avril enchanté

Avril enchanté de Elizabeth von Arnim

Traduit de l'anglais : The Enchanted April

Première parution : 1922

Éditions 10/18 (Domaine étranger) – 366 pages

Au risque de faire un mauvais jeu de mots, j'avoue avoir été absolument enchantée par ce roman.

Avril enchanté est l'histoire de Lotty Wilkins, timide souris grise londonienne qui, sur un coup de tête, décide de sacrifier « sa poire pour la soif » (ses économies) pour répondre à l'annonce suivante : « A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. Italie. Mois d'avril. Particulier loue petit château médiéval meublé bord de la Méditerranée ». Pour payer la location, Lotty décide de s'associer à 3 autres femmes : Mrs Rose Arbuthnot, une philanthrope vertueuse mais déprimée, Lady Caroline une richissime et splendide aristocrate et enfin, Mrs Fisher une veuve assez rigide. Toutes souhaitent quitter la morosité londonienne et leurs époux/prétendants décevants.

Avril enchanté raconte la cohabitation de ces 4 femmes, dont l'apprivoisement mutuel passe par de petites luttes de pouvoir mesquines (qui aura la plus jolie chambre ?). En effet, ces femmes ne se connaissaient pas avant leur départ mais la langueur des journées baignées de soleil et les lourds parfums de la luxuriante nature italienne qui les entoure amènent Lotty, Rose, Lady Caroline et Mrs Fisher à réfléchir sur leurs vies actuelles (insatisfaisantes), leurs couples et leurs désirs profonds.

Comme c'est le cas chez ses contemporaines Virginia Woolf ou Katherine Mansfield (sa propre cousine), l'écriture de Elizabeth von Arnim est une écriture des choses intimes, où les protagonistes se livrent à l'introspection, très fine psychologiquement. Il s'y passe finalement peu d’événements mais on suit le parcours intérieur de chacune des quatre femmes, leurs états d'âme …

Je trouve que Avril enchanté est un joli roman féministe, qui pose des questions sur la vie de couple, sur les rapports hommes/femmesrarement explicités dans la littérature anglaise des années 20. Le voyage en Italie n'est d'ailleurs qu'une métaphore [à peine] voilée de l'émancipation de ces femmes (à leurs époux ou à leurs principes). Certes, la fin surprend (déçoit?) par sa douceur et son optimisme mais le chemin préalablement parcouru par ces femmes est long.

Dernière merveilleuse découverte : le décor. Il s'agit d'une Italie quasi intemporelle (voire fantasmée par Elizabeth von Arnim) : « Toute la splendeur d'un avril italien semblait rassemblée à ses pieds. La mer bougeait à peine sous le soleil éclatant. De l'autre côté de la baie, de charmantes montagnes aux couleurs délicates paraissaient somnoler elles aussi dans l'éblouissante lumière. Sous la fenêtre, au pied de la pente herbue, fleurie, d'où s'élevait la muraille du château, on voyait un grand cyprès qui tranchait parmi le bleu, le violet et le rose tendre des montagnes et de la mer comme une immense épée noire » (p.83).

Pour conclure, je suis heureuse de découvrir (encore !) une romancière anglaise qui me charme complètement et me fait voyager (cette fois) non en Angleterre mais en Italie. 

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Voilà ma première participation au MOIS ANGLAIS 2015 organisé par Lou, Titine et Cryssilda.