Black-Out-de-Connie-WIllisBlack-Out / Blitz, première partie de Connie Willis

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) : Blackout

J'ai lu (Science-fiction) / 2013 / 796 pages

Contrairement à ce que laissent supposer la couverture (et la collection), Black-Out est un roman historique plutôt qu'un roman de SF.

Dans un futur assez proche (approximativement le monde des enfants de nos enfants),en 2060, les historiens d'Oxford visitent le passé plutôt que d'étudier dans les livres. Ce sont de simples observateurs et doivent prendre soin que leurs actions n'influent pas sur le cours de l'Histoire. Merope part « étudier » l'évacuation des enfants londoniens vers la campagne après la déclaration de guerre de l'Angleterre, fin 1939. Polly assiste aux débuts du Blitz à Londres, en septembre 1940. Enfin, Mike assiste à la récupération des soldats britanniques à Dunkerque, en mai 1940. Pour cacher leur identité de voyageurs du futur, ils se glissent (parfois avec maladresse) dans la peau d'employés de magasins, de journaliste, de domestique … Ils sont jeunes, plein de fougue mais leurs missions sont délicates et évidemment, rien ne se passe comme prévu … Et si le déroulement de la guerre pouvait être changé ?

La reconstitution très vivante du quotidien des anglais pendant plusieurs épisodes clés de la Seconde guerre mondiale m'a passionné : heures noires du Blitz où la vie devient souterraine (« le Blitz avait été une guerre de viellards, de vendeuses et de femmes d'âge mûr » p.254), quotidien des employés des luxueux magasins d'Oxford Street où les ventes continuent par patriotisme, courage (ou inconscience ?) de civils ayant une embarcation partis chercher les soldats anglais de l'autre côté de la Manche lors de la débâcle en France (épisode découvert dans Expiation de McEwan), la minutie des détails est époustouflante. J'ai appris une multitude d'anecdotes : l'opération Fortitude South à l'été 44 pour tromper les allemands sur les lieux de débarquement alliés (au moyen de tanks en plastique) étant la plus étonnante. N'ayant jamais eu la chance de visiter la cathédrale Saint-Paul, j'ai également été fascinée par la description qui en est faite (p. 243-246).

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Revivre des épisodes du passé, en en connaissant les risques (par exemple, les heures et le lieu de chaque bombardement au dessus de Londres), tout en sachant que le retour en sécurité dans le futur est possible à tout moment : voilà un fantasme que je partage avec ces historiens d'Oxford, même si je ne choisirais pas forcément cette période de l'Histoire. J'ai donc trouvé ce postulat fascinant (qui rappelle certains épisodes de Doctor Who) même si les atermoiements des héros (« et si » …) est un peu long et répétitif dans la fin du roman.

En effet, j'ai souvent été agacée par les personnages principaux et leurs états d'âme. Heureusement, la narration alterne habilement leurs différents point de vue, ce qui permet de créer un effet d'attente auquel il est difficile de résister. Et certains personnages secondaires sont très attachants comme les inénarrables Alf et Binnie, terreurs en culotte courtes, et Sir Godefroy qui cite Shakespeare. Le dernier chapitre est également très frustrant (surtout que ma bibliothèque municipale ne possède pas le tome 2).

Pour conclure, malgré quelques longueurs et répétitions, j'ai été happée par cette reconstitution historique passionnante. Et j'ai hâte de lire la suite qui, je l'espère, apportera plus d'informations Oxford et les voyages dans le temps.