sandwiches ? »

Étonnamment pour un livre de fin du monde, c'est un roman avec peu de rebondissements et une unité de lieu. Comme l'action se concentre dans les premières pages, j'étais très curieuse de voir comment Pit Agarmen aller mener les 200 suivantes. Et surprise : aucune longueur, aucun temps mort, la narration sous forme de journal intime est ultra efficace. « L'espérance dans un monde dévasté est une saloperie. Le passé est un piège, le futur aussi. Il ne reste que l'instant présent. Une seconde est une forteresse indestructible ».

Avec un génie de la formule cynique et drôle (comme dans Je suis un dragon), Pit Agarmen décrit minutieusement les étapes par lesquelles passe son survivant. Surmonter sa panique et sa sidération, meubler sa solitude et le silence, gérer ses questions existentielles sans perdre l'esprit ou, plus prosaïquement, organiser sa survie. Qu'il s'agisse de réflexions sur l'Humanité et notre société moderne, sur le métier d'écrivain ou la critique d'un certain milieu parisien branché/snob, tout sonne juste. Et cette question qui revient régulièrement : qu'est-ce que vivre ? Pourquoi survivre ? Pit Agarmen amène son lecteur à une conclusion inattendue et perturbante mais non dénuée de sens.

La Nuit à dévoré le monde est un roman anxiogène (parfois gore), sombre et réaliste, qui interroge beaucoup. J'ai beaucoup aimé.