La-Dame-du-manoir-de-Wildfell-Hall

La Dame du manoir de Wildfell Hall de Anne Brontë

Publié en 1848 sous le pseudonyme de Acton Bell

Archipoche (2012) / 565 pages / 6,60 euros

Dès que j'ai vu ce titre en libraire, je me suis jetée dessus : un roman des sœurs Brontë que je ne connaissais pas !! Deux ans après, ce fut finalement une lecture plaisante bien que moins frappante que celle des Hauts de Hurelvent ou de Jane Eyre (*Attention, quelques légères indiscrétions se sont glissées dans mon billet*)

La Dame du manoir de Wildfell Hall est Helen Graham, une mystérieuse et séduisante veuve qui s'installe avec son jeune fils dans une bâtisse en ruine. Ses voisins hésitent entre accueil poli, vilaines rumeurs et quasi malveillance. Seul Gilbert Markham, fermier aisé et célibataire, tombe sous le charme. Mais que cache la réclusion de cette dame qui (en plus d'être seule, arrogante, belle et intelligente) a l’outrecuidance de gagner sa vie, comme peintre de paysages ? Pourquoi une telle retraite dans la campagne anglaise, que fuit-elle ?

Étonnamment, j'ai trouvé peu sympathiques TOUS les personnages. Qu'il s'agisse de Gilbert Markham (pourri gâté par sa mère, instable et niais en amour, facilement aveuglé par la colère et la frustration), de Arthur Huntington (l'époux pervers et violent) ou de Charles Hargrave (le faux ami harceleur), Anne Brontë règle ses comptes avec la gente masculine. Cela dit, je n'ai pas non plus aimé Helen, dont la naïveté d'adolescente au début du roman n'a d'égal que sa religiosité et sa ridicule illusion de réformer son époux.

Malgré quelques longueurs (notamment au début), j'ai cependant apprécié l'originalité de la voix d'Anne Brontë, différente de celle d'Emily ou de Charlotte. Le récit d'Anne est plutôt réaliste et moins romanesque que Jane Eyre ou Les Hauts de Hurlevent même si une certaine sauvagerie et impétuosité des personnages s'y retrouvent également.

La liberté de ton d'Anne Brontë est étonnante ainsi que les sujets (tabous à l'époque victorienne) qui sont traités. Ainsi, bien qu'il fut un immense et immédiat succès, il fut considéré comme choquant et « ce roman majeur fut mis sous le boisseau par Charlotte, trop timorée pour assumer l'héritage social de sa sœur ».

En effet La Dame du manoir de Wildfell Hall s'apparente au témoignage (fictif mais inspiré) du calvaire quotidien d'une femme et son enfant victime de violences conjugales. Anne Brontë y traite aussi des effets de l'alcool sur les gentlemen (très à charge contre les hommes), de l'éducation des enfants (souvent pervertis par leurs parents), de la condition féminine et du mariage : « Épouser un homme que tu n'aimes pas est pire que de te vendre comme esclave » ou encore « Si tu ne trouves jamais le mari idéal, console-toi en te disant que si les joies du célibat ne sont pas nombreuses, les douleurs du moins n'en sont jamais insupportables. Il est possible que ta vie de femme mariée soit plus heureuse que ta vie de jeune fille, mais bien souvent c'est le contraire qui se produit » (p.432). 

Pour conclure, j'ai trouvé ce roman étonnant à défaut d'être complètement passionnant. J'ai oscillé entre rire indulgent (pour les caractères des personnages) et surprise devant leur sauvagerie (le coup de fouet de Gilbert ou les excès qui se produisent parfois dans les salons de aristocrates victoriens). Je conseille à ceux/celles qui ont déjà lu les autres romans des sœurs Brontë.